Le thigh gap, l’obsession minceur qui prend de l’ampleur

Le thigh gap est un phénomène qui vire à l'obsession collective depuis quelques mois sur Internet. Qu'est-ce que c'est, et pourquoi c'est peine perdue - et surtout dangereux - de le chercher à tout prix ?

Le thigh gap, l’obsession minceur qui prend de l’ampleur

Publié initialement le 6 mai 2013

Depuis quelques mois et de manière inquiétante, le thigh gap occupe une place de plus en plus importante sur l’Internet mondial. À l’occasion de la journée internationale sans régime – qui fête aujourd’hui sa 23ème édition depuis qu’elle a été créé en 1992 par Mary Evans Young, une ancienne anorexique membre de l’association Diet Breakers (les briseurs de diète) – revenons ensemble sur le fameux thigh gap, la nouvelle obsession minceur qui s’incruste sur le web.

Le thigh gap, qu’est-ce que c’est ?

Thigh signifiant cuisse et gap, fossé, le thigh gap désigne, tu l’auras deviné, l’espace plus ou moins large qu’on a ou pas entre les cuisses quand on se tient debout et que nos pieds se touchent. En gros, on suppose que plus les jambes sont fines, moins elles sont censées se toucher. Une simple caractéristique physique qui semble être devenue depuis quelques mois le symbole des jeunes femmes et des filles qui ont envie de maigrir, quitte à mettre leur santé en danger. Sur Twitter mais surtout sur Tumblr, réseau jusqu’à présent très populaire chez les adolescent-e-s, le tag #thighgap est devenu aussi actif que déprimant. Tous les jours, toutes les heures sont publiées des photos d’inconnus ou de célébrités arborant le fameux troutrou : la préférée des internautes semble sans conteste être Eleanor Calder, parce que c’est la copine d’un des membres de One Direction, ce qui prouve la jeunesse de la plupart des personnes fascinées par le fait d’avoir le minimum de chair autour du fémur.

Exercices pour muscler les cuisses et l’intérieur des cuisses, lamentations sur la difficulté d’atteindre ce but complètement fou, petites phrases percutantes pour s’automotiver à manger moins, exclamations de contentement de personnes ravies d’avoir réussi à s’affamer, ce tag me rappelle les heures les plus sombres des sites vantant les mérites de l’anorexie qui donnaient des astuces pour faire croire aux parents qu’on avait déjà mangé et qu’on n’avait pas besoin de dîner avec eux afin d’aller se coucher avec le ventre vide. Ça fait froid dans le dos.

Pourquoi c’est inutile de s’acharner ?

On va pas se leurrer, le thigh gap, c’est de la poudre aux yeux. C’est bien mignon mais c’est quand même réservé à une absolue minorité : les gens qui ont les hanches suffisamment développées et les cuisses suffisamment fines. À la base, ce n’est ni le symbole d’une maigreur maladive, ni celui d’un corps parfait, c’est simplement une caractéristique qu’ont certaines personnes au même titre que les fossettes au-dessus des fesses ou le nombril qui ressort. Des filles extrêmement minces mais aux hanches étroites ne vont par exemple pas l’avoir, ou très peu. C’est une pure question de morphologie. En gros, si tu ne l’as pas, ça ne sert à rien de s’acharner ; ça paraît logique et pourtant, c’est ce que des milliers de filles semblent faire et à moins de se passer les cuisses à l’acide j’ai du mal à saisir comment elles comptent s’y prendre tant les exercices physiques à faire quotidiennement pour s’en rapprocher sont intenables. La vidéo ci-dessous me fait secouer les bras en l’air en tournant sur moi-même, sérieusement :

Et d’ailleurs : au-delà du fait qu’il est mauvais de nous comparer aux autres, que ce soit en terme de réussite sociale – comme l’évoquait récemment Hippie Jack – ou d’apparence physique, un autre point m’interpelle : que sait-on de la véracité des images qu’on nous donne ? D’autant plus que sur Internet, on regarde tout à travers le prisme d’un écran qui ne renvoie que ce que l’autre a bien souvent envie de transmettre, et cette potentielle déformation peut également concerner cette fameuse histoire d’espace entre les cuisses. Après tout, toutes ces images sont-elles représentatives de la réalité, nous faisant alors miroiter que nous aussi pouvons l’avoir ? Au-delà des retouches photo, un petit geste tout bête peut me rendre trouée des cuisses sur un cliché si je veux, comme le montre en gif cette utilisatrice de Tumblr :

Bon alors par contre bonjour le mal de dos hein.

