Steven Moffat, ses séries adulées… et sa misogynie

Steven Moffat, c'est le controversé « showrunner » de Doctor Who depuis 2010, et de Sherlock version BBC. LadyDandy a deux-trois trucs à lui dire.

Steven Moffat, ses séries adulées… et sa misogynie

Attention cet article contient des spoilers sur Sherlock et Doctor Who !

Vu que je ne sévis pas uniquement sur madmoiZelle en tant que critique du dimanche et que je suis assez sévère (voire taxée d’extrémiste), on s’imagine souvent que je n’arrive pas à apprécier les films/séries/livres que je vois.

Eh si ! Je peux tomber folle amoureuse d’une oeuvre atrocement misogyne et prendre un plaisir fou à la voir, revoir et rerevoir tout en étant parfaitement consciente de ses points faibles. On peut apprécier une personne malgré (voire grâce à) ses défauts, c’est la même chose pour les produits culturels, du moins en ce qui me concerne.

Bien sûr, je ne blâme absolument pas les gens qui abordent la question différemment et sont incapables d’apprécier une oeuvre qui les froisse au niveau idéologique, ou qui au contraire prônent qu’on doit absolument détacher l’oeuvre de tout message.

Bref, partons de cette base et parlons de Steven Moffat et de ses deux séries à succès : Sherlock et Doctor Who.

Comme beaucoup ici, j’aime bien ce qu’il fait ; plus ça va, plus l’ère de Russel T. Davies me manque sur Doctor Who, mais je ne nie pas que Moffat a écrit des épisodes vraiment très sympa.

Très sympa… et… comment dire… avec de bons vieux relents de misogynie ordinaire que je ne suis ni la première, ni la dernière à remarquer et reprocher. Parce que oui, Steven Moffat a beau être un chouette entertainer, il est loin d’écrire des personnages nouveaux ou inoubliables.

Est-ce que c’est dramatique ? Est-ce qu’on devient immédiatement un atroce sexiste si on apprécie ses oeuvres ? Bien sûr que non. Ca fait juste partie du quotidien blasant des féministes face à une pop culture majoritairement conçue par et pour le cliché du mâle hétéro.

Moffat et ses « petites phrases » qui craignent

Parce qu’il faut le reconnaître, Moffat a dit pas mal de conneries grosses comme ma lippe, qu’elles soient sorties du contexte initial (comme Moffat le prétend) ou non. Vous voulez une petite sélection ? C’est que j’ai l’embarras du choix… bon, voyons voir.

  • À propos du casting de Karen Gillan, actrice qui joue la compagne du Docteur, Amy Pond

« J’ai pensé qu’elle [une autre candidate] était vraiment bien. C’était juste dommage qu’elle soit si petite et trapue.

Alors qu’elle s’apprêtait à entrer pour l’audition, je suis sorti une minute et j’ai vu Karen qui marchait dans le couloir devant moi et j’ai réalisé qu’elle faisait un mètre soixante quinze, qu’elle était mince et sublime et j’ai pensé : « Oh oh, ça va le faire ». »

  • Au sujet de la place des hommes dans la société

« Le monde est largement conçu en faveur des hommes à tous les niveaux – sauf si vous vivez dans un pays civilisé et que vous êtes éduqué et appartenez à la classe moyenne, parce que là, vous êtes certainement inférieur dans votre relation de couple et vous vous confondez constamment en excuses boiteuses. Vos préférences sont systématiquement moquées. Il y a un énorme manque de respect envers tout ce qui est masculin. »

  • Au sujet des gens espérant voir une femme prendre le rôle du Docteur

« J’aime bien le fait qu’Helen Mirren ait dit que le prochain Docteur devait être une femme. J’aimerais bien aller dire publiquement que la reine devrait être jouée par un homme. »

  • Au sujet de la « psychologie féminine »

« Il existe un problème dont on refuse de discuter : les femmes sont en manque d’affection. Les hommes peuvent rester plus longtemps et plus heureux sans femmes. C’est la vérité. En tant que petits garçons, nous ne jouions pas à être marié – nous tentons de l’éviter le plus longtemps possible. Pendant ce temps, les femmes sont dehors à chasser le mari. »

