daddy-issues-concept-sexiste-vf
Amour

Les femmes n’ont pas des « daddy issues », elles ont des darons nuls et vivent dans un monde sexiste

Les femmes qui aiment les hommes plus âgés ou cherchent la validation des mecs n’ont pas nécessairement des problèmes avec leur père, et les fameuses « daddy issues » sont un concept bien sexiste dont on aimerait se débarrasser…

« Non mais t’as vu son dernier mec ? Elle a des “daddy issues”, c’est clair ! »

Dans la pop culture et sur les réseaux sociaux, on tombe souvent sur le terme « daddy issues » appliqué à de jeunes femmes dont le comportement sexuel ou amoureux s’expliquerait par des problèmes avec leur père.

Selon les personnes, ces « daddy issues » se manifesteraient de plusieurs façons. Dans certains cas, il s’agirait des femmes qui préfèrent les hommes plus âgés et/ou les hommes qui les traitent mal (comme leur père le faisait, supposément). À moins qu’il ne s’agisse de femmes qui ont besoin d’être sans arrêt rassurées dans leur relation ou qui recherchent en permanence la validation et l’admiration des hommes, faute d’avoir eu celles de leur père. Et puis parfois, les termes « daddy issues » sont uniquement employés pour décrire des pratiques sexuelles, comme le fait d’aimer les fessées ou de trouver ça excitant d’appeler son partenaire « Papa » dans un jeu de rôle au lit.

Les « daddy issues » n’existent pas

Bref, cette expression fourre-tout est un peu utilisée à tort et à travers, et surtout, elle ne repose sur aucune base scientifique. Les « daddy issues » ne sont pas un trouble psychologique identifié, mais bien un concept sexiste dont il faut se débarrasser au XXIe siècle.

Certes, quelques études montrent que les filles ayant un père présent et aimant ont plus de chances de réussir scolairement et professionnellement, et d’être heureuses en couple, mais ces études sont menées aux États-Unis, sur de petits échantillons, et ne prennent pas forcément en compte tous les critères qui influent sur le parcours d’une personne. Est-ce si étonnant les filles élevées par des mères solo aient statistiquement moins de moyens financiers ou de temps de parent disponible ; que cela ait un impact sur leurs résultats scolaires ; puis en cascade sur leur estime d’elle-même et sur leurs relations amoureuses ?

Côté culture, le trope du père absent ou mauvais est en tout cas (trop) régulièrement utilisé pour expliquer les fêlures d’un personnage féminin dans les séries ou les films — qu’il s’agisse du père alcoolique de Meredith dans Grey’s Anatomy, des darons absents ou dysfonctionnels des héroïnes d’Euphoria ou du comportement pas terrible de Don Draper avec sa fille Sally dans Mad Men.

Il existe même un film américain sorti en 2018 qui s’appelle Daddy Issues ! Le pitch ? Une jeune femme qui n’a plus de nouvelles de son père depuis six ans tombe amoureuse d’une autre jeune femme, laquelle est en relation avec un homme  beaucoup plus âgé qu’elle qui l’entretient depuis l’adolescence et lui demande de participer à des jeux de rôle sexuels où elle l’appelle « Papa ». (On ne vous en dit pas plus pour ne pas vous spoiler, mais il y a un twist, allez le voir si ça vous intéresse !).

Les « daddy issues », un concept sexiste et un beau double standard

Si les héros masculins ont aussi souvent des problèmes avec leur daron dans les œuvres de fiction, ceux-ci ont rarement un impact sur leur vie sentimentale ou sexuelle. En général, ça se borne à vouloir prouver des trucs à son père (d’un point de vue sportif ou professionnel).

Le concept de « daddy issues » est ainsi problématique parce qu’il se concentre uniquement sur la relation père/fille et les conséquences que celle-ci a sur la vie amoureuse des femmes, dont les partenaires romantiques et sexuels tendent à remplacer ou imiter le père absent ou maltraitant.

