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J’ai un accent, et c’est quoi le problème ?

Amélie a vécu la majeure partie de sa vie en Lorraine. Ça lui vaut un petit accent et… quelques remarques pas très chantantes. Et si on apprenais juste à aimer notre intonation au lieu d’essayer de la gommer ?

Je suis née à Toulouse en 1992. J’ai quitté la ville rose moins de 2 ans après pour la région parisienne, où je suis restée jusqu’à mes 8 ans. Non contents d’être montés déjà bien haut, mes parents ont entrepris, en 2001, de déménager dans l’Est de la France. Si c’est pour le travail… Ça va.

Bref, me voilà, avec mes longues tresses, mes lunettes rondes toujours de travers et mes dents trop grosses pour ma bouche, face au climat rude et aux longues étendues de colza de la Lorraine.

J’ai grandi dans une grande maison bordée de champs, dans des vêtements dix fois trop larges, les uns sur les autres au fond du Rapide de la Meuse

Ils me fascinent. J’aimerais être comme eux.

Trouver ma voie voix

Il faut dire que je ne suis pas très à l’aise, cachée sous mes cheveux mécaniquement lisses (et ce, jusqu’à la première goutte de pluie), tentant de garder mes Etnies taille 38 (je fais du 36) sur mes talons. Le son de mon MP3 rutilant couvre leurs voix. Je dois faire complètement taire Gerard Way pour entendre quelque chose.

Et voilà que je les entends, les écouteurs encore vissés dans mes oreilles. Maigre couverture pour un apprentissage qui commence, alors.

À lire aussi : Que deviennent les adolescents cool ?

Ces gens avaient un fort accent

Ce n’est pas que les Lorrains possèdent une intonation aussi prononcée que les Marseillais ou les gens du Haut-Doubs mais quand même, il y a un truc.

En plus d’user régulièrement des « clanche » et « nareux », j’ai commencé à m’approprier ce doux dialecte en transformant les « oui » en « ui ». Aujourd’hui, c’est souvent lui qui me trahit en premier.

Le fait est que j’ai rapidement associé ces personnes en sarouels à mes nouveaux mentors de vie. Je voulais leur ressembler, penser comme eux, parler comme eux, être comme eux. J’ai commencé par me forcer à appuyer sur les « o », la suite est venue toute seule : je parlais comme une vraie candidate de l’Amour est dans le Pré.

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Assise sur l’herbe sèche de la gare routière, je lançais des « Et elle est où la Camille, faut qu’elle m’rende ma côrte de cantine lôôô ». Je me sentais cool, je me sentais classe.

Et puis, je me suis entendue en vidéo. J’avais toujours détesté ma voix assez grave pour mon âge, mais là, c’était juste l’enfer.

J’ai cessé de me forcer à parler comme les papys de ma campagne et repris une intonation normale, la mienne. Enfin ça, c’est ce que je croyais.

Après Reims, Nancy et Lille, j’ai déménagé à Paris. J’avais plus de 20 ans, un job et un appart. J’avais passé plusieurs oraux, entretiens et dates, on ne m’avait que très rarement fait remarquer mon accent.

J’avais déjà eu droit à quelques « Ouh, mais tu viendrais pas de l’Est toi ? » mais rien de vraiment blessant.

Ici et aujourd’hui, j’ai du mal à rencontrer quelqu’un sans qu’il ne me fasse une réflexion sur ma manière de m’exprimer.

Casser ma voix

Il m’est arrivé qu’en soirée, alors que je commence à parler d’un sujet qui me tient à coeur, on me coupe sans me demander mon avis pour lancer un : « Ah, mais t’es Ch’ti ou quoi toi ? ». C’est rigolo, une fois, deux fois et puis plus vraiment.

Je n’ai même pas l’impression d’avoir un accent, en plus. Je ne sais simplement pas être mielleuse, mettre vraiment les formes, ça ne me ressemble pas. Souvent, on apprécie mon côté « naturel ». Je parle franchement, avec mes mots et mon timbre.

Je ne suis pas super à l’aise, entourée de plein de monde, de personnalité fortes, ça me fait peur parfois. Alors forcément, quand on me fait comprendre que ma manière de parler dérange ou du moins, déroge, c’est comme si un petit Hand Spinner se mettait à tourner très très vite dans ma gorge. Je n’ai plus qu’une envie : me taire.

À lire aussi : 3 conseils pour prendre la parole en public, par Eddy Moniot d’À voix haute

J’ai essayé de changer ma voix, ma manière de prononcer les mots. Mais dès que je suis plus à l’aise dans la conversation, mon élocution revient avec ses grosses charentaises.

Au début du mois, j’ai bu un verre avec une amie issue de la même région que moi. Personne ne lui parle de son accent. Pour cause, elle n’en a aucun. Elle était accompagnée d’une copine à elle, et j’étais décidée à passer une bonne soirée, après trois jours passés à bosser sur mes derniers articles.

On s’assoit, on commande, on discute, on rigole. « T’as un sacré accent toi quand même ! »

Ah.

N’ayant pas prévu de pourrir ma soirée, je raconte que c’était pourtant super à la mode de parler comme une camionneuse en 2007. J’avais bossé dur pour en arriver là.

Et puis, que j’étais pas super faite pour faire de la com’ ou lécher les bottes de mes supérieurs alors que je m’en foutais un peu au fond. J’avais tourné la situation en dérision. J’étais contente de moi.

« Bah t’as plus qu’à faire l’effort de le gommer maintenant alors. »

Entre pleurer et lui couper la tête au couteau à bout rond devant moi, mon coeur a balancé. J’avoue.

Mon accent, tu l’aimes ou tu me quittes

Évoquer le fait de gommer ma façon de parler — qui n’est tout de même pas la plus désagréable de planète — c’est comme me demander d’affiner mon nez un peu trop rond, de rendre ma peau mat…

… ou d’effacer mes tatouages à l’acide. 

Sérieusement, on vous demande à vous de changer de t-shirt quand on aime pas sa couleur ?

J’ai aussi remarqué qu’une personne ayant l’accent chantant du Sud sera jugé comme sexy, chaud, exotique. Quand tu as l’accent du Nord ou de l’Est, tu es un cassos. Voilà.

Je transforme parfois un peu les « A » en « O » quand j’ai bu un verre de rosé. Et puis ? C’est pas ça qui me rend plus conne que les autres. Bah non. 

Cet épisode m’a fait réfléchir sur ce point qui me complexe depuis de nombreuses années, un peu trop pesant parfois. Et pourtant, il ne m’empêche pas de vivre correctement, de m’exprimer comme je le souhaite ou de dire ce que je pense.

Cette soirée m’a énervée, mais pas que. J’ai compris que personne ne devait influencer ça et encore moins dévaloriser une marque d’appartenance à une région qu’on distingue une fois sur quatre dans le son de ma voix.

Ce soir là, je ne me suis pas tue, j’ai parlé plus fort encore. Un peu pour gêner cette fille, puis pour m’affirmer. Parce que je suis comme ça. C’est moi.

Et tant pis si tu trouves mon accent fin nul, de toute façon vous êtes vraiment pas frais là-haut. 

À lire aussi : Quatre aspects de mon caractère dont j’avais honte (à tort)


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Les Commentaires

41
Avatar de Smaje
20 août 2017 à 00h08
Smaje
@Aconiti AAAMEEEEEN
C'est dément les clichés sur ce département, tiens d'ailleurs j'ai retrouvé un logement à St-Denis (que d'émotion uppyeyes pour finir mon master, et la première réaction de mes potes ça a été: "mais ça craint là-bas! Et puis les agressions et les émeutes tout ça"
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