Et évidemment, on retrouve tous ces éléments dans ses séries…

Doctor Who et le sexisme

Commençons par Doctor Who qui a un principe de base bieeeen sexiste, assez bien résumé dans cette chanson très drôle :

Tout ce que je dois savoir, je l’ai appris en regardant la télé
Mais j’ai bien peur que ça ait eu de sérieuses répercussions sur moi.
Mon esprit est bloqué dans les années soixante-dix
Je n’arrive pas à être branché,
Et ça a eu une influence sur ce que je cherche
Dans toutes mes relations amoureuses

Je ne supporte pas les femmes indépendantes avec leurs manières modernes
Je veux une femme comme celles que je vois le samedi.

Sois ma Doctor Who girl
Toujours confiante,
Patiente et compréhensive,
Alors que je t’embarque à travers l’espace et le temps.
Ma belle assistante,
Qui ouvre grand les yeux et entortille ses boucles,
Et dis-moi que je suis brillant

[…]

Sois ma Docteur Who girl
On ferait une super équipe,
Je m’occuperai de réfléchir
Et tu serais jolie en short et tu crierais.

Mais là, vous allez me dire qu’il s’agit de l’ancienne série Doctor Who, celle qui commence dans les sixties, à une époque où racisme et sexisme étaient monnaie courante ! Que la nouvelle série, elle, est beaucoup plus progressiste !

Oui… Au moins durant l’ère Davies… Et encore, seulement à certains niveaux.

Prenons les deux compagnes créées par Moffat : Amy et Clara.

Contrairement à Rose, Martha et Donna, elles ne sont pas présentées comme des humaines à part entière avec une histoire construite, une famille de personnages secondaires qui font partie de leur univers à elle. Leur existence est justifiée par une intrigue, par un mystère que le Docteur doit résoudre. Elles n’existent pas ou très peu en dehors de cela.

Elles n’ont pas le statut d’individu. Elles ont des métiers extrêmement féminins et sont bien plus érotisées que les compagnes précédentes (parmi lesquelles, ceci dit, la seule à exercer une fonction qui ne soit pas traditionnellement associée aux femmes est la très badass Martha).

Clara et Amy sont plus des concepts que des personnages : « la fille impossible », Clara, passe son temps à se sacrifier pour le Docteur et « la fille qui a attendu », Amy, a beau diriger ses deux « hommes », elle ne vit que pour eux. Et je ne vous parlerai pas de sa quasi-mystical pregnancy

Enfin, au moins elle porte la culotte dans son couple et Rory n’est pas trop ridiculisé dans son métier d’infirmier très « féminin » — même si bon, on nous rappelle quand même assez fréquemment qu’il sait être un homme, un vrai, même en jupette sexy de Romain !

Clara et Amy ne sont même pas des femmes dans leurs appellations, ce sont des « filles ». Elles ont certes, de la répartie, mais ça correspond au trope de Moffat, qu’il appelle « powerful sexy women » (des femmes puissantes et sexy), mais que je nommerai plutôt « femme sexy avec un flingue et de la répartie qui n’existe pas en tant que personnage mais en tant qu’intrigue, et s’attache extrêmement vite au génie principal sans réelle justification ». Moffat ne sait pas écrire les personnages féminins, ce qui explique que beaucoup de féministes aient été bizarrement soulagées quand on nous a annoncé que, oh surprise, le prochain Docteur serait encore un homme blanc.

Comme Steven Moffat a des schémas efficaces mais qu’il réutilise ad nauseam, Mary Watson, qui apparaît dans la saison 3 de Sherlock, correspond également à ce trope (et le triangle docteur/Amy/Rory est repris également, avec Mary et John).

