Les Liaisons Dangereuses : le match des adaptations

Les Liaisons Dangereuses, roman épistolaire devenu un grand classique de la littérature française, a inspiré bien des adaptations plus ou moins fidèles. LadyDandy en fait s'affronter six dans ce match titanesque !

Les Liaisons Dangereuses : le match des adaptations

Bon. On parle des Liaisons Dangereuses, donc crevons l’abcès tout de suite avec ces deux vidéos dont on ne se lasse pas.

Vous êtes plutôt Nuls…

Ou plutôt Inconnus ?

C’est bon ? Vous avez ri un grand coup ? Parce qu’on va attaquer le vif du sujet pour un comparatif entre six adaptations du célèbre roman épistolaire de Choderlos (surnommé Chaud Derrière) de Laclos. Beaucoup d’entre nous se le sont tapé au lycée, mais même si ce bouquin fait partie du cursus littéraire imposé ou fortement recommandé, il est loin de sentir la naphtaline. Sulfureux, subtil, ambigu et complexe, Les Liaisons Dangereuses vieillit plutôt bien et reste très proche de nos obsessions et questionnements actuels.

Alors, quelle adaptation a su le mieux lui rendre justice ? Voici les challengers !

Sexe Intentions, de Roger Kumble (1999) — La plus cheesy

Sexe Intentions change radicalement le contexte et même l’âge des protagonistes puisqu’il transfère Les Liaisons Dangereuses dans l’univers d’un… lycée. Eh ouais.

  • Les handicaps

Commençons par le choix de faire de Merteuil et Valmont des demi-frère et soeur : certes, beaucoup d’adaptations oublient l’idée que Merteuil et Valmont ne peuvent être vus ensemble, qu’on retrouve dans le livre afin de faciliter leurs échanges. Mais de là à les mettre dans la même famille, quand même…

Notons aussi que ce qu’il se passe au lycée est généralement oublié dès qu’on entre à la fac, donc les scandales de ce microcosme de teenagers décérébrés ont beaucoup moins d’ampleur que dans le livre.

Enfin, Valmont est vraiment trop gentil-caramel-mou dès le début et tous les acteurs cabotinent un tantinet (même si ça fait partie du charme), ce qui donne un côté très American Pie à l’ensemble.

  • Les atouts

BUFFY en Merteuil, quoi !

Mais aussi les musiques so 90’s qui rappelleront des souvenirs à certain-e-s, l’ambiance américaine, et des rôles féminins beaucoup moins passifs qu’ailleurs. Tourvel, notamment, est bien moins niaise que dans d’autres adaptations. Reese Witherspoon est ma Tourvel préférée, je crois, même si elle se détache pas mal du personnage du roman.

On a également quelques très belles scènes, comme le final sur Bittersweet Symphony :

  • Chances de conquérir les fans du livre 

Infimes. Néanmoins, les adeptes des teen movies y trouveront leur compte à coup sûr.

Valmont, de Milos Forman (1989) — La plus mouillée

Valmont prend place à la bonne époque, mais l’intrigue est fortement resserrée autour du personnage de Valmont (comme le titre l’indique) et prend beaucoup de libertés par rapport au roman.

  • Les handicaps

Les libertés prises par l’intrigue vont à l’encontre du sens du texte original, faisant de Valmont l’unique victime de ce qui semble ne plus être qu’une série de marivaudages maladroits (so British !) sans véritables conséquences.

Le jeune Colin Firth (29 ans) est sans doute plus proche en âge du véritable Valmont que John Malkovich, mais il a, de fait, l’air trop inexpérimenté et Bisounours pour interpréter le redoutable libertin du roman. J’aurai été curieuse de le voir jouer Valmont un peu plus tard : il aurait sans aucun doute su rendre justice au personnage à l’âge où il a joué Mr. Darcy dans Orgueil et Préjugés.

  • Les atouts

Un bon casting, sans contre-emploi, même si, hélas, le fait qu’on se recentre sur Valmont donne l’impression qu’on a sous-exploité les autres acteurs et actrices. Annette Bening, notamment, est une excellente Merteuil à l’allure innocente et pétillante, mais elle n’a pas assez de temps à l’écran pour vraiment marquer les esprits.

Les costumes sont également très beaux et Milos Forman n’est pas le dernier des clampins en termes de mise en scène, même si on n’est pas encore au niveau de son grandiose Amadeus.

Cerise sur le gâteau : six ans avant la scène de chemise trempée de Colin Firth dans Orgueil et Préjugés, on a une très longue scène similaire dans Valmont !

  • Chances de conquérir les fans du livre

Moyennes. Néanmoins, le film est loin d’être mauvais, et c’est difficile de bouder un Colin Firth en concours de t-shirt mouillé !

Les Liaisons Dangereuses de Stephen Frears (1988) — La plus scolaire

C’est elle, l’adaptation qu’on nous montre en classe (nous infligeant au passage la VF pas terrible et nous privant du plaisir d’entendre des noms français prononcés par des anglophones, ce qui est la chose la plus mignonne du monde). Et de fait, c’est la plus fidèle de celles que j’ai vues, malgré quelques écarts.

