Pourquoi voir Maniac, un bonbon à l’arsenic auquel je suis devenue accro

Kalindi a avalé Maniac d'une traite, comme on prend un cachet. Elle en a rêvé sitôt qu'elle l'a eu finie, et ose affirmer qu'elle est la meilleure série de l'année. Elle aurait pu être écrite par Vian et réalisée par Gondry. Voilà pourquoi.

Pourquoi voir Maniac, un bonbon à l’arsenic auquel je suis devenue accro

Le soir de mes 16 ans, j’ai fait le mur pour la première fois.

À pas de loup, j’ai pris ma copine Mélissa par la main et nous sommes parties clubber.

Pendant 2h j’ai gloussé, persuadée de commettre un outrage réellement subversif.

Depuis ce jour, j’aime faire la fête. Sortir tard dans la nuit, arriver tard en soirée, et repartir tard, ou tôt, quand le soleil se lève et que les vrais adultes vont au marché.

Fêtarde, teufeuse, délurée, les mots sont nombreux pour qualifier, généralement avec un air de désapprobation, ceux qui aiment explorer la nuit.

Et j’en suis, de ces teufeurs incouchables.

Pourtant parfois, rien ne pourrait me faire quitter mon « chez moi ».

Moins parce que j’aime son atmosphère et sa déco que parce qu’il est l’antre de Netflix. 

Vendredi dernier, par exemple, impossible de bouger de mon appart, et ce pour la meilleure raison possible : Maniac commençait.

Je suis restée scotchée. Voilà pourquoi :

Le scénario de Maniac est passionnant

Après quelques statements dictés par une voix-off, Maniac (créée par Patrick Somerville) s’ouvre sur le visage d’Annie Landsberg (Emma Stone).

Les cheveux longs et blond platine, les yeux grands ouverts mais le visage fermé, elle promène d’un bout à l’autre de la ville sa mine fatiguée et son air dépressif.

En parallèle, Owen Milgrim (Jonah Hill) est coincé dans un costume/cravate, enfermé dans une pièce austère, un verre d’eau en face de lui.

Un homme lui demande s’il sait faire la différence entre ce qui est réel et ce qui relève du fantasme.

Parce qu’a priori, il a du mal à distinguer les deux.

Ces individus ne se connaissent pas. 

Elle, c’est une fille déprimée, accro à une pilule nommée A. C’est d’ailleurs sous forme de lettre que cette drogue existe. Une lettre qu’il suffit d’avaler pour revivre l’évènement traumatisant qui a changé votre vie.

Bizarre de vouloir revivre un moment difficile ? Attends, ça n’est que le début des étrangetés.

Lui, il a l’air zinzin, et pense avoir été missionné par l’univers pour sauver le monde. Son statut de futur héros ne l’aide pourtant pas à aller bien. Et pour cause, il est diagnostiqué schizophrène. 

Bref, a priori nos deux personnages sont des êtres las, qui trainent leur solitude d’une déprime à une autre.

Ce qu’ils ignorent au début, c’est que leurs destins vont entrer en collision avant de se se lier, se nouer.

Tous les deux signent en effet pour être les cobayes d’un test clinique.

Lors de ce test, ils devront prendre 3 pilules : la A, la B et la C. Celles-ci sont censées supprimer leurs déprimes, leurs cauchemars, leur mal-être. Plutôt séduisant…

Je ne peux pas t’en dire plus, tu m’accuserais de spoiler, et tu aurais bien raison.

Je peux toutefois te révéler ceci : ce que je t’ai pitché n’est que le tout début des joyeusetés. 

La série entière est une sorte de trip halluciné duquel je suis ressortie secouée, décontenancée. TOUT est passionnant du début à la fin.

Maniac, entre Electric Dreams et Legion

Régulièrement, je te crie mon amour pour Legion (série créée par Noah Hawley avec Dan Stevens) que ce soit dans mes vidéos ou simplement dans mes articles. Et je suis déçue de constater que nous sommes toujours si peu à lui avoir donné une chance.

Parce que Legion est pour moi l’une des meilleures séries qui existent à l’heure actuelle en cela qu’elle cumule tout : un synopsis qui tient la route, des mindfucks en veux-tu en voilà, un casting génial et surtout une superbe réalisation. 

Maniac marche dans les pas de Legion pour son aspect rêveur et ses personnages qui évoluent entre folie et héroïsme. Maniac te gueule à la tronche que « le monde est stone », et il a raison.

Ici, les profils sont tous atypiques, que ce soit les sujets de l’expérience scientifique ou ceux qui la mènent. Personne ne coche les cases de la norme parce que guess what : la norme n’existe pas. 

Esthétiquement, Maniac talonne Legion. Chaque plan est pensé avec minutie, et fait la part belle au beau.

