La vulvenérabilité : quand ta vulve prend cher

Parfois, notre vulve, ou notre vagin, ou tout autre élément de notre appareil génital, a quelques petits soucis. C'est ce qu'on appelle désormais les « vulvenérabilités ».

La vulvenérabilité : quand ta vulve prend cher

Toi qui as une vulve, regarde-moi bien dans les yeux* : oui. Oui, nous avons le droit de dire que, parfois, elle souffre. Bien sûr, souvent, c’est trois fois rien, des petits détails, des minimes désagréments qui viennent entacher notre joie de vivre, la saupoudrant d’un peu de gêne, voire d’une légère douleur désagréable.

*Façon de parler, tu te doutes bien, parce que déjà, je suis pas en face de toi et en plus, si on était face à face et que tu me regardais effectivement dans les yeux, tu pourrais pas lire l’article.

Nous n’avons pas à avoir honte de ne pas toujours être tranquille, bien dans nos culottes (en coton si on a décidé d’écouter le/la professionnel-le de santé nous indiquant comment éviter la mycose). Nous n’avons pas à avoir honte de souffrir, parfois, et de finalement avoir assez peu de moments de totale harmonie avec notre appareil génital dans son ensemble.

Ce qui ne doit en aucun cas nous empêcher de l’aimer, ni d’aimer la vie.

Mais voilà, je crois qu’il faut mettre des mots sur nos maux, et ce qu’on a dans la culotte — vagin, méat urinaire et tutti quanti — nous en offre un bien beau florilège, tout au long de notre vie. Alors ce mot, je le propose, tel quel, l’air de rien, en toute humilité : vulvenérabilité. Parce qu’il y a « vulve » et « vulnérabilité » dedans. Après, tu l’adoptes ou pas, mais on peut au moins lister ensemble quelques moments où notre vulve est fort vulnérable.

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« Je veux chanter pour ceux qui ont la shneck en feu »

Se faire épiler

Je ne dis pas que tu connais absolument cette sensation, parce que tu as peut-être choisi de garder tes poils ou de te les faire retirer autrement, et vraiment, tu peux bien jeter des regards noirs/mettre du sel dans le café/éternuer à la face de quiconque te ferait une réflexion là-dessus. Merde à la fin.

N’empêche, aller se faire épiler dans un institut, c’est assez gênant : non seulement c’est un peu douloureux (on t’arrache le poil avec le bulbe et tout, tout de même), et en plus tu dois écarter les jambes devant un-e inconnu-e, ce qui ne fait pas forcément plaisir à tout le monde. Je ne parle même pas de s’épiler toute seule chez soi, à la cire, par exemple, et des sanglots de peur quand on réalise qu’on a déjà collé la bande à son pubis et qu’il faut maintenant tirer dessus.

Ça fait plus ou moins mal selon les personnes, c’est tout rouge pendant quelques heures après coup…

Se faire épiler ? VULVENÉRABILITÉ !

Se raser

Pareil qu’au-dessus : peut-être as-tu fait le choix de garder tes poils. Mais si tu sais de quoi je parle, sache que je te soutiens : se raser les poils pubiens, c’est pratique et rapide, MAIS…

Mais il suffit de ne pas avoir mis assez de gel ou de mousse à raser, d’utiliser un rasoir trop vieux ou de s’y prendre un peu n’importe comment pour se retrouver à saigner à pleins tubes avec la certitude qu’on aura beau mettre autant de crème hydratante qu’on voudra, ça piquera. Un jour je me suis retrouvée à vif, le mont de Vénus couleur Kirby, et je m’en suis remise psychologiquement : tu sais, si tu veux parler à quelqu’un, sache que je suis là.

Se raser ? VULVENÉRABILITÉ !

Avoir des poils incarnés

Conséquence parfois directe de l’épilation ou d’un rasage de pubis, le poil incarné pousse sous la peau — et, non, malheureusement, un gommage régulier ne peut pas toujours quelque chose contre ça. Ça forme un petit bouton tout rouge, parfois même avec un peu de pus au-dessus pour encore plus de saveur, et parfois, ça gêne quand on appuie (ou que la couture d’un pantalon trop serré appuie) dessus.

