Harry Potter, Twilight et Hunger Games : trois grandes sagas qui ont ravi les adolescents du monde entier. Leurs points communs ? Des héros réalistes avec leurs forces et leurs faiblesses, un monde semi-réel, et une vision de la sexualité, disons… bien étrange. Petit tour d’horizon des choses du corps dans la littérature pour ados.
Dans les années 2000, le cœur de la jeunesse mondiale battait au rythme des aventures d’Harry Potter. À partir de 2005, un drôle de couple, Bella et Edward, reprenait le flambeau et connaissait un succès international. Depuis 2008, c’est Katniss et Peeta, luttant pour sortir vainqueurs des Hunger Games, qui s’attirent les faveurs des adolescents. Trois sagas de teen-lit dont la notoriété fut explosive, et un point commun : une bien étrange vision de la sexualité.
Attention : bien que j’aie essayé de réduire leur nombre au maximum, quelques spoilers concernant ces trois sagas sont présents dans l’article.
Bella exprimant son intense désir
Le sexe, cette dangereuse inconnue
Le monde fantastique d’Harry Potter est tout simplement dénué de sexe. Jamais, au cours des sept tomes, n’évoque-t-on le désir ou le plaisir physique ni la façon dont on fait les bébés. Si cet « oubli » peut, par certains côtés, se justifier (dortoirs communs, jeunesse des personnages), ces explications perdent rapidement leur crédibilité au fur et à mesure que la saga avance. On peut comprendre que Ron ne rejoigne pas Lavande dans la salle commune pour une petite partie de jambes en l’air à minuit, mais il ne serait pas si étonnant d’imaginer Fred et Angelina Johnson sécher les cours pour fricoter dans une certaine Salle sur Demande… Si J. K. Rowling a fait évoluer la saga de façon assez cohérente, rendant l’histoire et les évènements de plus en plus sombres au fur et à mesure que les personnages (et les lecteurs s’y identifiant) gagnaient en âge et en maturité, la sexualité a été totalement occultée de ces livres « pour enfants » qui, à partir de La Coupe de Feu, n’hésitent pourtant pas à aborder des thèmes très adultes comme la mort, la trahison, la maladie. Mises à part les références phalliques bien rigolotes (si vous n’avez jamais joué à « Remplace « baguette » par « pénis » dans Harry Potter », je vous y invite, c’est hilarant), les héros de J. K. Rowling semblent bel et bien dépourvus de libido.
La saga Twilight a changé la donne. Dès le premier tome, Bella, alors âgée de dix-sept ans (bien plus vieille, donc, que les héros de Harry Potter au début de l’histoire), ressent pour Edward un désir physique brûlant et partagé. Cette tension, cette frustration permanente (le second tome, New Moon, ayant carrément été intitulé Tentation en France) sous-tend l’intrigue, et si elle s’explique chez notre scintillant monsieur Cullen par sa soif insatiable de sang humain, il ne peut s’agir chez sa dulcinée bien humaine que de désir pur et dur, renforcé par l’amour qu’elle éprouve. Mais lorsque le couple, enfin marié (condition sine qua non pour copuler), passe à l’acte après trois volumes de retenue, Stephenie Meyer joue la sécurité et remplace chaque scène de sexe par une ellipse totale, s’étendant par contre longuement sur la culpabilité qui s’empare d’Edward le lendemain. Sa « soif » de vampire contenue et son désir hors normes le poussent en effet à se montrer très fougueux pendant l’amour, du genre à déchirer les oreillers, à détruire les têtes de lit et à laisser des bleus partout sur le corps de Bella. Qui, elle, n’en a rien à foutre, kiffe grave et doit développer des trésors de patience pour convaincre son nouvel époux de bien vouloir lui refaire l’amour… jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte. Évidemment. Car si, dans Twilight, on a des relations sexuelles, c’est une fois marié(e) et sans protection (et l’avortement, n’en parlons pas).
Hunger Games se situe dans une sorte de « juste milieu » entre la sexualité inexistante d’Harry Potter et la frustration perpétuelle et procréatrice de Twilight. Son héroïne, Katniss, âgée de 16 ans, en plus de se taper des jeux meurtriers et de se retrouver au cœur d’une révolte, doit se dépatouiller dans un triangle amoureux qui la lie à Gale, son meilleur ami, et à Peeta, son compagnon des Hunger Games. Entre l’arène meurtrière du premier tome et le chaos politique du troisième (Hunger Games : La Révolte), il n’y a que le deuxième volume (Hunger Games : L’embrasement) qui puisse donner un peu de place aux relations physiques entre les héros. Or, qu’y apprend-on ? Que Katniss dort avec Peeta quasiment une nuit sur deux, dans un vrai lit, dans une vraie chambre, sans que rien de sexuel ne se passe, même si lorsqu’elle l’embrasse pour « jouer » à nouveau l’amoureuse transie, elle « découvre un appétit d’un genre nouveau« . Mais ces moments de désir n’ont lieu que dans l’arène, où de dangereux évènements viennent bien opportunément les interrompre, et rien ne sera jamais concrétisé, Peeta restant un compagnon d’infortune à l’amour dévorant, et Gale un « très bon ami » qui voudrait bien être un peu plus. Les brefs moments de désir connus par Katniss s’effaceront rapidement.

