J’ai mis des mois à comprendre pourquoi j’avais l’air enceinte (alors que je ne l’étais pas)


Iris a 25 ans, et elle nous a proposé son témoignage intitulé J’ai testé pour vous : avoir l’air d’être enceinte alors que je ne le suis pas. Derrière l’humour de ce titre, elle nous raconte un parcours médical épineux et hors du commun.

J’ai mis des mois à comprendre pourquoi j’avais l’air enceinte (alors que je ne l’étais pas)Amina Filkins / Pexels

IL y a quelque temps, j’ai commencé à vraiment grossir.

Au début, cela ne m’a pas inquiétée plus que ça. Et puis, après que j’ai changé de méthode de contraception, les choses ont commencé à devenir étranges…

J’ai l’air enceinte, que se passe-t-il ?

Plus le temps passait, plus mon ventre semblait rebondi comparé au restant de mon corps. Ayant toujours eu un peu de bidou, j’étais plutôt à l’aise avec ça : je pensais simplement que c’était ma morphologie. Mais au fil du temps j’ai commencé à me prendre de plus en plus de réflexions de la part de ma famille, de collègues ou de simples inconnus.

On me proposait une place dans les transports en commun, on me félicitait pour cet « heureux événement » avec des « c’est pour quand ? » à la caisse du supermarché…

Moi qui pensait que ce n’était qu’une prise de poids, j’étais vexée au plus haut point par ces commentaires non sollicités !

Pour essayer de comprendre ce qui se passait, j’ai dû aller voir mon médecin de famille, qui me connaissait depuis longtemps, au moins trois ou quatre fois. Après avoir pensé pouvoir expliquer la situation par mon « embonpoint », il a cru à une constipation aiguë et m’a prescrit des laxatifs pour améliorer mon transit.

Mais le regard et l’attitude des personnes autour de moi ne changeait pas. J’avais l’impression de devoir me cacher sans comprendre ce qui clochait chez moi. Je suis allée faire des tests de grossesse sanguins, sans en parler à mon médecin ; ils sont tous revenus négatifs.

Je me sentais honteuse, et j’avais peur que mon ventre soit vu et mal interprété par les personnes que je connais dans ma ville (y compris mon ex !). Je le cachais sous des vêtements amples, je ne fumais plus dehors de peur de croiser des regards assassins…

Sans diagnostic, mon rapport à mon corps se dégrade

Mon rapport avec mon corps à commencé à devenir sérieusement inquiétant. Petit à petit, j’ai commencé à le haïr.

Après le confinement, malgré une alimentation équilibrée et une perte de poids, mon ventre était plus gonflé que jamais. Je suis donc retournée voir mon médecin… Honnêtement, je ne suis pas près d’oublier cet examen médical.

Couchée sur la table d’examen, le médecin a vraiment halluciné devant à la taille de mon ventre, et m’a auscultée sans rien dire. J’ai compris plus tard qu’il cherchait à écouter le cœur d’un foetus.

Sans m’expliquer grand-chose, il m’a prescrit une énième prise de sang, à la recherche d’une grossesse, et une échographie. Ni une ni deux, j’ai foncé dans toute ma ville à la recherche d’un laboratoire. J’ai réussi à faire un test sanguin dans la journée, et les résultats tombés le soir même étaient les mêmes que les précédents : toujours négatifs. En parallèle, je me suis mise à chercher un radiologue qui pourrait me voir au plus vite pour une échographie. J’ai réussi à avoir un rendez-vous la semaine suivante.

Ne comprenant toujours pas l’état de mon ventre, j’ai commencé à douter de la fiabilité des tests sanguins. Prise de panique, je suis allée au centre de radiologie le plus proche dès le lendemain, et j’y ai un peu pété un plomb.

Face à mes inquiétudes, la préparatrice m’a regardée, et m’a annoncé :

« Madame, avec un ventre comme ça, c’est certain que vous êtes enceinte ! Les résultats sanguins ne sont pas toujours justes. Je vais appeler un radiologue ».

