J’ai testé pour vous… avoir un grand nez

Marcelline a un nez. Enfin, un nez... c'est un roc, c'est un pic, c'est un cap ! Que dis-je, c'est un cap... c'est une péninsule ! Mais elle a appris à vivre avec, même si ce n'est pas facile tous les jours.

J’ai testé pour vous… avoir un grand nez

Qu’est-ce qu’un nez ? Pour la plupart des gens, c’est un bout de cartilage au milieu du visage, avec deux petits orifices qui servent à respirer, sur lequel on passe rapidement pour se focaliser sur les yeux ou la bouche : geste impossible à réaliser lorsque la personne en face de vous a une proue de navire à la place. Ce qui est évidemment mon cas.

Toutes formes et toutes tailles sont admises dans la typologie universelle des nez : on passe facilement du bec d’aigle à la patate dans ce domaine. Mais il faut avouer que le modèle normé qui nous est proposé actuellement se rapproche plus de la petite trompette mutine que de l’asperge. Malheureusement pour moi, je suis du genre asperge : j’ai un nez long, fin, avec une petite bosse osseuse à la base.

Etape n°1 : Là où les problèmes commencent

Avoir un grand nez, c’est subir moult désagréments et déconvenues en ce bas monde.

La nostalgie du petit nez de l’enfance : le cartilage grandit en même temps que celui qui le possède, je n’ai donc pas toujours été dotée de cette excroissance étrange. Ainsi, je considère mes anciennes photos (entre 0 et 5 ans) comme autant de contrats aux promesses non tenues.

Mère Nature persiste à être inclémente envers ceux qu’elle a frappés : elle allonge ou grossit votre nez afin qu’il soit la proie des éléments les plus agressifs. Qui n’a jamais eu la peau de son fier tarin brûlée par un soleil machiavélique ? Ou desséchée par un vent hostile ? Les grands tarins sont aussi les premiers à souffrir de la froideur hivernale : j’ai cessé d’aimer le renne Rudolf le jour où mon nez est devenu aussi rouge que le sien en hiver.

Ce qui nous amène à parler des surnoms ou des figures tutélaires que l’on dédie aux nasomégistes : si « Rudolf » manque clairement de sex-appeal, la « sorcière » ne vaut pas mieux (je vous laisse deviner les rôles gratifiants qui m’étaient assignés dans la cour de récré : « -Toi, tu joueras la méchante dans Blanche-Neige ! –Mais pourquoi ? –Pass’que tu lui ressembles« ). Sans compter la famille qui en rajoute : « La petite, elle a le nez de son père, la même piste d’avion« … moi qui ai toujours rêvé de travailler à Roissy. Et pour tout dire, de nombreuses personnes pensent encore qu’avoir un grand nez c’est une preuve de caractère : jusqu’à preuve du contraire, le fait d’être caractérielle (ou perçue comme telle) n’est pas forcément un atout pour une madmoiZelle en fleur.

Etape n°2 : L’ère du complexe

Tout cela fait qu’à l’adolescence, sans rien qui dépasse de mon corps à part mon nez (comprenez : complexe de petite poitrine), j’entrai dans l’ère du complexe. Et être complexée par son nez, ça devient vite handicapant. Petite démonstration.

L’autocensure faciale que l’on se fait subir passe d’abord par le choix des coiffures et du maquillage : pour moi, c’est cheveux longs obligatoires et jamais de sortie sans maquillage qui fasse ressortir mes yeux et ma bouche. Je m’interdis donc coupes courtes (qui accentuent les traits) et maquillage « nude ». J’ai aussi horreur de me montrer cheveux mouillés (donc plaqués sur le crâne, donc faisant ressortir le moindre volume de mon visage).

Cela passe aussi par un contrôle strict de la moindre photo : un grand nez a neuf chances sur dix de n’être pas photogénique. Donc, sur les 78 photos qu’on a prises de toi à la soirée de Machine, il y en a un bon paquet sur lesquelles on ne voit que LUI (selon ta propre opinion pas objective). Mais le mal est là, et te voilà grande inquisitrice du Kodak : tu traques la moindre image, tu supprimes, tu retouches si besoin, tu recherches dans le miroir ton « bon profil ». Le résultat : un comportement rabat-joie et narcissique qui passe mal, même en plaidant la légitime défense.

Enfin, question vie sentimentale… on va dire que se savoir dotée d’une truffe hors du commun n’aide pas forcément pour se lancer : contrairement à la plupart des « zones à complexes », le nez est directement en FACE de votre plan drague. Impossible qu’il le loupe donc, à moins qu’il ne soit plongé dans la contemplation de votre décolleté (mon cas est donc désespéré). Un seul exemple suffira à appuyer ma thèse : pourquoi Cyrano ne s’est-il pas déclaré à Roxane, à votre avis ?

Etape n°3 : Palindrome sympa : avec les lettres du mot « nez », on forme « zen »

Comme tout complexe qui se respecte, celui du nez se doit d’être combattu, et se doit de perdre la face. Pas d’opération en perspective pour moi (même si je l’ai envisagé dans des moments intenses de « j’me-trouve-mooooche »), mais surtout une bonne dose d’humour et d’indulgence envers soi.

Quand on a un grand nez, les expressions fleuries faisant mention à votre auguste pif prennent tout leur sens et leur sel (et elles sont nombreuses) : les utiliser est le meilleur moyen de dédramatiser, et de vous faire passer pour un adepte sympathique de l’autodérision. Et après tout, le nez n’est pas « cet obscur objet du désir » : ce n’est pas de lui que l’on tire son charme ou sa sexytude le moment venu, mais bien d’une attitude générale. À toutes les Cléopâtres : soyez zen du nez, vous serez zen de la culotte.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Purple-Green
    Purple-Green, Le 16 juillet 2014 à 14h35

    Je suis brune, la peau matte, les yeux bruns, et... un nez immense (de "juif", de sorcière, de Cléopâtre...)
    J'ai longtemps complexé dessus, jusqu'au jour où je me suis aperçue qu'il fait partie intégrante de mon charme physique. Il me dessine.
    J'ai sauté le pas et ai enfin osé me faire un carré avec une frange, vous savez la coupe qui fait qu'on ne voit plus que lui. Et franchement, rienàfoutre, je kiffe. Ma nouvelle coupe (les shampoings, c'est du bonheur), mon nez (je ne me vois pas avec un autre, un plus petit ou quoi que ce soit, c'est lui le mien et c'est tout), et ma bouille. Tout va bien ensemble, et on me le fait remarquer. La ressemblance avec Mia Wallace est d'autant plus acceptée ;)

    Aller, kiffez vous aussi votre super pif, il fait partie intégrante de vous, comme le reste !

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