Le Botox, une solution contre le vaginisme ?

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Et si injecter du Botox dans le vagin était une solution efficace pour traiter le vaginisme ? Sylvie Abraham, chirurgienne qui pratique cette intervention, nous explique les pour et les contre.

Le Botox, une solution contre le vaginisme ?

Article initialement publié le 18 janvier 2017

Le vaginisme est une pathologie qui peut sembler cauchemardesque. Pour les personnes qui en souffrent, la pénétration vaginale est impossible. Les partenaires qui s’y heurtent parlent d’une sensation de mur de béton, comme si le trou avait disparu.

Et ça ne comprend pas que l’acte sexuel. Impossible pour les personnes touchées de s’enfoncer elles-mêmes un doigt ou un tampon. Les examens médicaux au spéculum sont impensables.

L’écrasante majorité des personnes concernées connaît ça depuis le début de leur vie sexuelle. Souvent, ces personnes ont été violées dans leur enfance ou ont grandi dans une culture diabolisant le sexe.

Bien plus rarement, d’autres commencent à subir le vaginisme des années plus tard, souvent suite à un traumatisme.

Les solutions disponibles prennent du temps et n’aboutissent pas à un succès automatique. C’est en tout cas ce que je pensais, et puis je suis tombée sur une vidéo présentant une alternative étonnante qui mettrait fin du jour au lendemain au vaginisme…

La toxine botulique, plus connue sous le nom de Botox®.

Alors j’ai tenté d’en savoir plus. Est-ce que ça marche ? Quelles sont les limites de ce procédé ? Y a-t-il des risques ?

Pour répondre à toutes ces questions, j’ai joint Sylvie Abraham, chirurgienne esthétique à Paris qui est l’un•e des rares Français•es à pratiquer cette intervention. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que j’en ai appris, des choses.

Le problème du vaginisme, c’est (déjà) qu’on n’en parle pas

La première chose qu’a tenu à m’informer Sylvie Abraham, c’est le problème de non-sensibilisation auquel elle est confrontée tous les jours.

« On parle encore très peu du vaginisme et encore moins de ses solutions alors qu’il y a une énorme recrudescence de cette pathologie.

Beaucoup de femmes en souffrent sans même connaître le terme et beaucoup ont du mal à en parler. »

Et pour cause. Récemment, j’ai interviewé une jeune femme qui m’expliquait avoir vu plusieurs médecins ou gynécologues avant qu’elle découvre au fil de ses recherches sur Internet le mot vaginisme.

Avant, on lui disait que c’était dans la tête, que ça passerait tout seul. Sauf que bien entendu, ça ne passait pas.

La docteure explique.

« Il s’agit d’un blocage psychologique. C’est un peu comme une personne phobique des chiens : elle reculera devant eux par réflexe.

Une personne qui souffre de vaginisme va avoir ses muscles du vagin qui vont se contracter, et parfois même au-delà, ses cuisses vont se fermer… Alors que ces muscles ne souffrent d’aucune pathologie ! »

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Comment marche le traitement du vaginisme par injection de Botox® ?

La toxine botulique affaiblit la force musculaire. Injectée dans le vagin, elle empêche qu’il se contracte et permet ainsi une pénétration vaginale non douloureuse.

En théorie, il s’agit d’une injection qui peut se faire en cabinet. Dans les faits, c’est plus compliqué. Énormément des patientes touchées par le vaginisme refusent que l’on s’approche de leur vulve.

Alors, dans ce cas là, Sylvie Abraham propose une sédation en bloc opératoire.

« Cela peut paraître démesuré pour une simple injection, mais sinon, il est simplement impossible de toucher ces patientes. »

À partir de dix jours plus tard et pendant 4 mois, le Botox® agit et permet à la patiente des pénétrations vaginales non douloureuses.

Selon la chirurgienne, si les femmes ont donc des rapports sexuels pendant cette période, elles seront guéries et ce dès le premier rapport. Elles n’auront plus cette appréhension.

Dans les faits, c’est souvent bien plus compliqué.

Le vaginisme reste une maladie psychologique

La seule chose que cette intervention peut promettre, c’est de rendre techniquement possible une pénétration. Mais souvent, ça ne suffit pas.

La chirurgienne me parle alors du syndrome de l’évitement : les femmes touchées savent qu’une pénétration peut alors marcher, qu’elles n’auront plus cette possibilité physique de résister. Alors, elles évitent le sexe au maximum.

« Très souvent, quand je rappelle plusieurs semaines plus tard pour un suivi, je n’ai pas de réponse. Quand j’en ai, beaucoup me disent qu’elles n’ont pas eu le temps ou qu’elles sont tombées malades

Récemment, j’ai eu une patiente qui faisait du vaginisme depuis 3 ans. Elle se laissait toucher donc j’ai pu lui faire le Botox® dans mon cabinet médical.

Quinze jours plus tard, son mari m’a appelée car elle avait des très grosses douleurs au ventre et vomissait… Après un passage à l’hôpital, les médecins lui ont dit qu’elle n’avait rien.

Finalement, ce couple n’a jamais pu pratiquer de pénétration vaginale car à chaque fois que l’homme tente, elle ne se sent physiquement pas bien. »

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Le Botox® pour lutter contre le vaginisme, une aide et non une solution

S’il faut retenir quelque chose, c’est que la toxine botulique peut être une grande aide mais n’est pas une solution aussi simple que ça. Pour que ça marche, il faut associer les injections à un cadre, comme l’aide d’un sexothérapeute ou l’hypnose.

Ce traitement est utile quand les personnes qui le suivent sont bien prises en charge et ont une démarche très engagée. Pour les autres, il faudra le combattre d’une autre manière ou bien apprendre à vivre avec.

Après tout, les relations sexuelles peuvent aussi être appréciées sans pénétration vaginale… et certaines personnes vivent tout à fait bien sans relation sexuelle du tout !

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Commentaires
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  • Gadda
    Gadda, Le 30 janvier 2017 à 22h30

    @Cutie ju : J'ai regardé un peu et ça ne semble pas marginal du tout. En France on en parle peut-être peu, mais j'ai trouvé plein d'études et d'articles qui y font allusions (les liens en spoiler).

    Spoiler: Liens études et articles

    Je vois très bien ce dont tu parles avec l'aspect figé, mais je ne pense pas qu'une injection de Botox dans les muqueuses vaginales empêche les sensations, car le Botox vient détendre les muscles et non pas annihiler les terminaisons nerveuses (à vérifier tout de même car je ne suis pas sûre de moi). :hesite:
    Ceci dit, je suis perplexe car les études ne mentionnent jamais les sensations ressenties : à chaque fois, on parle de "taux de succès", qui apparemment est "pénétration non douloureuse" (mais entre pas de douleurs et pas de sensations il y a un fossé).

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