Les lumières qui courent sur les visages des cobayes en plein rêve, les costumes colorés, des cheveux crêpés, un rouge à lèvre électrique : tout n’est que détails, clins d’œil et précision.

Quelque part, Maniac est aussi proche des nouvelles de Philip K. Dick en cela qu’elle propose une évasion onirique, une échappée belle vers la folie poétique. 

Voilà, c’est ça : Maniac est aussi électrique que les moutons de Philip K. Dick.

Quel kiff monumental.

Maniac aurait pu être écrit par Boris Vian

Dès le début ça m’a sauté au visage : Maniac, c’est du Boris Vian dans le style, dans la sublimation des petits riens.

As-tu déjà cédé à sa bibliographie ? Si non, je te la conseille mille fois. Peut-être avant de t’attaquer à Maniac d’ailleurs.

Boris Vian était soucieux de transcender les petites choses de la vie. Il romançait le moindre élan et poétisait même la maladie.

Avec Vian tout était beau, même le dégueulasse.

Je l’ai aimé sitôt que ma mère a placé entre mes mains L’arrache cœur, ce livre fou qui n’a jamais quitté ma table de chevet. Après j’ai tout dévoré et tout aimé sans exception.

J’irai cracher sur vos tombes aussi alors qu’il différait vraiment du reste de ses textes. Mêmes ses violences, je les ai trouvées belles et toujours à propos. 

Et Maniac a soulevé mon cœur justement pour tous les airs qu’il emprunte à Vian.

Dans la série, notre univers demeure celui que l’on connait mais en un poil différent.

Dedans, tout semble avoir été fait de bric et de broc, même la technologie. Prends le robot ramasse-crotte par exemple. Il a l’air d’avoir été fait par un lycéen, et c’est précisément ce qui donne du charme à la série.

On est dans de la SF, mais de la SF poétique, qui emprunte à Vian mais aussi au cinéma de Michel Gondry.

D’ailleurs Michel Gondry a adapté du Vian à l’écran. Maniac adapte Gondry et Vian à la fois tout en leur donnant un petit coup de mordernité.

Si c’est pas du génie ça bordel.

Maniac me donne envie de pousser un coup de gueule

Ce matin, j’avais envie de réceptionner les avis de mes chères collègues concernant cette merveille de SF. 

Étonnamment je me suis heurtée à des avis auxquels je ne m’attendais pas.

Des :

« Le début est trop lent, c’est soulant »

Et des :

« Qu’est ce que c’était chiant, j’ai abandonné au premier épisode ».

Ces critiques basées sur le pilote m’ont interloquées :

Un showrunner doit-il tout donner des les premières secondes, en faisant fi du propos pour capter l’attention de ses téléspectateurs ?

Selon moi, c’est un grand NON.

Je pense qu’il faut parfois accepter de s’emmerder quelques minutes, et laisser le temps à un récit de démarrer. 

Établissons un parallèle avec le sexe : certains partenaires ont besoin de long préliminaires pour se chauffer et rentrer dans le feu de l’action.

Après, ils sont inarrêtables.

Pourquoi le divertissement n’aurait-il pas lui aussi droit à notre patience et à de longs prélis ? 

D’après moi, c’est une très mauvaise habitude de vouloir tout, tout de suite.

Un bon produit, comme n’importe quoi d’autre, ça se mérite.

Alors acceptons la lenteur, elle est parfois bénéfique.

En d’autres termes, je t’encourage grandement à laisser une chance à cette série, au delà de son pilote.

Maniac est un bonbon qui se mérite, un bonbon à l’arsenic qui charme autant qu’il empoisonne. 

C’est une denrée rare qui résiste au consensuel et à la norme.

Alors non, ça n’est pas un Marvel. Dedans il n’y a aucun hélicoptère, aucune orgie bestiale, pas d’action toutes les deux secondes, et parfois on ne pige rien.

Mais c’est aussi ça l’art bordel, un produit qui interroge.

Et n’oublions jamais que le divertissement, c’est de l’art. 

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Commentaires
  • LyuZs
    LyuZs, Le 26 septembre 2018 à 11h51

    Je ne comprends pas l'enthousiasme débordant qu'on peut lire de partout pour cette série.
    J'adore Légion, j'approuve le fait que la lenteur peut avoir du bon, et j'ai regardé plus d'un épisode, mais Maniac, meilleure série de l'année? Juste non. Les personnages ne sont pas "attachants" et même un peu caricaturaux pour certains, la lenteur ne sert absolument pas le propos et certaines scènes auraient pu être bien réduites, le scénario se perd dans les trips hallucinés qu'on nous envoie constamment à la tronche.

    Bien sûr ce n'est que mon avis, mais crier au génie parce que Netflix / Emma Stone / Jonah Hill / Fukunaga ... Mouais, pas convaincue!

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