Les Misérables, le film coup-de-poing dont la France avait besoin

Les Misérables, c'est la sortie cinéma qui agite la France et ses dirigeants. En course pour les Oscars, le film de Ladj Ly éveille les consciences et marche dans les pas de La Haine.

Les Misérables, le film coup-de-poing dont la France avait besoin

Le problème du quotidien, c’est qu’il finit par lisser et affadir même les plus grandes ferveurs. Dès qu’une activité devient un rituel et s’étire dans le temps, elle perd de son attrait.

Le cinéma a donc beau être ma passion, j’y vais parfois avec moins d’enthousiasme qu’à l’époque où il n’était pas mon métier…

Que le Septième Art soit pour moi aujourd’hui un rituel quasi-quotidien ne lui a pas fait perdre de sa lumière, mais a simplement diminué un peu mon adrénaline au moment où les lumières s’éteignent.

Quand je me souviens pourquoi j’aime le cinéma

Heureusement, certains moments en salles contredisent complètement la théorie expliquée ci-dessus.

Ouais, il y a des fois, quand la lumière s’éteint et que le silence assourdit, où le grand frisson d’avant, celui après lequel je courais tous les mercredis, se fait ressentir.

Hier, dans la salle parisienne mythique du Grand Rex, l’adrénaline était à son max quand Les Misérables a commencé, et elle est demeurée constante pendant 1h45, raidissant les corps des spectateurs jusqu’à la tétanie.

Le grand frisson, il était là, et si j’en crois les conversations qui ont suivi la projection, personne n’y a échappé.

Les Misérables, de quoi ça parle ?

Stéphane (Damien Bonnard), tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93.

Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris (Alexis Manenti) et Gwada (Djebril Didier Zonga), deux Bacqueux d’expérience.

Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier.

Il y a le maire, grande gueule devant l’éternel qui n’entend pas se laisser marcher sur les pieds ; l’ancien dealer reconverti en sage local qui délivre des proverbes dans son kebab ; les mômes qui volent et emmerdent le voisinage…

Le quartier semble être un État à part entière, avec son propre fonctionnement, sa propre politique, ses propres chefs, ses propres règles.

Alors que Chris, Gwada et Stéphane se trouvent débordés lors d’une interpellation, un drone filme leurs moindres faits et gestes, compromettant leur intégrité de flics.

Car leurs agissements sont loin de ceux qu’on attend de représentants de l’ordre…

Les Misérables, du festival de Cannes à l’Élysée

Cette année, plusieurs films ont fait sensation à Cannes.

Sans surprise, ce sont des films d’auteur sociaux qui se sont distingués, le festival ayant quand même un goût prononcé pour le produit qui déconcerte et invite à la remise en question des élites.

En 2019, on a surtout entendu parler du grand gagnant, Parasite, et du Prix du Jury, Les Misérables de Ladj Ly — dont c’est le premier long-métrage.

Pendant et après le festival, une vraie clameur s’est élevée des différentes foules confrontées au film, comme un même cri d’amour pour lui.

Celui-ci a même fait son petit bout de chemin jusqu’à l’Élysée !

Ladj Ly, soucieux de montrer à la France d’en haut la réalité des quartiers sensibles, a invité le président lui-même à venir découvrir Les Misérables à Montfermeil, en Seine-Saint-Denis, là où le film a été tourné.

Finalement, Emmanuel Macron ne s’est pas déplacé mais a bien regardé le DVD chez lui.

Ladj Ly a expliqué à BFM :

« Je voulais absolument que le Président voit le film. C’est chose faite et j’espère que les choses bougeront.

C’est un cri d’alarme que j’adresse à nos politiques. Ils sont quand même les premiers responsables de la situation de nos quartiers […].

Emmanuel Macron ne pourra pas nous dire qu’il n’était pas au courant de la situation. »

Le président de la République n’a pas manqué de réagir au film et a intimé le gouvernement de « se dépêcher de trouver des idées et d’agir pour améliorer les conditions de vie dans les quartiers ».

Cette sonnette d’alarme a aussi fait réagir Jean-Louis Borloo, qui avait été missionné en 2017 sur l’amélioration des conditions de vie et de travail dans les banlieues sensibles.

L’homme politique a tweeté :

Les Misérables, loin du manichéisme

L’éternelle opposition binaire « les bons gars contre les trous du cul sans morale ni dignité » est ici piétinée, et c’est tant mieux.

Les Misérables ne prend partie ni pour les flics, dont il fait un portrait clairement nuancé, ni pour les différents clans qui sont mis en scène.

Chacun a ses torts, ses violences, des dépassements, ses excuses et ses contradictions.

Difficile alors de savoir comment tout part en couilles…

La violence est de toute manière présente dès le début du film : tous les protagonistes semblent être sous tension minute 1, à l’exception de Stéphane qui vient tout juste d’arriver en Seine Saint-Denis.

La finesse du film tient vraiment à son absence de jugement.

Si les personnages se jugent entre eux pour avoir commis des actes amoraux ou n’être au contraire pas assez fermes, Les Misérables propose aux spectateurs de comprendre ou du moins de considérer chacun des protagonistes.

Même ceux qu’on a envie de détester.

Ladj Ly, réalisateur formidable des Misérables

L’évidente réussite du film réside aussi et surtout dans la maîtrise qu’a son réalisateur de son sujet.

L’autodidacte Ladj Ly, qui s’est formé avec ses potes du collectif Kourtrajmé, a expliqué à Allociné : « J’en ai marre qu’on raconte nos histoires à notre place ».

Il s’est donc fait porte-parole d’un milieu, délaissé par les politiques, qu’il connait bien, ayant lui-même grandi à Montfermeil, où il vit toujours.

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Presque 25 ans après La Haine, de Mathieu Kassovitz, qui avait secoué la France et le monde, Les Misérables sonne à son tour la sonnette d’alarme et jouit également d’une couverture médiatique impressionnante.

Depuis hier, Les Misérables sont partout, et surtout dans les cœurs.

Les Misérables aux Oscars ?

Les Oscars se tiendront le 9 février 2020 à Los Angeles, et la course à la statuette bat actuellement son plein.

Cette année, trois films ont été sélectionnés par une commission composée :

  • Des réalisateurs Pierre Salvadori et Danièle Thompson
  • Des producteurs Jean Bréhat et Rosalie Varda
  • Des exportatrices Muriel Sauzay et Agathe Valentin
  • Des membres de droit Serge Toubiana (président d’Unifrance), Thierry Frémaux (Délégué général du Festival de Cannes) et Alain Terzian (président des César).

Pour représenter la France, cette commission a choisi Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma, Proxima d’Alice Winocour (qui sortira le 27 novembre) et bien sûr Les Misérables, qui a été finalement retenu.

C’est donc Les Misérables qui jouera pour la France aux Oscars, si et seulement si celle-ci fait partie des 5 pays sélectionnés pour concourir dans la catégorie Meilleur Film étranger.

En attendant, confie deux heures de ton temps au magicien Ladj Ly, qui en quelques coups de drones a bousculé les esprits et emprunté la même rue que La Haine jusqu’au Panthéon des films qu’on oubliera jamais.

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Commentaires

Orfath

Pour celles qui l'ont vu, est-ce que c'est un bon film social comme les Ken Loach ou une réalisation facile et larmoyante à la Nakache et Toledano ?
(Vous devinerez que je préfère le style du premier :d)
 

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