De quoi effacer complètement les personnes qui ne sont pas hétéros, mais aussi les enfants qui grandissent dans des familles homoparentales. Est-ce que toutes les filles ayant grandi avec deux mères auront systématiquement des « daddy issues » car elles n’ont pas eu de père ? On voit bien que le raisonnement « père absent = problèmes d’estime de soi et conséquences dans la vie sentimentale » ne tient pas dans ce cas-là !

Un autre indice qui montre que les « daddy issues » sont un concept sexiste, c’est qu’il n’existe pas vraiment d’équivalent du côté des mères et des fils. On parle peu des « mommy issues » au point que le terme ne s’est pas du tout installé dans le langage courant. Et pourtant, des mecs qui recherchent une « deuxième maman » susceptible de leur faire à bouffer et de prendre les rendez-vous chez le médecin à leur place, il en existe un certain nombre…

On a bien un terme français pour désigner les « fils à maman », mais ces personnages sont assez rarement représentés dans la pop culture, et quand ils le sont, la coupable ou l’objet de moquerie est souvent la mère — trop fusionnelle, protectrice ou castratrice (quoi que ce terme problématique veuille dire, mais ça, ça mériterait un article à part entière…).

Les « daddy issues » ou comment rejeter la faute sur les femmes

Dans le cas des filles, au contraire, le terme « daddy issues » sous-entend que c’est elles qui ont des « problèmes ». Alors qu’à la base, rappelons-le, c’est leur père qui a eu de mauvais comportements, en étant absent, démissionnaire, distant, ou même abusif !

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Sophie King (@kingsophiesworld)

Comme d’habitude, ne cherchez pas les coupables trop loin, elles ont un point commun simple : ce sont des femmes… Pas étonnant que les « daddy issues » soient un concept apprécié par les masculinistes et par ceux qui veulent nier les besoins des femmes dans les relations amoureuses hétéros : dans leur vision du monde, les femmes avec des « daddy issues » coucheraient plus facilement (ce qui leur plaît) et/ou s’attacheraient plus vite et voudraient sans arrêt qu’on leur donne des nouvelles (ce qui leur plaît moins).

La psychologue Amy Rollo, interviewé par le magazine spécialisé Healthline en parle très bien :

« Quand on parle de “daddy issues”, c’est typiquement une manière de déshumaniser les besoins et désirs d’une femme. Certaines personnes utilisent même ce terme pour faire du slut-shaming.

Parfois, “daddy issues” est utilisé pour décrire une femme qui souhaite avoir un lien affectif profond avec un homme, et dans ce cas, utiliser ce terme est une manière de minimiser les besoins basiques qu’elle a au sein de la relation ».

En lisant son analyse, on ne peut pas s’empêcher de penser à la BD de Liv Stromquist Les sentiments du Prince Charles, dans laquelle elle explique brillamment pourquoi notre société pousse les hommes à fuir l’intimité avec leurs compagnes.

« Daddy issues » ou société patriarcale hétérosexiste ?

Finalement, étiqueter une personne (ou soi-même) comme ayant des « daddy issues », c’est comme si on continuait à faire dépendre toutes nos décisions et notre personnalité de femme adulte d’un homme, notre père. C’est ranger tout le monde dans la même case et nier nos individualités.

Sans compter qu’on risque de faire des raccourcis assez gênants… Toutes les femmes qui sortent avec des mecs plus âgés n’ont pas forcément de problèmes avec leur père. Il y a bien sûr des goûts et choix personnels, mais aussi des constructions sociales genrées qui entrent en jeu — le fait par exemple que les hommes se marient depuis des siècles avec des femmes plus jeunes qu’eux, sans que cela ne pose de problèmes à personne, alors que le cas opposé est beaucoup plus rare.

Sans compter que dans notre société, on élève souvent les filles en leur faisant croire, consciemment ou non, que la validation et l’admiration des hommes est le truc le plus important pour une femme. Pas étonnant dans ces conditions qu’on soit nombreuses à courir après cela dans nos relations amoureuses, qu’on ait grandi avec un père aimant ou pas.