Que dire de River Song, un personnage au potentiel énorme, l’égale du Docteur, qui, une fois son passé révélé (effet soufflet éclaté), s’est étiolée lentement pour se réduire à l’humble fangirl du Docteur démiurge ? Ah River, je plaçais tant d’espoirs en toi…

Sans oublier qu’Amy, River et Clara connaissent le Docteur depuis leur enfance et vivent dans l’attente de le revoir. Qui a dit « creepy » ?

Irene Adler (Sherlock), le rêve avorté d’une femme forte

Autre personnage féminin à gros potentiel, dans Sherlock cette fois : Irene Adler. Je tiens à dire que malgré le venin que je m’apprête à cracher, Scandal in Belgravia, l’épisode où elle est en vedette, est mon épisode de Sherlock préféré. Je trouve que c’est le plus rythmé, le mieux construit, le thème d’Irene est fabuleux et en prime, on voit les fesses de Benedict…

Mais Irene, la potentielle femme forte dominatrice (donc hyper érotisée, ce qui peut être considéré tout de suite comme une forme de soumission au regard du spectateur masculin… mais on a Sherlock nu dans le même épisode, donc passons), Irene, « the woman », l’alter ego féminin de Sherlock qui chez Conan Doyle, un siècle et des poussières plus tôt, battait le détective à son propre jeu…

Cette même Irene devient le pantin d’un homme, Moriarty, et se fait avoir par Sherlock comme une bleue en tombant amoureuse du génie. Cerise sur le gâteau, à la fin il la sauve en tuant de méchants Arabes à coup de cimeterre.

Sans parler du fait qu’Irene est censée être lesbienne, mais bon, face à un génie Moffatien, les femmes craquent toutes, même quand elles sont homosexuelles. Le Docteur et Sherlock, malgré leurs physiques atypiques, n’ont aucun problème avec la gent féminine. Jamais.

Sauf peut-être avec la pauvre Jenny (Doctor Who), lesbienne en couple avec la très classe madame Vastra, qui n’apparaît hélas pas assez pour un personnage avec un tel potentiel, et que le Docteur agresse sexuellement dans un épisode récent. Elle sauve les meubles en claquant le goujat, mais ça ne me semblait pas suffisant, vu comme il l’attrape comme une brutasse.

Doctor Who : le viol, c’est lol ?

Mrs Hudson, Molly, Janine et Mary, ou la lose féminine à l’état pur

Globalement, la série Sherlock se montre particulièrement méprisante avec tout ce qui a un vagin.

La pauvre Mrs Hudson a des moments mémorables et je ne peux pas m’empêcher de l’adorer mais son histoire de femme de gangster qui comprenait rien à ce qui se passait, Sherlock et Watson qui continuent de la considérer comme une domestique et pire, notre héros qui, dans l’oeuvre de Conan Doyle était un galant homme, et qui ici la traite comme une sous-merde et lui ordonne fréquemment de la fermer et de lui amener de quoi manger… C’est pas fameux.

On a aussi Molly, cette brave Molly, brillante légiste qui continue d’aimer Sherlock même quand il l’humilie, et prétend être passée à autre chose mais sort seulement avec un clone moins intelligent que Moffat prend plaisir à humilier… alors que même Sherlock a décidé de ne pas insister.

Que dire de toutes les conquêtes de Watson ? Sans parler de LA conquête de Sherlock, que ce dernier utilise et manipule pour arriver à ses fins (en lui agitant une bague sous les yeux puisque, comme Moffat l’a dit, le femme ne fait que chasser le mari !) et qui, comme elle agit en vraie « pute » (« whore ») en vendant des informations sur le détective aux journaux, ressort « quitte » de cette petite aventure. Sherlock utilise les femmes mais comme ce sont des putes vénales, rien de grave !

Et enfin, Mary Watson, tueuse en série internationale dont on ne sait même pas le véritable nom mais qui décide d’être rebaptisée par son mari, John Watson, dont elle prend le patronyme après avoir été son assistante docile… Mary Watson, sans doute future femme au foyer en écho au destin de la mère de Sherlock, mathématicienne brillante qui, aux dires de son époux, a choisi de lâcher sa carrière pour s’occuper des enfants.

