Ramasseuse de fruits et légumes – Job d’été #5

Cet été, Nettle est venue grossir les rangs des saisonniers qui participent aux récoltes de fruits et légumes. Elle vous raconte ce que ça fait d’être entourée de concombres et de tomates toute la sainte journée.

Ramasseuse de fruits et légumes – Job d’été #5

Pour se faire un peu d’argent pendant l’été, Nettle est ramasseuse de fruits et légumes spécialité concombres et tomates. Elle nous raconte son quotidien.

Ta mission si tu l’acceptes

Il n’y a pas une mais plusieurs missions ! Tu peux changer de poste tous les jours, et même en occuper jusqu’à 3 par jour.

  • La récolte : qu’il s’agisse de concombres ou de tomates, on récolte quand c’est mûr (ou assez gros). Mais attention, les deux récoltes ne se valent pas : les concombres sont généralement assez hauts, et les plants sont pourvues de feuilles piquantes et irritantes qui se feront un plaisir de te brûler joyeusement la peau du visage/du cou/des avants-bras, alors que les tomates sont à hauteur de main, et régulièrement effeuillées. Moi je dis, il y a du favoritisme, mais ça doit être parce que je suis plus souvent en concombre.
En plus les tomates mûres ça se repère plus facilement que les concombres: y a vraiment de la triche.
  • Le palissage. Alors ça, je ne peux pas trop en parler, parce que pour l’instant, je n’ai jamais fait. D’après ce que j’ai compris, on est armé d’une ficelle, et on doit attacher les plants en hauteur.
  • La taille/l’effeuillage : Il faut enlever un certain nombre de feuilles sur chaque plant, c’est un peu fastidieux mais quand on a trouvé le bon geste, ça va assez vite. Sauf quand c’est en hauteur, parce que du coup, c’est à la fois fatiguant et casse-gueule. Quand les pieds sont petits, on utilise un chariot qui roule sur lequel on s’assied : c’est moins fatigant pour les jambes et le dos, mais on repart de là avec un mal de fesses tenace…
  • Le conditionnement (ou condi) : ça, c’est mon poste d’amour à moi que j’aime, alors que je n’y suis allée qu’une journée. Les concombres arrivent sur des tapis tournant, on les prend par deux, on en met 12 par carton, on ferme le carton. Tous les deux cartons, on dépose sur un autre tapis roulant. Ca va vite, on a vite mal aux jambes et au bas du dos, mais j’ai adoré. En grande partie parce qu’on est au frais, au lieu de cuire dans la serre. Par contre, les décomptes 4-8-12 reste bien dans la tête à la fin de la journée.
  • La pose PBI. Alors ça, c’est la balade. Dommage, car on ne le fait pas souvent. Armé d’un tablier avec une grande poche remplie de petits sachets contenant des insectes, on parcourt les rangs en attachant un sachet tous les trois plants. 1-2-3 j’accroche, 1-2-3 j’accroche. Ça se fait d’une seule main, sans s’arrêter, et en plus, on peut même réussir à discuter si on a le même rythme que son voisin de rang. Le pied.

Ce qui est cool dans ce boulot

Les collègues. Vraiment. On est tous dans la même galère, du coup il y a beaucoup de solidarité et d’entraide, non seulement entre les saisonniers, mais aussi entre les permanents et les saisonniers. Après une semaine de boulot, je me sentais déjà super intégrée, et ça, ça n’a pas de prix.

Ce qui est relou dans ce boulot

La fatigue. On commence à 7h le matin, donc on finit assez tôt l’après-midi, mais en fait (au début surtout), on se retrouve à faire la sieste devant la télé pour récupérer, donc la journée est vite passée. C’est très physique, on découvre des muscles non identifiés jusque-là et à la fin de la journée les chaussures de sécu pèsent aussi lourd que du plomb. Si on a passé la journée en récolte concombres, on a la joie d’avoir une partie du corps qui brûle, bref ce n’est pas un boulot pépère-tranquilou. Mais ça, on s’en doute avant de signer, et on ne peut pas dire qu’on n’était pas prévenus !

Qui sait, tu rencontreras peut-être John Smith dans un champ de maïs?

Ce à quoi tu ne t’attendais pas

La multitude de postes ! J’avais postulé pour de la « récolte concombres et tomates », et je ne pensais pas que ça englobait tout ce qu’il y avait autour ! À savoir : la plantation, l’effeuillage, le conditionnement… Ça surprend au début, mais c’est sympa de pouvoir changer de poste, ça permet de découvrir de nouvelles choses, et d’apprendre plein de trucs !

En termes d’horaires et de paye ça se passe comment ?

Alors moi, je suis payée au SMIC. Au niveau des horaires, c’est de 7h à 15h15 ou 16h15 du lundi au vendredi avec une pause de 15 minutes le matin, et 1h de pause déjeuner. On travaille un samedi sur deux jusqu’à 12h30 ou 13h en fonction des besoins, donc il faut être prêt à sacrifier un bout de son week-end.

Le concombre est une cucurbitacée très attachante

Engagez-vous !

Pour le recrutement, ça se passe en général entre mars et mai : il vaut mieux envoyer CV et lettre de motivation par courrier, c’est ce qui marche le mieux. Avoir le permis et une voiture est presque indispensable : les exploitations maraîchères sont souvent en périphérie des villes, et non desservies par les transports en communs (et vu l’odeur qu’on se traîne en partant le soir, c’est mieux de ne pas pouvoir l’infliger à tout un bus !).

Un dernier conseil ?

Garder courage à tout prix. Pendant ma deuxième journée de récolte, j’en ai tellement bavé que je retenais mes larmes, et que tous les deux pas je me disais « C’est fini, je démissionne », avant de me remotiver en me disant que je pouvais le faire, et que j’avais besoin du salaire.

Quelques astuces pour éviter de trop souffrir : investir dans une crème ou une huile à l’arnica, et se masser les jambes et/ou le dos avec, pour détendre les muscles. Choisir des bonnes chaussettes, épaisses mais pas trop, en coton, et acheter une casquette, parce que ça cogne dur dans les serres. Mettez des fringues pourries qui ne craignent rien : un vieux jean, un jogging usé, peu importe, tant que vous êtes à l’aise.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Artemistigri
    Artemistigri, Le 13 juin 2016 à 13h40

    Moi j'ai fait la récolte des pêches en Ardèche une année. C'est fatigant (7h-17h avec une petite pause entre midi et 2), il fait très chaud, on chope aussi des coups de soleil, ça paye le SMIC (j'étais payée au black), mais ça remplit la tirelire.
    Et puis on fait un régime à base de pêches, parce que les trop mûres (ou même les juste mûres qui ne supporteront pas le conditionnement futur), on ne peut pas les mettre dans les cagettes.
    Et c'est là que mon esprit s'est ouvert à tous ceux qui se gavent entre celui qui récolte et celui qui vend avec tous les intermédiaires.

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