- Peeta + Katniss, l’alliance magique
Des héros réalistes dans une réalité déformée
Ces trois grandes sagas de teen-lit ont également le point commun de se passer dans un univers semi-réel. Harry Potter vit dans un monde parallèle au nôtre où se mêlent réalité et fiction, tout comme les vampires de Twilight, héros surnaturels dans notre univers. Katniss, Peeta et consorts vivent à Panem, le nouveau nom de l’Amérique du Nord, ou du moins de ce qu’il en reste après une série de catastrophes naturelles. Il devient de plus en plus clair que l’alliance entre réel et surnaturel parvient à capter l’attention de notre belle jeunesse.
Cependant, impossible de mettre cette étrange vision (ou absence) de la sexualité sur le dos de l’aspect fictionnel de Harry Potter, Twilight ou Hunger Games. La force de ces sagas, ce qui leur a permis de se vendre comme des petits pains, d’être adaptées en films et de voir des communautés de fans s’étendre à travers le monde, est précisément le réalisme des personnages principaux. Si Harry sauve le monde des sorciers, si Bella fait succomber Edward et si Katniss fomente une révolte contre le Capitole, ce sont leurs faiblesses, leur humanité qui permettent aux lecteurs de s’y identifier et de s’immerger efficacement dans l’histoire. On voit donc que les trois auteurs (toutes des femmes, yay !) mettent l’accent sur les doutes et la modestie de ces héros qui, jamais, ne se sentent réellement à la hauteur de la situation, mais s’en sortent à force de persévérance et grâce à l’aide de leurs amis.
Adolescence et sexualité : le tabou a la vie dure
Alors pourquoi cette sexualité si soigneusement éludée, suggérée du bout des lèvres ? Il semble que les parents d’adolescents, surtout aux États-Unis, ne voient pas d’un bon œil la présence de frotti-frotta dans les livres destinés à leur progéniture. Sans parler des catholiques un peu too much qui considèrent que Harry Potter est sataniste et que Pokémon fait l’apologie de la théorie de l’évolution, la frontière entre teen-lit et littérature « normale » se joue bien souvent entre les draps. Ainsi, les morts de la bataille de Poudlard, les combats de Twilight ou les tueries de Hunger Games ne posent que peu de problèmes tant que nos héros et héroïnes gardent leurs sous-vêtements et leur virginité.
Évoquer plus clairement le sexe, voire la contraception ou l’avortement (grands Dieux !!), ce serait le risque de voir les livres passer du rayon « Jeunesse » à la section « Adultes », et donc de se priver d’une potentielle fanbase plus concernée par les turpitudes adolescentes que les grandes personnes que nous sommes. C’est le paradoxe de la teen-lit : pour être lu par des ados, il faut éviter de parler directement d’un des sujets qui les intéressent le plus, à savoir le sexe. Si le lectorat de Harry Potter a commencé à se pencher sous les jupes des filles (ou dans les baggys des garçons) aux alentours de la sortie du Prince de Sang-Mêlé, aucune chance de trouver une aide ou des informations dans les aventures de leur sorcier favori. Les fans de Twilight seront, eux, ravis d’apprendre que le sexe, c’est une frustration jusqu’à la nuit de noces, et que ça fait mal, en plus après on tombe enceinte mais ça fait plaisir. Et les aficionados de Hunger Games sauront à coup sûr qu’il est parfaitement courant de dormir dans les bras d’un garçon qui nous aime, sans jamais rien faire (qui a dit « Katniss, allumeuse » ?! Je vous ai entendues dans le fond !).