Eh non, je ne suis pas enceinte

Dans un coin de la salle d’attente, je me suis effondrée en sanglots : je ne me sentais pas prête à devenir mère.

Le radiologue, devant l’urgence, m’a prise illico dans une salle, où j’ai attendue une vingtaine de minutes, à moitié nue et en plein stress mais soulagée d’être enfin prise au sérieux, écoutée et soignée.

Quand le radiologue est arrivé, je lui ai fait un résumé de mes derniers mois. Après l’échographie, il m’a annoncé ce que j’avais… Un énorme kyste de l’ovaire mesurant 30 centimètres !

Cette échographie a été suivie d’un scanner, qui a confirmé ce diagnostic et a révélé la présence d’un autre kyste plus petit, de cinq centimètres, sur mon autre ovaire. Mais le médecin qui a interprété les résultats de mon scanner ayant été très expéditif, je n’avais aucune réponse à mes questions : malgré le diagnostic, j’étais perdue et très inquiète.

Avec un peu d’appréhension et beaucoup de colère, je suis retournée voir mon médecin généraliste, avec mon scanner et mon échographie. Ma mère a souhaité être présente à ce rendez-vous.

Malgré un lien de confiance amenuisé par ses mauvais diagnostics précédents, nous avons été rassurées d’apprendre que la plupart des kystes comme les miens étaient bénins, et que leur traitement ne posait pas de problème de fertilité. Pour pouvoir les retirer, il allait falloir que je me fasse opérer.

Mon premier rendez-vous avec un chirurgien

Quelques jours plus tard, j’ai obtenu un rendez-vous avec un chirurgien gynécologue. Après toutes ces errances médicales, j’avais consciencieusement préparé le rendez-vous et j’y suis arrivée avec une liste de questions assez fournie : combien de temps vais-je rester à la clinique ? Quelle est la durée de convalescence ? Vais-je vraiment pouvoir garder mes deux ovaires ? Ou au moins un ? Est-ce que ma fertilité sera réduite ? Où va se situer la cicatrice ? Vais je avoir des fils ou des agrafes ? Ou les deux ?

Une fois arrivée dans le cabinet, j’ai raconté mon histoire à nouveau.

D’après ce que j’ai compris, les ovaires produisent des cellules souches qui peuvent rester « bloquées » et donc créer un kyste bénin. On les appelle des « kystes dermoïdes », et ils surviennent chez une personne dotée d’ovaires sur mille. 

Sur les ovaires, leur croissance est très lente, ce qui veut dire que celui de 30 centimètres peut dater de ma puberté, ou même de ma naissance (il serait alors congénital). Du fait de cette lenteur, le corps s’habitude à cette présence et s’y adapte.

Les kystes dermoïdes ovariens ne sont pas rares, mais la particularité de celui sur mon ovaire gauche est d’avoir atteint sa taille maximale : il occupait une grande partie de ma cage abdominale, rejetant mes reins en arrière.

Le programme, selon le chirurgien, devait donc être le suivant : une opération pour retirer les kystes, entre trois et cinq jours à l’hôpital, puis quatre semaines de convalescence chez ma mère avec des chaussettes de contention et des piqûres d’anti-coagulant pour éviter une phlébite post-opératoire. L’opération est prévue quelques semaines plus tard. 

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Tout ne se passe pas comme prévu…

En attendant l’opération, les jours passent : la vie ne s’arrête pas à cause d’un kyste ! Entre temps, j’ai rencontré quelqu’un de formidable, j’ai fait des projets, me suis inscrite au conservatoire de théâtre de ma ville…

Et puis, une nuit (à quatre heures du matin précisément), je suis réveillée par une douleur latente dans le bas de mon ventre. La sensation s’accentue avec le temps, mais je n’ose pas réveiller mon copain qui dort à côté de moi. En plus de la gêne très forte du côté gauche, j’ai d’importantes nausées et très envie de vomir.

Mon compagnon finit me dépose chez ma mère, que je réveille en panique. Elle appelle le 15 qui la redirige vers SOS Médecins. Pendant ce temps là, j’étais en PLS sur le canapé, et je traversais d’innombrables contractions sans pouvoir m’arrêter de vomir.