Moffat, la maternité et la mauvaise foi

À ce sujet, Steven Moffat déclare :

« J’ai été traité de misogyne parce que je réduisais les femmes à la maternité. « Réduire les femmes à la maternité », c’est probablement la phrase la plus misogyne que j’ai jamais entendue. »

Il tourne en réalité le problème à l’envers et joue sur les mots. La maternité (comme la paternité), c’est cool pour certaines personnes, mais limiter le rôle d’une femme à la procréation, c’est insoutenable après des millénaires de domination basés là-dessus.

Bien sûr, les mères et les femmes nullipares ont autant le droit au titre d’individu l’une que l’autre ; le problème c’est que souvent, quand Steven Moffat et la plupart des scénaristes actuels écrivent des mères, ils n’écrivent que ça : des mères. Pas des femmes, pas des individus, juste des êtres se définissant par leur dévotion envers leur progéniture. Des génitrices.

Que ce soit clair, être une femme, une mère et vivre pour son homme, ses enfants ou désirer être mariée, faire le choix de se poser,tout ça n’est absolument pas un problème. Dans la vraie vie, je ne blâmerai jamais une femme qui ferait des choix similaires à ceux des personnages de Moffat.

Le problème c’est qu’il écrit des personnages féminins porteurs de valeurs extrêmement traditionnelles dans un monde saturé de ce type de représentations, et qu’il se limite uniquement à ça ! Il justifie ses propres fantasmes par un choix qu’il imagine commun à toutes les femmes : bonjour l’essentialisme, selon Moffat toutes les gonzesses ne rêvent que du mariage et de la famille, alors que les hommes ont besoin de plus.

Si Steven Moffat avait écrit un ou deux personnages féminins tournant uniquement autour des hommes ou de la maternité et se définissant par rapport à eux, mais qu’à côté il avait su mettre en scène des femmes célibataires, actives dans leurs choix et pas limitées à leur utérus ou soumises à un homme-Pygmalion, il n’y aurait aucun problème et les phrases que j’ai citées au début de cet article ne me ferait pas autant hurler.

« Je ne suis pas misogyne » (parce que je le dis, voilà)

Voyons voir comment Moffat se défend d’être sexiste. Voici ce qu’il a déclaré après les réactions enflammées qu’a suscité le deuxième épisode de la deuxième saison de Sherlock, Scandal in Belgravia, dont nous parlions plus haut :

« Ce n’est pas vrai [que je suis misogyne], et à propos du personnage de Sherlock Holmes, c’est intéressant. Il a été décrit comme un misogyne alors qu’en réalité, il ne l’est pas. C’est une des particularités attachantes du Sherlock Holmes original : quoi qu’il dise, il ne supporte pas que l’on soit cruel avec les femmes — quand ça arrive il s’enflamme et enrage. »

Quelque part, au loin, Janine rit (jaune).

On pourrait parler longuement du caractère ambigu du Sherlock original. Il est vrai que Conan Doyle met dans la bouche de son héros des propos assez misogynes, mais qu’à côté, tous ses personnages féminins sont plutôt positifs, beaucoup plus purs et honnêtes que les hommes.

Néanmoins, cette idéalisation du beau sexe est aussi une réduction. Ce n’est peut-être pas misogyne mais c’est sexiste. Idéaliser les femmes, faire d’elle des angelots purs, des vierges consolatrices, c’est aussi leur refuser le statut d’être humain. C’est pourquoi j’applaudis quand Graham Linehan, auteur de The IT Crowd, déclare :

« Une chose que j’ai toujours essayé de faire c’est de rendre les personnages féminins aussi vénaux, corrompus et cinglés que les hommes. Être aussi durs envers mes personnages, hommes ou femmes, c’est ma pathétique petite contribution au féminisme. »

Bref, idéaliser les femmes, c’est aussi misogyne que les dévaloriser.