- Explosion d’hormones en arrière-plan
Les auteurs, frileux leaders d’opinion
Mais est-ce que cette « surprotection » des adolescents est vraiment bénéfique ? Si on entend des adultes se plaindre de l’omniprésence du porno, maintenant accessible de façon quasi illimitée, des mauvais exemples transmis par certaines œuvres comme Skins ou Projet X, ou de la violence des jeux vidéos, je n’ai jamais entendu de parent déplorer le fait que les héros préférés des adolescents, qui sont honnêtes, bons et « fréquentables », n’aient aucune vie sexuelle, bien au contraire. Ne serait-il pas plus prudent, plus bénéfique et plus utile que J. K. Rowling, Stephenie Meyer et Suzanne Collins profitent de leur « force de frappe » dans l’esprit de millions de teenagers pour faire passer de simples messages d’information, d’éducation, de prévention ? Selon moi, refuser d’évoquer la sexualité est une frilosité décevante, voire dangereuse de leur part. Il est clair que Skins ou Youporn ne sont pas de bons outils pour que les adolescents en apprennent davantage sur le sujet, mais on ne leur simplifie pas la tâche en faisant tout simplement comme si cela n’existait pas, en occultant l’intérêt que cela peut représenter pour une jeunesse en pleine puberté, bombardée d’images plus ou moins pornographiques au quotidien (que celui qui n’a jamais levé les yeux dans un bureau de tabac parle maintenant ou se taise à jamais !).
Auteurs, parents et éditeurs sont responsables de cette étrange sexualité inhérente à la teen-lit. Tant que chacun campera sur ses positions, il sera difficile pour les livres « jeunesse » d’aborder franchement le sujet sans se voir cataloguer comme « pour adultes » et perdre leur lectorat adolescent. Un état de fait paradoxal lorsqu’on voit toutes les fan fictions, bien plus érotiques (voire très crues), qui fleurissent sur Internet pour mettre un peu de piquant dans les relations édulcorées entre des personnages pourtant pensés comme très réalistes !
Et toi, qu’en penses-tu ? Estimes-tu qu’il est normal d’occulter la sexualité des héros de teen-lit, ou préfèrerais-tu voir Hermione bécoter Ron un peu plus franchement ?








Le 27 avril 2012 à 20:24
Je ne savais pas qu'elle l'avait dit plusieurs fois . Je pensais que c'était une hypothèse du net . Mais ça peut aller dans le sens d'une théorie Dumbledore /Grindelwald comme couple dévellopé par un pote . J'aurai bien aimé que ce soit affirmé plus franchement au moins dans les films .
Sinon big-up à celles qui les ont lus en anglais un jour je le ferai…un jour.
Le 27 avril 2012 à 21:18
Wow, on est au mois deux à avoir lu cette série !
Sinon j'avoue avoir été frustrée par l'apparente absence d'éveil sexuel et de désir dans HP. Mais à présent, je suis quasi certaine que Hermione s'est déniaisée avec Krum (et qu'elle ait donc été la première du trio, ça me semble logique vu la maturité du personnage), et que Harry et Ginny sont peut-être passés à l'acte juste avant leur "rupture" entre le six et le sept. Ginny avait sans doute de l'avance d'ailleurs, vu son palmarès.
Ron s'est certainement livré à des petites choses avec lavlav, mais je ne jurerais pas qu'ils sont allés jusqu'au coït.
Et, enfin, je soupçonne très fortement Draco Malfoy d'avoir laissé Pansy Parkinson rendre hommage à sa virilité comme bon lui semblait, tout ça pour la troller et en épouser une autre au final
Le 27 avril 2012 à 22:10
Ayant été fan de la saga Twilight et ayant été inscrite sur des forums et cie si il y a bien une chose qui revient en force c'est le manque de sexe que déplorent les fans et même les plus jeunes aussi mais bon Meyer est mormone donc logique .Après je suis de celles qui pensent qu'un livre ou tout autre n’interfère pas avec les décisions ou les opinions que l'on a et si on est très jeunes c'est aux parents d'en discuter aussi …Je pense qu'elle envoit surtout des messages assez positif du sens" Avant de faire l'amour réfléchissez …ça va si vite !" Mais de là à dire qu'elle pense que ça soit malsain ou autre…non suffit de voir Bella et Edward après le mariage ça y va …et même avant si Edward avait été d'accord Bella n'aurait pas dis non dans Hésitation par exemple .
D'ailleurs le comportement de Jacob est bien plus apprécier que celui d'Edward par exemple parce qu'il ressemble davantage à l'attitude du mec de "maintenant" .
Le 28 avril 2012 à 14:11
Coucou!J'ai lu pas mal de commentaires qui allaient dans le même sens que ce que je pensais:
1) Katniss a d'autres soucis à se faire que coucher, surtout que dans l'arène ils sont entourés de caméras. Et un des points sur lesquels ils insistent aussi, c'est qu'elle est pas hyper mature à ce niveau là (et à seize ans, perso, je ne l'étais pas non plus).
2) Dans Harry Potter, en lisant les commentaires, je me suis dit qu'effectivement, il y a des choses qui sont passées sous silence mais qui sont quand même presque sous-entendues. Hermione et Krum, on ne sait pas ce qu'ils ont fait ou non, tout comme Harry et Ginny entre le six et le sept. C'est logique que JK Rowling n'en parle pas, ça fait pas partie de la thématique du bouquin, et à mon avis elle voulait pas donner une tournure trop "adulte" aux derniers.
