J’ai été infidèle, j’ai été une connasse… et j’ai compris pourquoi

Parfois, dans le couple hétérosexuel, le connard est une connasse. Cette madmoiZelle explique pourquoi elle a été la personne toxique du couple pendant plusieurs années, et pourquoi ça ne la définit pas.

©Shukhrat/Pexels

Dimanche matin, fraîchement réveillée de ma cuite et les yeux encore tout collés, je suis allée faire un tour sur madmoiZelle.

Je me suis retrouvée à relire l’article de Queen Camille : Lettre à celles qui ne tombent que sur des connards.

Je ne me suis pas vraiment retrouvée dedans, par contre, il m’a donné l’envie de témoigner.

Parce que le connard de la relation, ça a bien souvent été moi.

J’ai été la connasse dans mes relations de couple

J’ai l’impression que dans la société actuelle, et vis-à-vis des standards du couple hétérosexuel, on est souvent prompts à donner la couronne du connard à l’homme.

Sur madmoiZelle, l’homme est parfois un pervers narcissique, un connard. La femme trompe parfois, mais elle n’est jamais une connasse.

Tout cela s’explique bien sûr par des chiffres (violences sexuelles, violences conjugales, patriarcat, sexisme, relations sexuelles centrées sur le plaisir masculin…), et ce magazine étant très majoritairement alimenté par des femmes, cela s’explique d’autant plus.

Je tenais donc à raconter toutes ces fois où j’ai été la connasse du couple. Celle qui ment, celle qui trompe, celle qui est possessive et qui rabaisse l’autre sans même s’en rendre compte.

Celle qui manque cruellement de confiance en elle et qui domine.

J’ai agi en connasse parce que je ne mesurais pas mon impact sur les gens

La toute première fois où j’ai été une connasse, j’avais 18 ans, et c’était mon premier couple. Avec ce garçon que j’aimais et qui m’aimait, je suis restée un an et demi.

J’ai fait ma première fois avec lui, et tout se passait bien, mais j’étais si jeune.

Très vite, malgré l’attachement et l’estime sincère que j’éprouvais à son égard, j’ai commencé à être malhonnête. À draguer, à parler à d’autres mecs, puis à le tromper.

Toute ma vie, et bien avant que je commence à avoir des relations avec des garçons, j’ai su que je plaisais. On m’a toujours beaucoup complimentée, depuis très jeune, pas uniquement sur mon physique, mais sur toute ma personne.

J’ai toujours beaucoup plu, et j’ai grandi dans l’idée que je pouvais plaire à tous les garçons que je voulais, mais jusque-là je n’étais pas actrice de tout ça, je subissais.

Je subissais les regards, je subissais les compliments, je subissais la drague.

Cette première relation a fait naitre en moi le plaisir d’être maitresse de mon sex appeal, je me sentais tout à coup (à tort) en pleine possession de mon pouvoir sexuel.

Dans mon cerveau d’adolescente, je n’ai vu aucun souci à avoir le beurre, l’argent du beurre, et le cul du crémier.

Ce n’est que très tard dans ma vie amoureuse que j’ai mesuré l’impact et l’ascendant que je pouvais avoir sur les hommes sans que ce soit une volonté, et que loin d’être un pouvoir, c’était une responsabilité qui pouvait nuire.

Après avoir trompé mon premier mec deux fois, je lui ai avoué, espérant qu’il me quitte, ce qui a évidemment produit l’effet inverse.

Je me sentais coupable, j’avais honte de le faire souffrir, mais je n’arrivais pas à le quitter. Plus j’étais crasse, plus il s’accrochait.

Et notre relation a fini par se terminer, tu t’en doutes, de façon bien sale.

J’ai agi en connasse parce que j’avais une estime de moi proche de zéro

Je pense que pour agir comme une connasse ou un connard, il faut nécessairement avoir une estime de soi au ras des pâquerettes.

Malgré le fait que j’ai été choyée, valorisée, complimentée toute ma vie, j’ai mis beaucoup de temps à me rendre compte que dans mon for intérieur, je me crachais dessus.