D’ailleurs, Conan Doyle lui-même était « chevaleresque » et extrêmement « galant », ce qui est lié à un patriarcat bienveillant qui voit les femmes comme naturellement moins apte à certaines choses. Sans oublier que ce bon vieux Arthur a été scandalisé, à la fin de sa vie, par les suffragettes, les « diables en jupons » qui osaient réclamer le droit de vote et se montrer aussi violentes que les hommes !

Toujours est-il que la stratégie de défense de Moffat semble se résumer à « nan, c’est pas vrai » (tralalalalère). Sans parler du fait qu’il a accusé ses critiques de le diffamer… Pauvre garçon, on remet en question son travail : pure diffamation, c’est vrai.

Moffat, ses fans, et le mépris

De toute façon, Moffat a l’air assez peu respectueux de son public, de ses fans. C’est à cause d’eux que le Docteur n’est pas une femme d’ailleurs puisque ce sont eux, et en particulier les fameuses fangirls, qui lui ont réclamé à corps et à cris qu’il ne fasse pas du Docteur une Doctoresse (il est tellement soumis à son public ce Moffat) !

Et puis, quand on lui pointe des incohérences ou des plot holes (des « trous dans le scénario ») dans Sherlock, il feint de ne pas comprendre et insulte les râleurs à demi-mots pour justifier sa paresse :

« Je crois que les gens pensent qu’un plot hole est quelque chose qui n’est pas expliqué à l’écran, mais un plot hole, en réalité, c’est quelque chose qui ne peut pas être expliqué.

Parfois, vous attendez d’un public qu’il assemble les éléments de lui-même. Pour Sherlock et Doctor Who, bien entendu, je suis toujours parti du principe que le public était malin. »

Sous-titre : si tu n’as pas fait mon boulot à ma place en trouvant la solution tout seul, cher spectateur, c’est que tu es un abruti, alors que je ne te reprenne plus à me parler de plot hole ! Et si tu reproches au docteur Watson de prendre le pouls de Sherlock sur le poignet au lieu du cou, je vais te troller en te rappelant que tu regardes une série et qu’on ne filme même pas à Baker Street de toute façon. C’est de la fiction, pas besoin de cohérence, tu me suis ?

Bien dit Watson.

Et je suppose qu’en tant que fan de yaoi, je ne dois absolument pas me sentir offensée par la représentation caricaturale de la fan frustrée qui s’imagine des choses entre Sherlock et Moriarty dans l’épisode 1 de la troisième saison ? Peut-être que Moffat voulait faire du fanservice, sauf que pour le coup, j’ai surtout eu l’impression de recevoir un gros glaviot dans la gueule.

Les fans ne sont pas nécessairement des idiot-e-s sans cervelle. Aimer quelque chose, ce n’est pas négatif en soi et cracher sur ses fans c’est contreproductif ! Moffat devrait plutôt prendre exemple sur, je ne sais pas, Galaxy Quest (où Alan Rickman joue l’un de ses meilleurs rôles) dans lequel les fans sont non seulement humains, mais finissent carrément par sauver le monde !

Bon, que Moffat rende les fans humains ce serait déjà bien. Là, ce sont juste des losers stupides… et c’est dommage ! Parce que, tout bien réfléchi, si Sherlock était vraiment si intelligent que ça, ce ne serait pas la peine de faire passer la plupart des autres personnages pour des imbéciles. C’est du nivellement par le bas !

Moffat, les femmes, les homosexuels, et la lassitude

Moffat n’a pas l’air d’avoir beaucoup de respect pour son public féminin en particulier et doit considérer que les quelques miettes qu’il nous balance doivent suffire à nous satisfaire. Après tout, pour lui, les femmes fans du Sherlock original l’aimaient à cause de son apparence…

« Les histoires d’Arthur Conan Doyle avaient un énorme lectorat féminin, ce que je n’ai pas oublié de mon côté, et c’est parce que les femmes de l’époque victorienne aimaient l’apparence de Sherlock. [Rires] Alors j’ai pensé à cet homme très excitant, plutôt beau gosse, qui pouvait lire votre coeur directement, et rester impassible… Bien sûr qu’il serait un Apollon !