  • Les handicaps

Le casting peut sembler âgé à première vue, mais ça permet de nous montrer l’expérience de Valmont et Merteuil qui, à l’époque, n’étaient pas considérés comme des jeunots. Néanmoins, le choix des acteurs m’a quand même posé problème.

Notamment (je vais me faire taper) John Malkovich. Je le trouve un peu trop brut de décoffrage pour jouer Valmont ; il sait évidemment se montrer plus nuancé et sournois, mais il reste… eh bien… brut.

De même, Uma Thurman a bien du mal à jouer les ingénues avec son mètre 80 de badasserie et Keanu Reeves joue l’amour et la fascination avec son unique expression, ce qui peut créer la confusion.

  • Les atouts

Glenn Close est une Merteuil au top !

Les costumes, les décors… Tout donne une impression de grandeur décadente qu’on ne retrouve pas dans Valmont, mais qui est ici dépeinte à merveille. Il y a de très bonnes idées dans l’adaptation du texte à l’écran avec notamment tout le cérémonial de l’habillage, du maquillage… Et si quelques modifications ont été faites, on retrouve très bien le roman, même si on perd évidemment beaucoup de son ambiguïté (notamment dans la relation Valmont/Tourvel).

  • Chances de conquérir les fans du livre

Bonnes, surtout si, contrairement à moi, on adhère à Valmont/Malkovich !

The Untold Scandal de Lee Jae-yong (2003) — La plus dépaysante

http://youtu.be/jiyJhumchlA

Gros succès au Japon et en Corée du Sud, cette adaptation n’a pas été vraiment remarquée en Occident et c’est bien dommage ! L’histoire des Liaisons Dangereuses est transposée en Corée à la fin du XVIIIème siècle et on reste malgré tout extrêmement fidèle à l’intrigue du roman.

  • Les handicaps

Pour un public occidental, retenir tous les noms coréens et du même coup les liens entre les personnages, ce n’est pas forcément évident et il est donc facile de s’égarer. Heureusement, si on a lu le roman, on peut vite replacer qui est qui !

Sinon, je trouve le film un peu trop centré sur Valmont (Jo-Won), reléguant Merteuil (Madam Jo) au second plan, ce qui est fort dommage parce que l’actrice qui l’incarne, Lee Mi-sook, est foutrement charismatique.

  • Les atouts

Même si certains liens entre les personnages sont parfois modifiés (ici, la Cécile de Volanges coréenne doit devenir la concubine du mari de Merteuil), on retrouve quand même parfaitement ce qui les lie dans le livre. On retrouve également les mêmes évènements, mais « orientalisés ».

Je ne sais pas si le contexte de la Corée se prêtait autant que la France à de tels marivaudages et de telles mondanités, mais les microcosmes aristocrates présentés sont extrêmement similaires dans leur fonctionnement et le parallèle vraiment intéressant (on voit notamment des messes catholiques coréennes). Ça donne une sensation de familiarité mêlée d’exotisme très rafraîchissante.

La musique est sympa (très baroque occidentale, ce qui crée un vrai décalage avec les rares moments où on entend des musiques coréennes), les acteurs sont bons, les images superbes, avec de magnifiques décors et costumes. La mise en scène est par contre vraiment simple, ce n’est pas un film très audacieux à ce niveau mais ça marche, donc pas grave !

  • Chances de conquérir les fans du livre

Plutôt bonnes, une fois la légère barrière culturelle passée.

Dangerous Liaisons de Hur Jin-Ho (2012) — La plus moderne et rétro à la fois

Cette toute récente adaptation sino-coréenne replace l’intrigue des liaisons dangereuses dans le Shangaï des années 30, époque troublée où les nantis écoutaient du jazz entre deux insurrections, avec famine et guerre sino-japonaise imminente en toile de fond. Pas mal, hein ?

  • Les handicaps

Heureusement que l’intrigue est connue car j’ai eu personnellement un peu de mal à retenir les noms (même si on s’y fait vite).

Le cadre est plutôt déstabilisant et aurait gagné à être approfondi pour justifier son choix et créer un vrai parallèle avec celui des Liaisons Dangereuses. Le roman peut en effet être lu comme la critique d’une aristocratie décadente pré-révolutionnaire, et comme le cadre de ces Dangerous Liaisons est pré-communiste, il y avait de quoi creuser à ce niveau-là !

À noter aussi la dernière séquence très gnangnan et vraiment loin d’être indispensable, suivie d’un générique tout mimi avec des enfants qui chantent la chanson du petit train… J’ai cru halluciner.

Au niveau de la forme, on a parfois le syndrome du montage épileptique à la Baz Luhrmann, où les plans s’enchaînent à toute vitesse, ce qui peut vite devenir fatigant et vain. Heureusement, le réalisateur n’en abuse pas, et le film est loin d’avoir l’air d’un gros clip de deux heures.