Quand je pensais être en pleine possession de mon pouvoir sexuel féminin, je ne répondais au final qu’à un besoin frénétique de me rassurer et de me prouver que je pouvais plaire.

Que je pouvais être celle qu’on aime et avec qui on a sincèrement envie d’être.

Loin de consommer les relations et les hommes comme des objets à usage unique, et loin d’être amatrice de coups d’un soir, je me suis énormément investie dans chacune de mes relations, même quand elles étaient « adultères ».

J’ai aimé sincèrement à multiples reprises, me suis attachée sincèrement.

J’avais besoin de relations suivies, profondes, mais multiples. J’avais besoin d’être LA copine, LE plan cul, celle qui change la vie, mais je ne gérais malheureusement pas bien cette responsabilité.

Je rentre dans les standards de beauté, et si j’ai très vite eu conscience que cela faisait de moi quelqu’un de privilégié à plein d’égards, cela m’a aussi mis dans le crâne que je n’avais pas le droit d’être complexée, d’être mal dans ma peau, de ne pas m’aimer.

Il m’a donc fallu plus de 20 ans pour me rendre compte à quel point je me détestais, et que mon manque de confiance en moi, que je cachais à tout le monde (et à moi-même) avec beaucoup d’adresse, dictait beaucoup de mes choix dans la relation amoureuse.

J’ai agi en connasse parce que je confondais amour et possessivité

Forcément, aborder les relations amoureuses avec un manque à combler dû à une mauvaise estime de soi, ça mène à la dépendance et à la possessivité.

Et comme notre société fait de la jalousie et de la passion des standards dans la relation de couple, je n’ai vu le problème de ces dynamiques que très tard.

Tout ça couplé à l’ascendant assez naturel que j’avais sur l’autre (et qui pour moi était la norme) dans chacune de mes relations de couple, ça a souvent fait de moi une fille qui agi comme une connasse, sans s’en rendre compte.

Quand j’avais la vingtaine, j’ai eu deux relations de couple qui illustrent parfaitement ce point.

Je suis sortie successivement avec deux garçons. Je les aimais profondément, sincèrement, mais je les ai intégralement pourris et menés à me détester, tant j’avais peur qu’ils s’en aillent.

Je vivais un syndrome de l’imposteur affectif : quand ces hommes si beaux, intelligents et aimants allaient-ils se rendre compte que chaque femme ici-bas est bien mieux que moi ?

Alors j’étais jalouse, possessive, abjecte, je créais des disputes pour au final faire comme si c’était de leur faute : c’est eux qui ne m’aimaient pas et ne me considéraient pas assez.

Et tout ça, je le croyais vraiment, je n’avais aucune conscience de me comporter comme une connasse. Je souffrais, et je pensais sincèrement que c’était de leur faute et que j’étais dans mon bon droit de leur pourrir la vie.

J’ai agi en connasse parce que j’ai été lâche

Oui, j’estime que ne pas agir comme une connasse, c’est faire preuve de courage.

À 23 ans, j’étais amie depuis plusieurs années avec un garçon. On a toujours eu une relation de séduction, mais jamais rien ne s’est concrétisé.

J’ai eu des copains, il a eu des copines. Et puis un jour, on a été célibataires tous les deux, et on a décidé d’essayer d’être ensemble.

Dès les premières secondes, j’ai su tout au fond de moi que c’était une mauvaise décision.

Il était fou amoureux de moi, et je l’aimais et le désirais de tout mon cœur, mais ça ne matchait pas : mon affection pour lui était plus amicale qu’amoureuse.

Mais c’était confortable.

Il prenait soin de moi, j’étais en sécurité, j’avais envie de passer du temps avec lui, je voulais que ça marche, et je me suis coincée toute seule.

J’aurais pu lui dire stop tout de suite, j’aurais pu prendre mon courage à deux mains et tout arrêter, au risque de le perdre définitivement.

Mais j’ai eu peur, j’ai été lâche, j’ai essayé de me forcer à l’aimer. Plus la relation avançait, plus j’étais mauvaise.