Je pense que nous avons développé correctement le personnage. Je pense que nos fans féminines pensent toutes pouvoir être « celle qui fera fondre le glacier ». Elles ont toutes tort : rien ne le fera fondre. »

Chut, humain inférieur. Moffat parle.

Pour les anglophones encore, ce site parle de l’irrespect de Moffat pour son public et compare la façon dont il traite son fandom, amateur de bromances et plus si affinités, avec celle de Bryan Fuller, créateur de la série Hannibal.

Sans parler des blagues sur les homosexuels que Moffat répète en permanence : « je ne suis pas gay », clame Watson pour la cent-cinquantième fois dans le premier épisode de la saison 3 de Sherlock… Eh bien oui, on a compris à force ! Et ça s’appelle du queerbaiting : inclure des tensions homosexuelles pour attirer le public LGBT avide de représentations, et ce sans jamais aller jusqu’au bout de la relation pour ne pas froisser un public plus traditionnel. Vouloir le beurre et l’argent du beurre en gros.

Je conçois qu’un militaire assez « vieille France » (enfin, vieille Angleterre) comme John Watson puisse se sentir heurté par de telles allégations (qui ne sont pas des insultes), mais nous ressortir toujours la même blague (« lol ils ont l’air homo ! ») et ensuite clamer en interview que s’imaginer du sexe entre Sherlock et Watson est bizarre, en crachant sur le public LGBT ou les amateurs de yaoi, c’est un peu fort de café.

Surtout quand on voit que, tout en crachant sur sa fan base, ce cher Moffat revendique sa « fanboyness » de l’oeuvre de Conan Doyle pour dire que sa version de Sherlock est la meilleure, bien meilleure qu’Elementary, une autre version modernisée venue des États-Unis (qu’il a critiquée avant même sa sortie en arguant que l’acteur Johnny Lee Miller avait fait tout ça pour l’argent) :

« Puisque nous sommes de vrais fans de Sherlock Holmes, il y a de véritables limites dans ce qu’on fait. Notre version de Sherlock Holmes est authentique. »

Bien sûr, Steven Moffat n’est pas qu’un crétin de misogyne pédant à l’ego surdimensionné. S’il a autant de succès, c’est pour de très bonnes raisons. Effectivement, ce qu’il écrit est souvent très cohérent et inventif, il ne prend pas le jeune public pour un ramassis de neuneus, et ça c’est bien.

Et puis, dans Sherlock, le personnage de Donovan, malheureusement mis de côté dans la saison trois, devenait presque sympathique : une policière noire badass qui ne passe plus pour la méchante de service, et ne semble pas, contrairement à Anderson, regretter d’avoir pris Sherlock pour un psychopathe (je la soutiens à 100% pour le coup parce qu’il a quand même un peu tendu le bâton pour qu’on le frappe dans la saison 2), c’est intéressant !

Mais ça n’excuse pas le reste.

Au final, si Steven Moffat m’apporte quelque chose aujourd’hui, c’est principalement en ne faisant pas les choses bien. En se comportant comme le dernier des salauds et en étant néanmoins toujours apprécié par autant de gens, il me force à prendre du recul même sur ce que j’aime le plus au monde : la pop culture ! Et ça, c’est toujours bénéfique !

Pour aller plus loin… (en anglais) :

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Philatela
    Philatela, Le 6 septembre 2015 à 23h33

    Là ou je suis pas d'accord c'est pour la Molly de Sherlock.

    Même si au départ elle semble être le cliché de la "pauvre fille qui se fait balader et mépriser par Sherlock", je trouve qu'après elle se prend en main et comprend que même si elle toujours amoureuse de lui, elle doit avoir du respect pour elle-même et exiger de Sherlock la même chose. Elle essaie de reprendre sa vie en main. Donc en fait j'aime beaucoup ce personnage et la façon dont il évolue.

    Pour Irene, je suis d'accord avec l'article, de même que je trouve les déclarations de lMoffat gerbantes.

    Par contre j'ai décroché de Doctor Who à la saison 3.

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