Avoir des poils incarnés ? VULVENÉRABILITÉ !

La repousse

La repousse, c’est quand le poil, rasé ou épilé… Repousse. Oh dis. J’ai vraiment pas été finie avec une bulle d’air pour t’apprendre des trucs aussi incroyables.

Parfois, ça gratte. Parfois ça gratte même très fort, et une fois que tu as gratté très fort, ça pique. Ça donne en plus à certain•e•s  (surtout ceux et celles qui se rasent cette partie du corps)l’impression d’avoir un hérisson dans le slip, avec ces débuts de poils minuscules mais bien durs, pointant droits et fiers à la perpendiculaire du corps.

Je sais de source sûre qu’il existe au moins une personne dans le monde qui s’est imaginé, alors que son partenaire lui pratiquait du sexe oral, le voir s’éloigner, visage en sang, de son pubis.

La repousse ? VULVENÉRABILITÉ !

Aller faire son frottis

Le frottis, c’est un test de dépistage de plein de trucs, dont le cancer du col de l’utérus qui peut être détecté à un stade très précoce (ce qui est pas mal utile). On conseille d’en faire tous les un à trois ans ainsi qu’à des âges qui dépendent de l’âge du premier rapport sexuel. Pas d’angoisse : gynéco et sages-femmes sont là pour te dire quand il faut commencer à t’y mettre !

Même si c’est important, ça n’en est pas moins chiant : le spéculum qui écarte l’appareil, c’est froid, la méthode de frottis en France consiste à écarter les jambes avec les pieds en hauteur dans des étriers et la tête du/de la professionnel-le au milieu, et en plus c’est payant.

À noter qu’en Angleterre, l’examen se déroule parfois en position latérale, et l’effet est moins, comment dire, potentiellement humiliant. Légalement, on a le droit de demander à procéder de la sorte.

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J’ai jamais trouvé ça douloureux mais savoir qu’il est temps pour moi d’aller en faire un me fait soupirer quatre ou cinq fois.

biddy fait son frottis
Quand je vais faire mon frottis en pleine repousse. (Photo issue du compte Instagram de Biddy The Hedgehog)

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Porter un pantalon trop serré

Le gros désavantage du pantalon trop serré, c’est d’avoir un camel toe : le vêtement est tellement près du corps qu’il épouse la forme de ta fente et laisse entrevoir à tout le monde les contours de ton anatomie. Déjà, bon, y a des gens pudiques, alors peut-être qu’ils aiment pas trop. Mais l’aspect esthétique n’est rien en comparaison avec cette impression, à la fin de la journée, que tes parois vaginales ont essayé de faire du feu en se frottant l’une contre l’autre.

Porter un pantalon trop serré ? VULVENÉRABILITÉ !

Porter une culotte avec une couture trop épaisse

Parce que ça donne pile sur le clitoris et que c’est soit une pression forte donc douloureuse, soit légère donc plutôt agréable. Ce qui est une bonne chose pour certaines personnes, une mauvaise pour celles qui n’aiment pas ressentir ce genre de joie, même discrète, dans des circonstances dites publiques.

Porter une culotte avec une couture trop épaisse ? VULVENÉRABILITÉ !

Porter sa culotte à l’envers

Oui, bon, écoute, ça peut arriver. Oui. On juge pas, ok ?

Porter sa culotte à l’envers ? VULVENÉRABILITÉ !

S’essuyer avec un mouchoir à l’eucalyptus

Ne fais jamais ça. Jamais. Ne pose pas de question, ne te retourne surtout pas, et ne fais jamais ça.

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S’essuyer avec un mouchoir à l’eucalyptus ? VULVENÉRABILITÉ !

Avoir un peu trop forniqué par pénétration

As-tu déjà essayé de frotter un concombre dans une baguette de pain pendant plusieurs heures ? Au bout d’un moment, ça repousse toute la mie vers l’intérieur.

Le fait est qu’un vagin n’est pas tout à fait comme une baguette de pain. Cette comparaison est absolument nulle et non avenue. Mais au bout d’un moment, ça peut faire mal. Et on peut potentiellement être obligé•e d’arrêter les festivités au bout d’un moment. La chair est faible.