Je ne l’ai pas trompé, mais à force de me sentir mal, sa présence a finit par me hérisser le poil. Je ne voulais plus coucher avec lui, tout se passait mal, il en pâtissait, et je n’arrivais pas à le quitter.

Au final je lui ai menti, il s’en est aperçu, et il a fini par me quitter, en me rayant de sa vie, dans les pleurs, et se sentant trahi.

Cette lâcheté, je la paye encore aujourd’hui, et je m’en mords encore les doigts : j’ai perdu et brisé l’une des personnes à qui je tenais le plus au monde, parce que je n’ai pas été courageuse.

Se laisser tenter à embrasser un mec à une soirée alors qu’on est en couple exclusif, c’est facile. Coucher avec un mec qu’on apprécie mais dont on sait qu’il a plus d’attente que nous dans la relation, c’est facile.

Il faut du courage pour rompre. Il faut du courage pour stopper une relation confortable mais dans laquelle l’autre n’a pas les mêmes attentes que nous.

Il faut du courage pour rester fidèle à ses besoins et s’écouter.

Avoir agi comme une connasse ne fait pas de moi une connasse

À 25 ans, je raconte tous ces épisodes de ma vie avec un peu de recul.

À l’époque où je vivais tout ça, je n’avais pas du tout conscience d’être la connasse du couple. J’étais d’ailleurs très blessée et heurtée qu’on me voit ainsi.

Je ne voulais pas le mal, je ne voulais pas blesser, mais j’étais tellement esclave de mes passions et de mes angoisses, que chacun de mes choix soi-disant conscients étaient en fait des réactions.

Après chacune de ces relations, je me suis remise en question, j’ai tiré des leçons, j’ai entamé un chemin introspectif. Je m’en suis voulu, beaucoup, et je m’en veux encore parfois pour le mal que j’ai pu faire.

J’ai aussi (très récemment) goûté à une relation toxique dans laquelle, pour la première fois, j’étais face à un homme qui se comportait comme un connard.

Il m’a pompé toute mon énergie, et l’estime de moi que j’avais petit à petit commencé à construire.

Ce n’était pas un connard, c’était juste un homme blessé, apeuré, qui se démenait avec ses démons. J’avais l’impression d’être face à la moi de 20 ans, déguisée en homme de 27, et comme je le comprenais, je l’ai laissé me marcher dessus.

Pour la première fois j’étais face à quelqu’un qui agissait avec moi comme j’avais pu agir avec d’autres par le passé.

Je me suis aussi laissé le temps d’être célibataire, d’appréhender l’amour de moi sans la présence de l’autre.

Je ne suis pas une connasse, et je vis une relation de couple saine

Aujourd’hui, à presque 26 ans, et pour la toute première fois de ma vie, je suis dans une relation de couple saine et équilibrée.

Cette relation équilibrée est un apprentissage permanent, une attention permanente pour garder l’équilibre, pour respecter les choix, les envies, la singularité de chacun.

Accepter nos insécurités, les partager pour qu’elles s’effacent, petit à petit.

Mon mec s’est comporté comme un connard par le passé, et moi aussi, mais ça ne nous empêche pas d’avoir appris.

Je pense que beaucoup de personnes méritent d’avoir un espace pour changer, sans être cataloguées radicalement au moindre comportement toxique.

Je pense que beaucoup ont été le connard ou la connasse de quelqu’un, que ça arrive, et que ça ne nous définit pas forcément.

Mes poils se hérissent quand j’entends des dictateurs ou dictatrices de la bonne conscience, si promptes à exiger la perfection chez l’autre, comme si elles avaient toujours été parfaites…

Personne n’est parfait, je suis loin d’avoir été parfaite, mais j’ai appris, je me suis excusée, et j’ai essayé de faire mieux à chaque fois.

Je me suis guérie, j’ai appris à m’aimer et me respecter, j’ai blessé et fait pleurer des hommes, mais aujourd’hui je peux le dire, je ne suis pas une connasse.