Parallèlement, les « daddy issues » sont un concept extrêmement problématique et violent pour les victimes d’un père maltraitant, puisqu’il envoie le message que toutes les femmes qui ont eu un père absent, violent ou abusif sont « abîmées », condamnées à vivre des relations amoureuses et sexuelles insatisfaisantes. Plutôt désespérant comme perspective, non ?!

Plutôt que les « daddy issues », la théorie du lien d’attachement

Bien sûr, les pères comme les mères joue un rôle très important dans l’éducation de leurs enfants et ont une influence sur leur développement et leur vie future, mais ils sont loin d’être les seuls !

Les parents constituent les premières figures d’attachement du bébé, et à ce titre, la relation que ce dernier noue avec eux aura évidemment un impact sur sa manière d’aborder ses autres relations… mais ce n’est pas la seule chose qui entre en jeu, et bien heureusement, il n’y a pas de fatalité. Même si nos parents n’ont pas su répondre à nos besoins émotionnels lorsqu’on était enfant, on peut apprendre à nouer des attachements sécures plus tard.

Cette théorie de l’attachement est beaucoup plus intéressante que ce vieux concept éculé des « daddy issues ». Pour la psychologue Amy Rollo, les enfants ont besoin d’un adulte avec qui nouer un lien d’attachement sécure (une personne qui répond à vos besoins et se montre émotionnellement disponible pour vous).

« Si ce lien n’est pas créé dans l’enfance, de nombreuses personnes vont avoir ensuite des types d’attachement évitants ou anxieux. »

Ces personnes fuiront alors l’intimité, ou au contraire, auront sans cesse besoin d’être rassurées dans leur relation. La bonne nouvelle, c’est que même si on a tendance à nouer des attachements insécures, on peut apprendre avec l’aide de nos partenaires ou de psychologues, à mieux relationner avec les autres, et ce, à tout âge !

Alors, la prochaine fois qu’on ricanera en vous parlant de « daddy issues » à cause de votre dernière aventure, arrêtez-vous deux minutes et demandez-vous si vous avez besoin d’aide pour nouer des relations amoureuses plus épanouissantes. Si oui, n’hésitez pas à aller la chercher auprès d’un ou une psy ; sinon, vous n’avez qu’à partager cet article pour qu’on en finisse avec ces vieux clichés…

À lire aussi : J’ai grandi avec un père misogyne, j’ai eu mal, mais j’ai pardonné

Les Commentaires
6

Avatar de Griffith
24 juin 2021 à 06h52
Griffith
@doomie Je suis tellement d'accord avec toi :
Contenu spoiler caché.
24
Voir les 6 commentaires

Plus de contenus Amour

Food
barbecue-vegetarien-recette

Un barbecue sans viande ? Mais si, c’est possible

Manon Portanier

22 juil 2021

8
Bien-être et soin
body-glory

Marre des brûlures des cuisses qui frottent en été ? Ces deux Françaises bossent sur un produit adapté

Pauline Thurier

20 juil 2021

1
Sport
jeux-olympiques-tokyo

Bah bravo : les JO de Tokyo ont voulu faire des lits écolos et tout le monde pense au sexe

Maëlle Le Corre

20 juil 2021

6
Actu mondiale
equipe_norvege

En Norvège, l’équipe féminine de beach handball en a marre de jouer en bikini

Aïda Djoupa

19 juil 2021

16
Voyages
instagram – the bam bus

Elles sortaient avec le même mec sans le savoir, elles l’ont lourdé et sont parties en road-trip ensemble

Maëlle Le Corre

16 juil 2021

11
Body positive
no-bra-soutien-gorge

J’ai testé pour vous : passer un été sans soutien-gorge

Clémence Boyer

15 juil 2021

15
Sport
semi-marathon-paris-2021

Ça y est, on connaît la date du semi-marathon de Paris, alors hop hop hop on retourne s’entraîner

Marie Vrignaud

13 juil 2021

11
Couple
demande-mec-mariage-nathan-dumlao

Comment demander son mec (ou sa meuf) en mariage

Clémence Boyer

12 juil 2021

2
Témoignages
mec_mediocre

Lettre ouverte à tous les mecs médiocres de mes potes

Aïda Djoupa

10 juil 2021

10

La société s'écrit au féminin