Avoir un peu trop forniqué par pénétration ? VULVENÉRABILITÉ !

Avoir une cystite

La cystite, autre nom de l’infection urinaire, se manifeste par des douleurs et sensations d’avoir l’urine aromatisée au Tabasco. La brûlure, quand tu en as une, chaque fois que tu vas aux toilettes, est intense. Et le reste du temps ? Ça fait mal aussi.

Personnellement, le seul truc qui me soulage dans ces cas-là, c’est de rester sur les toilettes, sans rien faire. Une matinée, j’ai travaillé comme ça, d’ailleurs, maintenant que j’y pense (j’aime mon job, qu’est-ce que tu veux).

cystite
Quand j’essaie de rester digne en entamant ma troisième heure assise sur les toilettes alors qu’une quinzaine de collègues tapent à la porte, réclamant leurs droits au soulagement vessilaire.

Avoir une cystite ? VULVENÉRABILITÉ !

Porter un body à pression

Le poil qui se coince dans le bouton à pression du body et qui te rappelle son existence à chacun de tes mouvements. Rien que ça. Je crois que tu vois de quelle gêne je te parle.

Je dois avoir de très longs nerfs qui vont dans tous les sens parce que chaque fois, j’ai l’oeil qui pleure légèrement.

Porter un body à pression ? VULVENÉRABILITÉ !

Avoir une mycose

Causée par des champignons, la mycose est une infection courante de la partie la plus intime de notre corps. Aucune raison, donc, d’avoir honte d’en choper une un jour, surtout que ça n’a rien à voir avec un manque d’hygiène (c’est même parfois l’inverse : on se nettoie trop). Je te l’accorde, ce n’est pas très évident quand ton/ta professionnel-le de santé te l’apprend en te disant froidement « ah oui c’est une mycose, regardez y a des grumeaux » en te mettant le spéculum sous le nez avec un peu de faisselle produite par ton corps dessus.

Quoi ? Ah mais non, pas du tout, cette anecdote sort de mon imagination et non pas de mon passé.

Les mycoses vaginales, ça gratte, ça démange, ça pique. C’est pénible, quoi, même si ça se soigne super vite en se mettant des ovules (des sortes de jolis suppositoires à mettre dans ton conduit) et en se tartinant de crème, le tout prescrits par ton/ta médecin/gynécologue/sage-femme.

Mais tout de même : la mycose, c’est comme un rhume (et je dis pas ça parce que les pertes blanches que ça provoque souvent s’apparentent à des gl – oops. Pardon. Bon appétit). C’est pas grave, ça se soigne bien, mais on s’en passerait largement.

Avoir une mycose ? VULVENÉRABILITÉ !

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Faire du vélo sur les pavés

À moins d’avoir une selle de très bonne qualité…

velo pave
…bah ça fait un peu ça, quoi.

Faire du vélo sur les pavés ? VULVENÉRABILITÉ !

Alors voilà, chérissons nos vulves, mais n’oublions pas qu’elles nous en font parfois voir de toutes les couleurs (si la tienne te fait littéralement voir toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, arrête de plaisanter, en revanche, car il est grand temps de consulter).

Et toi, quels sont tes plus grands (mais aussi tes plus petits) moments de vulvenérabilité ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ursinae
    Ursinae, Le 5 septembre 2016 à 18h50

    @Dame Andine cogite intolérance aux alliacés (ails, oignons, poireaux, ciboulette etc et aloe vera). Pendant des années ma crème de jour c'était de l'aloe, reconnue pour son hydratation et apaisement. Ma peau était tirée et rouge, je croyais que c'était dû à moi, donc j'en remettais une couche, psoriasis et compagnie... au final j'ai appris que l'aloe faisait parti des alliaces, j'avais jamais pensé à vérifier, et depuis ça va nettement mieux en haut, mais le rejet était terrible.

    J'oserai jamais essayé l'ail anti mycose haha. Bon j'en ai jamais eu jusqu'à présent, tout comme les cystites... je pense que ma vulve est un terrain hostile à tout de toute façon.

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