Parole d’une ancienne thigh gap digger

Je vais pas vous mentir : inconsciemment, pendant de trop nombreuses années, j’ai cherché à atteindre ce thigh gap. Parce que certaines de mes copines, avec un corps différent du mien, l’avaient . Dans ma quête, j’ai stupidement oublié un critère assez important : j’ai les jambes en X, et mes genoux sont beaucoup trop amis pour accepter de se séparer – les enfoirés. Ce petit détail m’a empêchée, à l’époque où j’avais pourtant un IMC en-dessous de la normale (ça a duré deux semaines, en vrai), d’avoir la place pour caser une canette de Coca entre mes deux cuisses.

C’est fou, cette histoire de thigh gap. C’est fou parce que ça y est maintenant, je me suis émancipée de tout ça. J’ai vraiment, en faisant un effort qui m’est apparu de moins en moins insurmontable au fil des mois, appris à oublier de complexer sur mon physique. Depuis le temps, j’ai fini par faire un trait sur cette vieille histoire de minceur – je ne serai jamais la liane que je voulais être quand j’étais plus jeune, et puis alors ? C’est un fait : j’aime bien manger (sain comme gras, sucré comme salé), je n’aime pas assez le sport et le seul que j’accepte de faire, c’est de marcher pour rentrer du travail dans le seul but de ne pas trop me pourrir l’organe coronarien. C’est bon maintenant, j’ai accepté l’idée du bras qui fait un peu flop flop quand je fais signe à quelqu’un avec trop d’enthousiasme, de mes fesses un peu trop moelleuses et de mes cuisses dont je ne peux pas faire le tour avec mes mains. Et pourtant, quand je fais un passage dans ce coin-là de l’internet, quand je vois ces filles bien souvent plus jeunes que moi qui fantasment sur l’idée d’avoir de l’air entre les cuisses, j’oublie presque un peu, non pas la confiance en moi que j’ai atteint mais du moins, le je m’en foutisme que j’ai réussi à développer, et je me surprends à ressentir un petit pic de complexe. Parce que c’est bien connu : souvent, les complexes des autres et les efforts qu’elles font, non pas pour les éradiquer mais pour atteindre un idéal qu’elles se sont créé parce que la société le leur renvoie comme tel, ça fait bien souvent ressortir ses propres complexes pourtant enfouis au plus profond de soi.

Et c’est bien pourquoi je ne juge pas les personnes qui ont des étoiles dans les yeux quand on leur parle de thigh gap. Parce que je les comprends, parce que j’ai été comme elle, parce que parfois, sporadiquement, je les rejoins l’espace de quelques minutes sans réellement en prendre conscience. Pourtant, c’est con : aller à l’encontre de son poids de forme et de son amour plus ou moins relatif de l’exercice physique ne mène à rien, et demande un effort que j’estime bien plus désagréable que d’apprendre à aimer ce qu’on voit dans le miroir.

Ce principe me met tellement mal à l’aise et pourtant, tout comme Jack Parker ne peut se détourner de quelques célébrités en roue libre, j’ai du mal à ne pas aller faire un tour du côté de celles qui utilisent le tag #thighgap. J’aimerais leur dire « Baaah, arrêtez vos bêtises maintenant hop hop hop, on se sort les doigts, regarde comme je me sens bien avec ma petite bouée », mais ce serait peine perdue. À mes yeux, l’obsession du thigh gap mériterait de se prendre un vieux coup de boule dans la tronche, comme tout ce qui renvoie à une image prétendument idéale du corps de la femme. Mais comme il est bien compliqué de physiquement frapper un concept, contentons-nous si besoin de ne jamais perdre de vue les bienfaits d’un relâchement sur la taille des fringues.

Et de toute façon, Bob l’éponge, on l’aimerait autant sans.

Le point rassurant, c’est que Tumblr travaille déjà sur le coup : en préparant cet article, on a pu constater qu’un message de prévention était diffusé et renvoyait vers une page avec quelques conseils pour se faire aider ou aider une connaissance. Bon, ça vaut ce que ça vaut, mais ça fait déjà plaisir de voir qu’un réseau à ce point utilisé ne reste pas les bras ballants tandis qu’il sert d’hébergement à la création d’un complexe, d’autant plus après la polémique autour de la marque qui utilisait ce genre de tags.

– image d’illustration via

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Irma-vep
    Irma-vep, Le 29 décembre 2013 à 23h38

    Perso, j'ai une malformation qui s'appelle "genu valgum"

    ( ça ressemble à ça : http://content.answcdn.com/main/content/img/oxford/Oxford_Sports/0199210896.genu-valgum.1.jpg)

    donc le tigh gap je peux m'y asseoir grandement dessus, enfin pas exactement, je peux en avoir un aux chevilles vu que je peux pas coller à la fois mes pieds et mes cuisses mdr

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