3 raisons qui font que j’aime la mode autant que je la déteste

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Est-il possible d'aimer la mode dans sa globalité sans se heurter à ses travers ? À l'occasion de la sortie du livre de Loïc Prigent, trois rédactrices font le point sur la question.

3 raisons qui font que j’aime la mode autant que je la déteste

Cet article a été écrit dans le cadre d’un partenariat commercial avec les Éditions Points.
Conformément à notre Manifeste, on y raconte ce qu’on veut.

La mode, ses défilés, ses vêtements somptueux peut être aussi attirante que repoussante, fascinante que désespérante.

Le journaliste de mode Loïc Prigent, connu pour son travail remarquable retranscrivant les moments volés des défilés et portraits de grands créateurs, s’est aussi fait connaître du grand public par son compte Twitter avec lequel il relaye des phrases entendues par-ci par-là.

Il est désormais possible de retrouver ces petites pépites dans le livre J’adore la mode mais c’est tout ce que je déteste, disponible aux Éditions Points.

Inutile de dire qu’on passe un moment de franche marrade, avec des phrases absurdes et contradictoires, qui font tout le sel de la Fashion Sphère telle qu’on l’imagine.

Retrouve le livre signé Loïc Prigent sur Place des libraires ou sur Amazon.  En plus y a des stickers avec les meilleures punchlines, pour pimper tes carnets ou ton ordinateur, le tout pour 6,90€.

Tifaine, Alison et Elise ont eu le plaisir de se délecter des perles recueillies de la saison 2013 à 2017.

C’était l’occasion pour elles de réfléchir à pourquoi elles étaient elles aussi tiraillées entre ce sentiment d’amour et de haine avec la Môôôde, affublée d’un grand M.

Entre belles rencontres et hypocrisie vénéneuse

J’ai fait mes études dans une école de mode, j’ai donc fait le Saint Graal de fin d’études, aka des stages et plus tard des plus ou moins petits boulots.

« Cette maison avance grâce à la caféine et l’espoir des stagiaires. »

J’ai moult anecdotes à te raconter sur le sujet, qui cristallisent un paradoxe auquel je me confronte régulièrement : le fait de rencontrer aussi bien des gens adorables qu’extraordinairement détestables, alors que les relations humaines sont l’essence même de ce domaine.

Sur le principe, tu peux rencontrer ces deux archétypes peu importe le milieu où tu bosses, mais dans mon cas, c’est vraiment deux mondes parallèles qui vivent différemment la mode.

Je remets pas du tout en question le talent des gens pour qui j’ai travaillé (c’était pas Dior ou Chanel, des fois que tu te poserais la question) et c’était vraiment un plaisir de tâter d’aussi jolis produits.

Mais bordel l’aspect snob et fourbe c’est pas une légende.

« La collection était tellement moche qu’aller lui faire la bise à la fin était un calvaire. Faut que je me douche. »

Un peu comme Loïc Prigent, j’ai laissé trainer mes oreilles et j’ai assisté à des conversations tellement hypocrites entre collègues lors de shootings photos que j’ai eu envie d’aller chercher la personne pour lui dire de changer de taf parce que tout le monde lui crachait dessus par derrière.

Le consensus collectif admettant que l’hypocrisie générale soit la norme m’amuse, parce que les « ma chérie », les « j’arrive mon chaton », sont faux, on le sait tous et toutes, et pourtant on l’accepte.

Mais en même temps : HAAAA j’arrive pas à m’y faire, on peut pas juste être sincèrement cordial ? Après tout, on bosse tous pour faire des vêtements non ?

Alors pourquoi certaines personnes ont-elles besoin d’être imbuvables ? 

Je me suis quasiment fait jeter un verre d’eau à la gueule parce que j’avais amené de l’eau gazeuse plutôt que de la plate lorsque je bossais dans le showroom d’une grande marque. Je t’épargne les remarques sur les mannequins ou sur les stagiaires.

Comme habilleuse, un créateur de robe de mariée m’a engueulée pour avoir gentiment basculée la robe par-dessus un  portant plutôt que de l’accrocher illico sur un cintre le temps d’habiller ma mannequin.

Qui a le temps de remettre une robe sur un cintre alors que t’as des dizaines de filles qui courent autour de toi en attendant d’être habillées ? Fucking personne.

Heureusement il y en a d’autres, qu’elles soient de la mode des grandes maisons ou de la « petite création », qui sont des montagnes de gentillesse.

Pour une micro-poignée d’entre elles qui sont à leur compte, j’ai été leur petites mains, leur modéliste ou leur styliste et pour certaines leurs amies.

J’ai eu le plaisir d’en interviewer certaines ici sur madmoiZelle, et ce sont des meufs époustouflantes.

