Je n’aime pas danser, arrêtez d’essayer de me forcer !

Pour faire la fête, les gens dansent... mais comment ne pas passer pour une rabat-joie quant on n'aime pas se dandiner sur de la musique ?

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Depuis toujours, je réfléchis à deux fois avant de passer une soirée avec des potes.

J’adore leur compagnie. Passer des heures à discuter avec eux dans un café, un bar ou sur un canapé est même sûrement une des choses que je préfère au monde.

Mais voilà, je souffre d’une tare apparemment incompréhensible et intolérable : je n’aime pas danser. Pire, je ne VEUX pas danser.

Quand je rentre chez moi au moment où mes potes veulent aller en club.

« Allez, viens danser ! »

Ça parait bête comme ça.

Après tout, il suffit que je me joigne aux autres en début de soirée et que je rentre chez moi ensuite.

Sauf qu’à chaque fois, je fais face à une salve de réflexions qui revient systématiquement quand tout le monde part en quête d’un club ou d’un bar où danser…

Toutes et tous s’y mettent :

— Oooh allez viens avec nous ! On va danser !
— Même pas pour moi ? Juste cette fois ! Fais-moi plaisir ! Mais allez, je t’apprendrai !
— Tu ne viens jamais, t’es pas drôle !
— Oh mais lâche-toi un peu !

Pendant plusieurs années, j’ai pensé que ça venait peut-être simplement de mon groupe d’ami·s qui avait du mal à entendre que ça ne m’intéressait pas.

Puis j’ai changé de ville, plusieurs fois, j’ai changé de pays, deux fois, j’ai fréquenté des personnes issues de milieux très différents, et la situation s’est toujours reproduite à l’identique.

Ça en deviendrait presque fascinant : danser semble être LA case à cocher pour attester du fait qu’on passe une bonne soirée.

S’éclipser au moment où tout le monde se lève est visiblement équivalent à hurler « je vous méprise et je m’ennuie avec vous ».

Immanquablement, les gens sont aussi étonnés que si je leur annonçais que j’élève des haricots verts. Surtout, ils se sentent investis d’une mission : me CONVAINCRE.

J’ai bien conscience que, souvent, ça ne part pas d’une mauvaise intention…

Mais que ça vienne d’ami·es qui ont déjà tenté le coup plusieurs dizaines de fois, ou de parfaits inconnus qui voient immédiatement en moi une personne à secourir, ce réflexe me soûle pour plusieurs raisons.

Au cas où vous n’avez pas compris : laissez-moi tranquille.

Répondre à une norme du cool ? Non merci !

La plupart du temps, les gens essaient de me convaincre que « c’est fun» de danser.

Danser serait le stade d’amusement ultime pour tout le monde. Alors si tu n’aimes pas ça, eh ben, tu es chiante et tu ne sais pas te lâcher, c’est tout.

Aimer danser n’est pas une option : ou bien tu es une personne sensée et tu jubiles à l’idée d’aller bouger ton corps, ou bien tu ne sais vraiment pas t’amuser.

Et l’injonction peut rapidement se transformer en menace.

Pas plus tard que le mois dernier, un vague pote m’a dit, agacé : « pff, franchement après viens pas t’étonner si les gens finissent par pas t’aimer et pas t’intégrer ».

Résultat, je ne compte plus le nombre de personnes qui m’ont avoué, mi-honteuses mi-fières : « non mais moi non plus j’aime pas danser… mais je me force, je vais pas rester dans mon coin ».

En fait, j’ai l’impression de retrouver le schéma « rejoins la meute des cool kids ou tu seras exclue» qui régnait déjà dans ma tête lors de mes années de harcèlement scolaire.

Et ça, c’est pas seulement déprimant, c’est dangereux.

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Respectez-moi, acceptez mon envie de ne pas danser !

Pour une invitation à aller danser comme pour n’importe quoi d’autre, non c’est non.

