J’étais homophobe, mais je suis guérie

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Avant, Victoria était homophobe. Elle considérait que c'était de la faute des homosexuels s'ils se faisaient agresser dans la rue, qu'ils n'avaient qu'à se cacher. Et puis elle a lu l'article de Mr. Q, et elle a eu honte.

J’étais homophobe, mais je suis guérie

Il y a très peu de temps, les médias ont encore relayé un fait divers traitant de l’agression plutôt violente subie par un couple gay. Quand je l’ai su, j’ai soupiré en secouant la tête. Mon homme m’a alors demandé ce qu’il y avait ; je lui ai lu l’article en question. S’en est ensuivi un grand discours moralisateur du style :

« S’ils arrêtaient de crier partout sur les toits qu’ils sont gays, il n’y aurait pas de problèmes ! Est-ce que moi je descends dans la rue avec une pancarte en hurlant que je suis hétéro ? »

J’ai approuvé ses dires en hochant la tête.

Mon homophobie

Quand on voyait un couple homosexuel dans la rue, on fronçait les sourcils, dégoûtés, nous empressant de changer de trottoir.

« C’est dégueulasse, ils devraient avoir honte », disais-je.
« On devrait les gifler », murmurait mon chéri.

On a fait une sortie sur Paris avec un couple d’amis, heureux de les voir (c’est si rare). Ils sont gays. Mais ils restent discrets. On ne dit rien, on fait comme si de rien n’était quand ils se prennent par la main. Ce sont avant tout nos amis, ils font ce qu’ils veulent ça ne nous regarde pas — tant qu’ils sont heureux !

On a beaucoup rigolé, on a vagabondé dans les rues de la capitale, et puis on s’est arrêtés boire un jus de fruits rafraîchissant à la terrasse d’un café. Et on s’est aperçus que des types regardaient nos amis de travers : c’est quoi leur problème ?

« Faites pas attention, on s’en fout : on est là pour passer un bon moment tous ensemble, que ça plaise ou non ! leur a-t-on dit en souriant. »

Bref, j’étais homophobe.

La prise de conscience

Et puis un jour j’ai lu un article sur madmoiZelle : Votre homophobie me rend « malade ». J’ai alors pris pleinement conscience de la bêtise, non, de l’ignominie de mes paroles et de ma façon de penser.

Je me suis rendue compte de l’hypocrisie dont je faisais preuve envers mes amis gays. Je me suis rendue compte de la contradiction entre refuser que les homosexuels s’affichent tandis que nous, hétérosexuels, nous nous affichons partout et tout le temps. Je me suis rendu compte, surtout, du mal que nous, homophobes, faisions à des êtres humains en recherche de bonheur et de tranquillité — comme tout le monde, quoi.

Je me suis regardée dans la glace.

« Ouais mais, ils sont… ils n’ont qu’à pas… Ils… Je… »

Tss, je me cherchais des excuses là ! Minable. Je me suis fixée droit dans les yeux.

Qui suis-je ? Je m’appelle Victoria, j’ai… Non.

Qui suis-je ? Une personne comme tout le monde.

Et mes amis gays, qui sont-ils ? Des personnes comme tout le monde.

Et cette lesbienne que j’ai croisée avant-hier ? Une femme comme une autre.

Qui sommes-nous, tous ? Des êtres humains.

J’ai baissé les yeux. Je suis retournée sur le PC pour y écrire ma réaction à l’article. Je m’apprêtais à cliquer sur « envoyer ». Je me suis arrêtée. J’ai ajouté « Pardon ».

Tout ce que j’ai pu dire, tout ce que j’ai pu penser, tout ce que j’ai pu faire… J’avais mal quand on me traitait d’homophobe. Je m’énervais quand on me rabâchait cette histoire de tolérance et d’ouverture d’esprit. Je soupirais d’agacement quand un-e homosexuel-le racontait sa vie (douloureuse) sur le Net.

Dès que j’entendais parler d’une histoire d’homos s’étant fait agresser (verbalement et/ou physiquement), je pointais du doigt la victime en la blâmant : à mes yeux, elle était coupable.

Et quand j’y réfléchis, c’est comme pour les victimes de viol : on leur jette la pierre, les culpabilisant, car on les considère comme responsables de leur agression… J’agissais de même avec les gays et lesbiennes victimes d’une agression. Pire, j’étais parfois leur bourreau. Celle qui les regardait avec dégoût, leur chuchotant par un regard « Cache-toi ! ».

Un nouveau regard

En farfouillant le Net, j’ai lu des articles par-ci, des témoignages par-là. Toutes les années où j’étais à l’école (en primaire, puis au collège, au lycée et à la fac), on m’a exclue, on m’a rejetée voire humiliée parce que j’avais commis un crime : être moche.

Alors la solitude, la discrimination, les jets de pierres, les insultes, la peur, je sais ce que c’est… Et pourtant, je reproduisais la même chose avec ces personnes qui n’avaient rien demandé, qui n’aspiraient qu’à la sérénité.

Alors voilà. J’ai mûrement réfléchi à mon attitude. Et aujourd’hui, j’ai honte de la façon dont je me suis comportée. Je vous présente mes plus sincères excuses, à tou-te-s.

Pardon à ceux et celles que j’ai pu choquer, pardon à ceux et celles que j’ai blessé-e-s. J’ai compris la leçon.

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Commentaires
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  • Destiel Mok´
    Destiel Mok´, Le 2 juin 2017 à 20h12

    @Andy_ je suis d'accord mais je pense qu'on se construit soit en opposition soit en accord avec son milieu et par milieu ca ne veut pas dire que seule la famille proche est impliquée. On vit dans une société profondément homophobe et il existe encore de nombreux quartiers/ villages ou même ville ou la majorité a ce sentiment. C'est dur de se démarquer du groupe même si ca n'excuse en rien la connerie... cela dit je suis tout à fait d'accord avec @Margooniett . Quand on est dans le domaine du racisme on appelle ce genre de mea culpa qui part d'une bonne intention (l'enfer en est pavée) "white tears" car la classe jouissant de privilège (dans ce cas les blancs) fait porter l'attention sur leur souffrance alors qu'en vrai on s'en fout un peu de ce que tu sens. J'avais pas fait le parallèle mais du coup même si je plussoie la prise de conscience je réalise que c'est plutot malvenu en effet.

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