  • Les atouts

Même s’il n’est pas exploité au maximum, le cadre est extrêmement séduisant. La Chine pré-communiste côté riches, c’est sacrément glamour et on a de très beaux décors (en toile peinte ?).

Le livre est plutôt bien adapté même si, évidemment, le contexte se prête à quelques libertés et qu’on sent beaucoup moins la pression des apparences que dans d’autres contextes : ici, par exemple, Merteuil et Valmont peuvent parfaitement discuter en public. On retrouve plus facilement dans Dangerous Liaisons les évènements et la chronologie que dans The Untold Scandal, mais beaucoup moins l’ambiance du roman.

La musique est très belle, très jazzy. Le casting est au top avec la géniale Cecilia Cheung en Merteuil/Miss Mo, Jang Dong-Gun qui campe un Valmont aux faux airs de Clark Gable, Zhang Ziyi la vertueuse Tourvel et mention spéciale au plus adorable Danceny du monde, Shawn Dou.

Même le réalisateur a succombé à son charme et le gratifie d’un baisemain !

  • Chances de conquérir les fans du livre

Moyennes, mais ce film et son ambiance unique ont vraiment beaucoup de charme.

Les Liaisons Dangereuses de Roger Vadim (1960) — La plus cocorico

Mal-aimée de la Nouvelle Vague et un brin sulfureuse, comme le livre (le film fut interdit dans plusieurs salles et créa le scandale), l’adaptation de Vadim replace Les Liaisons dans un cadre contemporain (le Paris des années 60 du coup).

  • Les handicaps

Même en changeant de cadre, on retrouve quand même très bien l’ambiance mondaine et feutrée du roman ; néanmoins, ce choix implique certaines adaptations qui rompent avec l’oeuvre d’origine. On découvre notamment Merteuil et Valmont mariés (WTF), un choix bien expliqué et défendu, mais qui modifie quand même beaucoup l’intrigue.

On a aussi parfois du mal à reconnaître les personnages : le timide Danceny devient un jeune premier flambeur et Cécile une petite libertine en herbe !

  • Les atouts

Le film, se voulant moderne, a bien vieilli et le côté rétro ajoute encore au charme. Le langage semble désuet (mais les dialogues sont vraiment bien écrits), le jazz est encore très caliente

Malgré le changement de contexte, on retrouve très bien ce qui fait la force du livre : la pression sociale, les vaines mondanités, les manipulation et la cruauté derrière les masques souriants… L’image est magnifique, la musique de Thelonious Monk également et les acteurs sont vraiment sensationnels ! Jeanne Moreau EST Merteuil, la meilleure de toutes.

Bonus : Boris Vian est même passé faire un petit coucou !

  • Chances de conquérir les fans du livre

Bonnes, car l’adaptation est très intelligente et inspirée, même s’il faut adhérer aux partis pris du scénario.

—– Résultats du match —–

J’ai juste envie de ne pas désigner de vainqueur, en fait. Peut-être parce que Les Liaisons Dangereuses est un roman qui donne toujours des adaptations sympas malgré les libertés prises, peut-être parce que Valmont et Merteuil sont tellement géniaux que même un teenager qui cabotine est intéressant si son personnage en est inspiré, peut-être que cette histoire a encore de beaux jours devant elle et va continuer de nous passionner encore longtemps…

En tous cas, j’ai aimé toutes les adaptations dont je vous parle donc que vous ayez lu le roman ou non, foncez sans hésiter !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • ArcK
    ArcK, Le 22 janvier 2014 à 14h29

    Team Vadim !!

    L'adaptation de S. Frears m'avait déçue... Il y a quelque chose de vide, de lent, dans ce film, qui ne colle pas au bouquin.
    Ou alors mon chauvinisme littéraire refuse que des Américains se soient saisis d'un de nos classiques pour le passer à la moulinette de la langue de Shakespeare. La virtuosité et l'intelligence provocatrice des libertins dans une langue beaucoup plus synthétique que le français, mm.. Non, ou alors mieux. Quant à la VF, no comment...

    En revanche, la version de 1960, bien française elle, me semble d'une sensualité incroyable (et Merteuil, Merteuil !). Le noir et blanc est en partie responsable. J'ai l'impression que Vadim a mieux capté le sens de l'époque et des aristos qui s'ennuient dans son cadre contemporain que Frears, qui a pourtant essayé de retrouver l'esprit de la fin du XVIIIème, mais avec son gros point de vue hollywoodien.
    Le casting de Frears ne colle pas non plus, pour un œil de spectatrice qui cantonne Keanu Reeves à de la science-fiction et Uma Thurman à Kill Bill/Pulp fiction (certes, les Liaisons Dangereuses est sorti avant, mais c'est pas le problème), surtout Glenn Close qui me paraît beaucoup trop âgée...

    Quant à Cruel Intentions, c'est certes un teen-movie, mais il assume complètement le côté américain et relecture appauvrissante de la chose, et c'est pour ça que je préfère presque ce film à celui de Frears.

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