« Non je n’ai pas envie » ou « non je n’aime pas danser », ça ne veut pas dire « je t’en prie, je suis si coincée, vole à mon secours ! ».

Je suis fatiguée qu’à chaque fois que je réponds un peu sèchement à un pote qui tente encore de me convaincre, je finisse par le vexer.

« Eh mais calme toi ! », m’a-t-on déjà dit… Oui, comme pour le harcèlement de rue.

La tentative de me convaincre a beau sembler anodine, c’est la trente-deuxième fois qu’on me la sert. Et puis, surtout, ce n’est jamais une discussion, la personne déblatère seule.

Je n’aime pas danser et c’est mon problème

Je comprends parfaitement que ça étonne qu’on puisse ne pas aimer danser.

La danse fait un peu figure de langage universel. Et pour cause : quoi qu’on en pense, on a tous et toutes le sens du rythme !

Oui, la danse, c’est stylé.

Toute notre vie, on entend les battements de notre cœur, on a envie de dormir et de manger à intervalles réguliers…

Alors, que quelqu’un ne réponde pas à cette sensibilité au rythme par la danse, c’est vrai que c’est intéressant. Ne pas prendre de plaisir à danser ne pose pas les mêmes questions que ne pas prendre de plaisir à faire du hockey sur gazon.

Je n’ai aucun problème à ce que les gens me posent des questions… Tant qu’ils essayent réellement de me comprendre.

Pas de « Mais naaaan !? T’aimes pas danser ?! » lancé sur un ton moqueur.

Pas non plus de psychanalyse de comptoir pour savoir à tout prix pourquoi tu n’apprécies pas danser :

— Ah mais c’est parce que t’es pas à l’aise avec ton corps ça ! Ou c’est un traumatisme ?

Chut, non, ne dis rien. Merci.

J’ai vingt-cinq ans et c’est arrivé une seule fois dans ma vie que quelqu’un me réponde juste « ah d’accord, pas de souci ».

J’ai eu envie de lui faire une déclaration d’amour.

Moi aussi je trouve que la danse et toutes les danses, c’est magnifique.

Moi aussi je trouve que c’est un moyen d’expression et de réappropriation de son corps incroyable.

Et quand mon corps à moi ne veut pas danser, j’aimerais que ce ne soit pas un débat public.

Alors quand tu te lèves pour aller danser, kiffe, et ta pote qui s’éclipse discrètement à ce moment-là, dis-lui juste « d’accord, pas de souci » !

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Galveston, en salles le 10 octobre, présenté par Kalindi !

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Commentaires
  • Skogsdóttir Langurhár
    Skogsdóttir Langurhár, Le 15 octobre 2018 à 16h24

    Avant je détestais danser, j'avais une trouille bleue de me montrer. Je haïssais mon corps, j'avais pas le moindre sens du rythme ni rien. Personne ne m'a jamais forcée parce que de toutes façons je ne me rendais pas aux soirées ni boîtes ni mariage, enfin insérez n'importe quel lieu où la pression sociale oblige à se déhancher. Je trouvais ça du dernier ridicule bien souvent.

    Maintenant j'adore danser et c'est même compliqué de me retenir parfois - musique ou pas. Mais la grande différence, c'est que je le fais pour moi, et aucunement parce qu'on m'y a obligée. Je ne vais toujours pas en boîte, en soirée ou n'importe quel moment où les danses molles de patates / frites pas dégourdies sont de mise parce que les gens se sentent obligés. Les autres occasions pour danser en se sentant libre sont très nombreuses. Après, dépasser le regard des autres et se produire devant des personnes en s'en fichant, ça a pris beaucoup plus de temps, mais j'y suis parvenue.

    Je confirme, que danser, quoi que ce soit, c'est pas inné, et ça s'apprend, ça se travaille. Et de fait, je n'irai forcer personne qui n'a pas envie à danser.

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