À lire aussi : 5 bonnes résolutions à prendre en couple en 2020

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Commentaires

grenouilleau

Je réponds à froid

Donc je suis d'avis que tout ce qu'a pu dire Dworkin n'est pas nécessairement toujours autant d'actualité et applicable de manière égale dans tout les pays occidentaux. Et aussi illustre puisse être la personne citée, je préfère éviter au maximum de considérer une citation comme un argument valable. Encore plus sortie d'un contexte social/temporel.
Sur le contexte de la réflexion de Dworkin : elle a écrit beaucoup dans les années 70-80. C'est marqué sur wikipédia, avec la date de ces textes. Elle a bossé sur des textes de loi dans les années 1990.
Elle est morte en 2005, assez jeune. Et il me semble pas qu'il y ait eu de révolution féministe entre la fin du XXe siècle et le début du XXIe siècle, à part peut être le mouvement Me too (et je crois pas qu'on puisse appeler ça une révolution). Donc cet argument ne marche pas, pour moi. Trop facile, et non justifié. Le contexte est resté globalement le même, depuis les années 90. Voire la situation des femmes a empiré, avec la crise de 2008, donc ces analyses ont été faites dans une période plus "douce" pour les femmes, d'un point de vue économique.

Et je vais certainement être cassante, mais si une femme (ou un homme d'ailleurs) juge comme pertinent la taille d'un compte en banque dans le choix de son futur mari, déjà c'est un triste constat qui donne raison à pas mal de mascu/incel, mais je trouverai surtout qu'elle à un système de valeur disons ... discutable. Et qu'elle choisit elle même de se passer la laisse au cou en devenant dépendante d'un homme..
Ce que pense les mascu je m'en contrefous complètement, je vais pas aller m'embêter à imaginer ce que pense des oppresseurs pour réfléchir. Sinon j'en aurais pas fini. C'est pas des gens avec qui on discute, les incels et autres. C'est des gens qu'il faut combattre. Je vais pas perdre mon temps avec ce qu'ils pensent.

Ensuite, une fois encore tu relances ton logiciel de pensée libérale, qui fait peser sur l'individu la responsabilité d'un truc collectif. Ici tu accuses les femmes qui sont en couple et qui prêtent attention à la richesse de leur ami d'être vénales ("le système de valeur discutable"). Donc tu fais porter le poids des conséquences sur les femmes (elles sont immorales). Alors que la cause de leur comportement, c'est le fait qu'elles sont maintenues dans la pauvreté, en tant que groupe.
La cause (la pauvreté systémique des femmes) produit des conséquences : les hommes sont plus riches, les femmes sont plus pauvres et doivent donc adopter des stratégies pour survivre/prévoir les coups durs.

Ta manière de voir les choses ne permet pas de cibler la cause. Ce logiciel-là mène droit dans le mur. Parce que si tu ne cibles pas la cause, tu ne pourras pas supprimer les conséquences : la pauvreté des femmes, et donc le fait qu'une partie d'entre elles sont réduites à regarder le compte en banque de leur futur ami.

Enfin je vais te répondre sur la forme de tes messages sur ce fil-ci, quand tu dis
Etant un être humain doué d'une conscience et d'un esprit critique (comme n'importe qui en fait) et étant engagée dans une discussion avec toi, je suis au regret de t'annoncer que je peux ne pas être d'accord avec toi ... et le formuler.
Je veux bien te croire, mais en fait je me moque du fait que tu ais ou pas de l'animosité. C'est pas mon problème, c'est le tien.
Tu peux tout à fait formuler ton opposition à mes arguments.
Mais.
Contredire et mépriser, c'est pas la même chose. J'ai aucun souci avec la contradiction. Je refuse catégoriquement la condescendance. Les "je souffle derrière mon écran", c'est pas un argument. C'est du mépris craché au visage. Et il me semble qu'il y avait un autre truc du genre dans un de tes messages précédents sur ce fil-ci.
Je répète : moi je me permets pas ce genre de formule désagréable. C'est une question de respect de l'autre.
 

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