3) Dans Twilight, on sent que l'auteur est mormon. Parce que ça reflète quand même fort les valeurs de pas de sexe avant le mariage, et la fille est une petite chose fragile (j'ai que lu les deux premiers, mais c'est ce que j'en pensais). Et je trouve que c'est pas très bien écrit. [allez-y, menacez moi :p]
Le 28 avril 2012 à 14:52
(Défense de Twilight activéééé)
Je trouve un peu relou de constamment penser que Twilight influence la vie de toutes les lectrices. J'ai lu les Twilight dès leur sortie, j'avais genre 14ans et c'était ma série de l'été, j'ai adoré mais ce n'est pas pour ça que je me suis dit que j'allais attendre le mariage comme Edward/Bella …
Pourtant je ne me suis jamais mise en tête que "coucher avant le mariage c'est mal / avorter c'est mal / n'avoir qu'un partenaire dans sa vie, c'est bien."
Oui l'auteure était mormone, oui ça se sent dans le bouquin. Et alors ? C'est son droit de traiter la sexualité d'une autre manière - d'ailleurs je me suis toujours dit qu'à la place de Bella je serai partie fricoter avec le chaleureux Jacob
Beaucoup de mes copines ont aussi lu la saga, et ça ne les a pas non plus formaté dans leur sexualité, puisqu'elles étaient loin de vouloir attendre le mariage comme le p'tit Cullen. Faut pas oublier que la plupart des lecteurs savent mettre une distance avec ce qu'ils lisent, et qu'on peut apprécier des personnages sans forcément vouloir vivre comme eux …
Quant aux américaines j'ai pas spécialement que les puritaines soient en majorité..
Sinon pour en revenir au sujet principal je n'ai pas l'impression que ce soit grave qu'on aborde pas vraiment le sexe de manière claire dans ses sagas. Y'a beaucoup d'autres bouquins qui en parlent, pourquoi on devrait obligé des succès à faire de l'éducation sexuelle ?
Le 29 avril 2012 à 13:57
Et c'est ainsi que Dieu créa la fanfiction, pour permettre de compenser l'absence de cul dans les séries pour ados, inondant ainsi le net de scènes de sexe plus ou moins réalistes (car après tout, "the internet is for porn" ;P)Le 29 avril 2012 à 17:13
Bah moi si ça m'intéresse! Car dans quasi tous les livres où un univers magique et merveilleux est créé, l'auteur ne parle jamais du système de tout à l'égout mis en place. Je pense surtout aux mondes où il n'y a pas l'électricité, avec des villes surpeuplées qui sont décrites comme idyllique. Techniquement s'ils en sont aux pots de chambre ça doit puer sévère.
Et puis quand les héros partent dans des quêtes, ils emmènent leur papier toilettes avec eux, ils utilisent de la mousse?
Mais après on peut aussi partir sur du compliqué: dans Harry Potter, ok ils ont l'eau courante, mais elle vient d'où? Du réseau Londonnien? Dans ce cas paient-t-ils leurs impôts? Ou alors existe-t-il un sort qui rend l'eau de la rivière potable?
Le 10 août 2012 à 16:55
Très bon article, je rappellerais cependant que Harry grandit pendant les années 1990, J.K Rowling a écrit, toujours en pensant de cette façon. Pour moi la sexualité était un peu plus tabou durant cette période.Malgré tout j'ai toujours trouvé l'absence de sexualité peu gênante dans HP comme dis plus haut, c'est pas franchement un sujet intéressant du livre…
Le 30 décembre 2012 à 22:57
Super article et tellement vrai…C'est pour cela qu'il faut passer à The Mortal Instruments, Divergent et autre sagas qui abordent le sujet de manière beaucoup plus réaliste, d'après moi!
Le 31 décembre 2012 à 15:56
Je ne vois pas bien ce que fait Harry Potter dans cet article. Les arguments pour l'intégrer dans ce sujet sont plutôt mous et me font penser qu'il était là pour marquer une tendance sur la sexualité des adolescents, en généralisant la "teen-lit".Je tiens à dire tout de même qu'Harry Potter n'est pas du tout un roman fait pour les ados, c'est juste le lecteur qui a avancé dans l'âge en même temps que le héros. De plus, ce sont dans les films que les romances (on va parler de romances hein) se font sentir le plus pour offrir des scènes cocasses plus adaptées au public. Dans les livres c'est très très accessoires.
Pour twilight je peux comprendre, mais effectivement la sexualité est assez présente dans les bit-lit étant donné que les vampires font quand même l'objet de fantasmes plus ou moins inavouables auprès des filles.