Les remarques racistes sur les enfants, ce n’est pas que dans la famille de Meghan Markle…


Des membres de la famille royale se sont inquiétées de la couleur de peau du futur bébé du Prince Harry et de Meghan Markle ? Une situation malheureusement vécue par d'autres couples mixtes...

Depuis l’interview que le prince Harry et Meghan Markle ont donné à Oprah Winfrey dimanche 7 mars dernier, la famille royale serre les fesses.

L’une des révélations les plus graves concerne les remarques racistes faites à Harry pendant que Meghan était enceinte. D’après le couple, des membres de la famille royale ont exprimé des « inquiétudes » concernant la couleur de peau du futur bébé. À quel point Archie serait-il foncé ? Voilà ce qui préoccupait certaines personnes que le couple a refusé de citer nommément à Oprah Winfrey.

Cette accusation met tellement Buckingham Palace dans la sauce que la reine Elizabeth II s’est fendue d’un petit communiqué pour dire qu’elle la jugeait « très préoccupante » et qu’elle la prenait « très au sérieux ».

Meghan Markle est loin d’être la seule à devoir se cogner le racisme de sa belle-famille ou de son entourage. Beaucoup de couples mixtes y sont confrontés lorsqu’ils deviennent parents, comme nous l’ont raconté les lectrices de Rockie.

« Je commande un bébé qui ressemble plus au Papa »

Ophélie, par exemple, a assisté à une scène lors du premier Noël de sa nièce qu’elle n’est pas près d’oublier. 

« Ma sœur et moi sommes noires (avec la peau, les yeux et les cheveux foncés) et elle est en couple avec Franck, roux aux yeux bleus. Notre famille et la famille de Franck étaient réunies pour fêter Noël et on était tous obnubilés par la petite qui avait deux mois et demi à l’époque.

Sa grand-mère paternelle a alors dit : « Oui, elle est très belle, mais pour le prochain je commande un bébé qui ressemble plus au papa ».

Ma sœur, plus diplomate, ne dit rien, mais moi je lui demande ce qu’elle entend par là et elle me répond : « Bah, avec les yeux bleus, des cheveux clairs ou des taches de rousseur… Vous pensez que ça peut encore changer ? »

Elle a dit ça sur le ton de la blague, mais ça se voyait qu’elle espérait vraiment que la petite soit plus blanche. »

« Elle ne se rend pas compte que c’est hyper blessant »

Ophélie m’a expliqué que cette remarque raciste était loin d’être isolée. Dès la grossesse de sa sœur, la future belle-mère semblait obsédée par la couleur de peau, d’yeux ou de cheveux du futur bébé, espérant qu’il ne soit pas trop « typé ».

« Ma soeur en parle beaucoup à son conjoint qui se rend compte que ce que sa mère dit est raciste, mais lui non plus ne veut pas la confronter. C’est presque devenu une boutade entre nous.

Le plus triste c’est que c’est sa première petite-fille : elle l’aime profondément, mais elle ne se rend pas compte que ce qu’elle dit est hyper blessant. »

Une belle-famille « colorblind » qui se vexe quand on pointe le racisme

Marine, originaire de la Réunion et de Tahiti, et qui se décrit comme ayant la peau marron clair, doit aussi se coltiner les remarques racistes de sa belle-famille qui se vexe dès qu’on leur fait remarquer.

« Ce sont de purs produits du « colorblind » à la française : « Nous, on ne voit pas les couleurs. » N’empêche qu’ils remettent régulièrement en cause mes ressentis et mes inquiétudes.

Par exemple, avant d’accoucher, je leur parlais du fait que les femmes noires avaient plus de chances de mourir en donnant la vie que les femmes blanches. Et leur réponse — qu’ils utilisent régulièrement — non, mais ça, c’est aux États-Unis, en France c’est différent. »

Si Marine se dit « pas étonnée » par les remarques racistes subies par Meghan et Harry, elle reconnaît s’être elle aussi inquiétée de la couleur de peau de son futur enfant, mais dans l’autre sens.

« J’avais peur que la peau de mon bébé soit plus proche de celle de son père que de la mienne, car… j’avais peur qu’on me prenne pour sa nounou ! Je me suis aussi demandé si mon enfant pourrait s’identifier à moi si elle n’était pas suffisamment foncée. »

« On ne m’a heureusement jamais demandé si j’étais sa nounou »

Séraphine, originaire de Guadeloupe, ne se rappelle pas d’avoir eu beaucoup de remarques racistes de la part de sa belle-famille. Mais elle se souvient qu’à la maternité, le personnel s’est permis plusieurs commentaires sur le fait que sa fille était très blanche.

« L’ironie du sort, c’est que je sais que je vivrais moins bien les choses si ma fille était plus foncée de peau. Quand j’étais enceinte, j’appréhendais clairement l’idée qu’elle soit très foncée de peau. J’en ai un peu honte au fond, mais je n’avais pas envie qu’on ne voie pas de ressemblance entre elle et son père et qu’on puisse du coup faire des remarques.

Aujourd’hui, à 5 mois, les gens disent souvent qu’elle ne me ressemble pas du tout. On ne m’a heureusement jamais demandé si j’étais sa nounou, mais je me doute bien que parfois les gens qui la voient avec moi dans la rue nous perçoivent ainsi. »

Si Séraphine gère plutôt bien le regard des autres dans la rue, elle m’a raconté qu’elle avait tendance à se balader avec son livret de famille dans son sac.

« J’ai sans doute dû intérioriser un épisode de mon enfance, où une douanière de l’aéroport ne croyait pas ma mère quand elle lui disait que j’étais sa fille et pensait que j’étais peut-être un bébé volé, car je suis plus foncée qu’elle. Ça s’est réglé quand mon père est revenu avec mes papiers et le livret de famille. »

Comment réagir face aux remarques racistes de la belle-famille ?

Si Ophélie n’hésite pas à faire de la pédagogie et à manier l’humour pour faire remarquer à la grand-mère de sa nièce qu’elle tient des propos racistes, elle reconnaît que c’est épuisant et comprend pourquoi sa sœur ne réagit plus systématiquement.

« Si son conjoint à elle ne comprenait pas, ça aurait été encore plus compliqué. C’est important de trouver des alliés au sein de ses proches. »

Marine, elle, a remarqué que sa belle-famille écoute plus les remarques et explications quand c’est son mari qui s’y colle.

« C’est une discussion que j’ai avec mon mari en ce moment : j’ai besoin qu’il soit un allié vocal. C’est bien de s’éduquer sur le sujet, mais il faut qu’il prenne la parole face à eux. C’est totalement injuste, mais on l’écoute plus que moi et j’ai besoin qu’il utilise tous ses privilèges. »

Petit à petit, Marine espère que le message va passer, car pour l’instant, ces réflexions racistes à répétition et les réactions vexées de sa belle-famille quand elle leur fait remarquer ont créé une certaine distance entre eux. Un peu comme pour Meghan et Harry finalement…

Clémence Boyer

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