Un médecin arrive pour m’ausculter pendant que nous lui expliquons ma situation. Il s’alarme de la longue attente avant mon opération, et me dit qu’il va appeler une ambulance pour venir me chercher. En attendant qu’elle arrive, il me fait une piqûre de tranquillisants. Je sentais à côté de moi ma mère, très choquée.

Avec du recul, je me rends compte que j’ai été assez sereine — ou plutôt courageuse — pendant les évènements qui ont suivi. Je suis montée dans l’ambulance à pieds, me suis allongée sur le brancard pour la route jusqu’à l’hôpital.  Peinant à trouver une position confortable, c’est non sans galère que je suis arrivée aux urgences, toujours shootée a la piqûre du médecin de garde.

Une opération en urgence

Une fois aux urgences, j’alterne entre des moments de somnolence et des périodes où j’ai de plus en plus mal. Au bout de deux ou trois heures, l’interne arrive. Il m’installe dans une salle et me fait une échographie.

Constatant qu’il s’agissait d’un énorme kyste, il appelle sa responsable pour confirmer le diagnostic. Je l’ai sentie choquée ; face à l’urgence de la situation, elle devra m’opérer sur le champ.

On me fait donc remplir un questionnaire pour l’anesthésie en me déshabillant à la hâte : le personnel médical m’attendait déjà au bloc. Cela peut paraître étonnant, mais j’étais très confiante, ou en tout cas très pressée que tout ça soit derrière moi.

Après une piqûre de morphine, on m’explique brièvement ce qui va se passer. C’est peut-être bizarre, mais j’en garde un très bon souvenir : les personnes autour de moi me parlaient très gentiment, avec beaucoup de compassion. Et à ce moment-là, j’avais vraiment besoin de réconfort. C’est donc avec sérénité que je me suis allongée sur la table d’opération. J’avais le sentiment d’être ENFIN entre de bonnes mains !

Quand je me suis réveillée, peut-être deux ou trois heures plus tard, la première question que j’ai réussi à balbutier a été « Est-ce que l’opération s’est bien passée ? » ; on m’affirme que oui, et je ressens un énorme soulagement. On m’explique alors qu’on m’a fait une ouverture au ventre et qu’on m’a retiré une masse kystique… accrochez-vous bien… de 6,3 kilos. Elle allait du pubis au diaphragme, et j’étais la star du bloc opératoire.

J’étais sûrement la seule de la salle de réveil avec le sourire jusqu’aux oreilles : imaginez le soulagement !

Aujourd’hui, je vais mieux

Dans les jours qui ont suivi mon opération, j’ai été hyper bien accompagnée. Je suis très reconnaissante envers l’équipe qui a pris soin de moi.

Au final, mon ovaire et ma trompe de fallope gauche ont dû être retirés, mais mon ovaire droit et mon utérus sont en parfait état de marche. Le deuxième kyste, qui se trouvait sur ma trompe droite, l’a abîmée un peu ; si je veux des enfants plus tard, il faudra que je fasse des examens complémentaires ou bien des fécondations in-vitro, mais rien que le fait de savoir que j’aurai cette possibilité me rassure !

Le « risque zéro » de réapparition est très rare dans les cas comme le mien. Mais je vais avoir un suivi gynécologique de qualité, et nous allons pouvoir suivre tout ça de très près. Et j’espère que ce parcours médical assez incroyable pourra servir à toutes les personnes qui ont des ovaires !

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À lire aussi : Comment se passe un rendez-vous gynéco : le guide ultime

Aïda Djoupa

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Commentaires

N.ADL

Votre article m'a fait comme une claque. J'ai vécu à peu de choses près la même chose, il y a 14 ans déjà. J'avais rangé dans un coin de ma tête tout un tas de détails que vous décrivez ici. Je suis à la fois triste de savoir que le diagnostique des medecins reste toujours aussi laborieux et ravie de savoir que l'issue est bonne. Merci pour votre courage.
 

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