Elles ont monté leur business, avec leurs propres valeurs, leurs univers. Elles sont toujours curieuses de connaître d’autres personnes, de s’entraider, d’avancer toutes ensemble.

Surtout elles bousculent la mode, la repensent, et c’est RÉJOUISSANT.

Je suis si fière de leurs parcours et je n’imaginerais pas ma vie ni le paysage de la mode sans elles.

Entre affirmation de soi et incompréhension humaine

J’aime la mode quand elle me donne l’envie d’être moi-même, d’exprimer ma personnalité et mes goûts à travers mes looks.

Je la déteste quand je lis que des mannequins, des jeunes femmes et des jeunes hommes, des adolescent•es parfois, meurent littéralement de faim et d’épuisement.

— T’as mangé ?
— Oui, du Coca Zéro.

Voici le genre de phrases made in « le monde de la mode » qui me révulsent.

Je ne suis tellement pas surprise par ce qu’entend Loïc Prigent que ça m’a amusée sur le coup de les lire.

Et ça m’a effrayée d’en être amusée. Ça semble tellement caricaturé que ça peut prêter à sourire, pourtant, les traits sont à peine grossis. Cette phrase qui peut être perçue comme une blague ne l’est pas forcément !

Je traînais beaucoup avec une fille qui faisait du mannequinat. Grande, gracile, passionnée par le monde de la mode. J’adorais parler de cet art avec elle.

Mais je détestais l’entendre parler de « nourriture ». Elle me faisait des louanges sur son fabuleux régime à l’époque : se nourrir exclusivement de pommes car « elles calent l’estomac et ne sont pas caloriques ».

Heureusement le journaliste explique sur le plateau de C à vous le 10 novembre 2017 :

« Les « blagues », que je ne trouve jamais drôles d’ailleurs sur la maigreur, et bien je ne les entends plus et ça c’est très bien. »

D’autre part, j’aime l’esprit d’innovation artistique des grands créateurs qui donnent envie de s’affirmer en tant qu’individu autant que je déteste le fait qu’ils soient à l’origine de tant de complexes et de souffrance physique et mentale.

Comment la mode peut elle être si ouverte en termes d’art et si fermée quand il s’agit de la diversité des corps qu’elle montre ?

Je pense que je ne me suis jamais identifiée à une mannequin, entre les corps minces et maigres de plus d’1m75 et les « grandes tailles », je n’ai jamais trouvé ma silhouette et ma morphologie réellement représentées.

À lire aussi : L’interdiction d’employer des mannequins trop maigres entre en vigueur

Quand l’artistique se heurte au commercial

Très vite, très jeune, j’ai éprouvé une fascination non pas seulement pour la représentation de la mode en société (porter des vêtements, savoir les assembler etc…) mais pour son univers artistique en général.

Les créateurs et créatrices m’inspiraient, je trouvais leur personnalité incroyablement riche et percevais leurs créations comme des oeuvres.

Ce dont il s’agit d’ailleurs, puisqu’avant de devenir matérielle, une pièce est souvent initialement un croquis. Et qu’il faut un bon oeil et une bonne technique pour rendre le dessin réel par la suite.

Je n’en pense pas moins pour la photo de mode ou tout ce qui gravite autour.

Chacun•e possède son propre monde, rendant le sujet d’autant plus intéressant, surtout que personne n’a la même sensibilité ni la même réceptivité face aux choses.

Mais si j’aime autant la mode dans tout ce qu’elle a de plus brute, son aspect plus « surfait » (je pense ne pas être outrancière quand j’avance ça) me fait parfois dresser les poils.

Il y a un côté très « m’as-tu vu » qui contre-balance parfois incroyablement celui plus profond de créer quelque chose, de donner de soi-même, de « répandre et lancer un mouvement » etc..

Faisant de l’univers de ce domaine un vrai paradoxe.

« C’est un t-shirt politique à 690€ »

Il peut être aussi touchant et vrai que commercial et aseptisé ! Et ce qu’il y a d’agaçant, c’est que je ne sais parfois pas sur quel pied danser.

Mais avec le temps, j’ai appris que c’est finalement cette complexité qui constitue le phénomène de « la mode », et que comme pour pratiquement tout, rien n’est ni tout noir ni tout blanc.

Et c’est peut-être aussi ça que j’adore, finalement.

Du coup, j’ai fini par prendre avec humour ce qui m’agaçait et de savourer pleinement les aspects qui me plaisaient.

Toi aussi tu aimes la mode autant que tu la détestes ? Pourquoi ? Explique-nous dans les commentaires ! 

À lire aussi : « J’emm… vos critères de beauté », le coup de gueule inspirant d’une mannequin « plus size » [MAJ]

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Commentaires
  • Barbe Bleue
    Barbe Bleue, Le 19 novembre 2017 à 8h47

    @Zoug ah, j'ai bien reconnu là les pratiques de l'école !

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