Onze semaines, peut-être douze ou treize au moment de la parution de cet article, que le Québec vibre sous les cris des manifestants étudiants, sous leurs voix qui dénoncent la hausse des frais de scolarité. Dissection de la crise universitaire, vue de l’intérieur.
Nota bene : J’avoue tout de suite mes positions : je suis pour la grève et contre la hausse des frais de scolarité. Et en grève depuis dix semaines. Cet article risque donc d’être un tantinet biaisé.
La hausse des frais de scolarité
L’annonce a été faite il y a longtemps par le très apprécié (ou pas) gouvernement libéral en place : dès la rentrée scolaire de septembre 2012, les frais de scolarité universitaires augmenteront de 325 $ par session (une session = un trimestre, en gros). Répartie sur cinq ans, cette hausse atteindra les 1625 $ (en moyenne) par session. Considérable ? Certes : les frais de scolarité universitaires coûtent déjà en moyenne 1400 $ par session. Le but de cette mesure est, en partie, de pallier le sous-financement des universités, mais elle permettra également au gouvernement de moins assumer les coûts de l’éducation.
La réaction étudiante
La vague de protestation contre cette mesure ne date pas d’hier : depuis 2010, les différentes fédérations étudiantes lèvent la voix pour dénoncer cette hausse qui sera douloureuse pour la classe moyenne. En effet, le système de prêts et de bourses québécois s’adresse à une tranche très mince de la population et il est souvent difficile d’y accéder. En février 2012, après plusieurs manifestations, la grève générale illimitée (GGI) a débuté. Voici quelques clés pour mieux comprendre ce mouvement de protestation, ses acteurs et ses enjeux.

Les fédérations étudiantes
Quatre fédérations sont à la tête du mouvement étudiant. Certaines sont plus discrètes que d’autres, toutes ont leurs buts, leurs opinions et leurs méthodes propres, mais dans le conflit, toutes sont alliées. La Fédération Étudiante Collégiale du Québec (FECQ), la Fédération Universitaire du Québec (FEUQ), la Coalition Large de l’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante (CLASSE) et la Table de Concertation Étudiante du Québec (TaCEQ) sont là, réunissant sous leurs bannières des milliers d’étudiants. Les négociations, lorsqu’il y en aura, passeront par elles.
Le symbole et la sensibilisation
Chaque mouvement a son symbole. Celui de la protestation étudiante est le carré rouge, récupéré de la dernière grande grève de 2005, lorsque le gouvernement voulait transformer une grande partie des bourses en prêts. Symbole de l’endettement et de l’expression « être dans le rouge », le carré a été repris à toutes les sauces : épinglé aux revers des manteaux, sur le côtés des chapeaux, en évidence sur les sacs à dos et les foulards, il permet de reconnaître ceux qui sont contre cette mesure gouvernementale. La couleur rouge, de façon générale, a été adoptée par les grévistes. À l’opposé, le carré vert est arboré par ceux en faveur de la hausse et contre la grève, tandis que les opposants à la hausse et à la grève ont choisi le carré bleu.
La sensibilisation à la cause étudiante a été plurielle. Les manifestations s’enchaînent et depuis près de trois mois, le centre-ville de Montréal est perpétuellement envahi par les étudiants. Le 22 mars, nous y étions 200 000, et plusieurs actions symboliques ont été organisées : les funérailles de l’accessibilité aux études, des freeze en rouge (NDLR : tous les participants s’immobilisent), des die-in (NDLR : les manifestants miment la mort), des sit-in, des bed-in (NDLR : action d’occuper, pour dormir, un lieu public)… Des associations avaient pour mission de relayer l’information, d’autres de créer des visuels pour la grève. Plusieurs groupes syndicaux se sont mis du côté des étudiants, et bien des artistes portent le carré rouge et dénoncent la hausse et le gouvernement sur la place publique.

Les débordements
Ce qui choque le plus dans la GGI, outre le refus de la Ministre à parler avec les étudiants, est la violence qui en émane, du côté des manifestants comme du gouvernement. Les policiers ont été lourdement accusés d’utiliser la violence sur des protestants pacifiques, jusqu’à des débordements dramatiques. Un étudiant de vingt-deux ans a été touché à l’œil par une flashbang (grenade assourdissante, ayant pour but de désorienter). D’autres ont fini à l’hôpital, matraqués à la tête ou asphyxiés au poivre de Cayenne. Des casseurs ont fait éclater les fenêtres du Palais des Congrès, d’un nombre incalculable de banques et de plusieurs autres bâtiments. Des journalistes ont été malmenés par des policiers, arrêtés pour certains, poivrés pour d’autres. Les bureaux du Ministre de l’Éducation ont été peints en rouge, des policiers ont reçu des briques.
La violence physique choque, certes, mais celle du gouvernement également. Refus total de parler avec les représentants étudiants et certaines fédérations (surtout la CLASSE, considérée comme plus « extrémiste » que ses compatriotes), tentatives de diviser le mouvement, mépris publiquement affiché pour le conflit, tout y passe.
Et maintenant, on en est où ?
Honnêtement ? Nulle part. Cette semaine, pour la première fois depuis le début de la grève, la Ministre de l’Éducation a accepté de rencontrer les fédérations étudiantes. Une trêve a même été mise en place, le temps des négociations. Problème ? Des étudiants mécontents ont tout de même manifesté et malgré le fait que les fédérations se soient toutes détachées de ces mouvements indépendants, la CLASSE a été rejetée des négociations. Par solidarité, la FECQ et la FEUQ l’ont suivie. Retour à la case départ. Et plus de 180 000 étudiants ne comptent pas baisser les bras, portant avec espoir leur printemps québécois.
– Sources photos : LeDevoir.com







Le 30 avril 2012 à 09:43
On peut tellement rajouter de trucs ! La liste s'allonge de jour en jour
En effet, la diversité des tactiques est quelque chose qui a été mis à l'honneur, dans cette grève. C'était une façon de rejoindre un maixmum de personnes, mais aussi que tout le monde puisse trouver une action qui lui plaît. Ce n'est pas tout le monde qui aime manifester, certains préfèrent les lipdubs et les idées plu artistiques, et c'est bien que ceux qui veulent s'impliquer différemment le peuvent.
Et pour vivre à MTL, même pas au centre-ville : la tension est affreuse.
Le 30 avril 2012 à 14:23
Tiens tiens, parlant de lipdub, y'a celui-ci qui est sorti récemment, que j'aime beaucoup en faithttp://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=9YVprVrnfZ0
Le 05 mai 2012 à 18:45
Ce que je trouve dingue (et on est pas mieux en France pour ça, Valérie Pecresse, si tu m'entends), c'est le MÉPRIS flagrant qu'ont le gouvernement et les médias pour ces jeunes qui militent et pour leur revendications et l'inertie du reste de la société.Quand on parle d'un jeune à la TV ou dans un show c'est toujours pour montrer des mèches, des fans de Juston bieber, des filles pas forcément très fut-futes dans des émissions de TV réalité et des bogoss bodybuildés à la Michael Vendetta.
Là on a de vrais citoyens, qui se battent pour leur éducation, ils sont concernés font des blocages, se renseignent sur les lois, se soucient de leur avenir et de l'emploi (je pense aussi à la France là) et personne ne va jamais les traiter avec un minimum de respect. Juste avec du mépris, ou de l'indifférence.
Quand c'est la CGT qui manifeste, on ne leur donne pas forcément du crédit, mais on fait au moins SEMBLANT de les écouter.
Là c'est comme si les jeunes ne le méritaient même pas.
Enfin à la fois on est dans des sociétés qui sont à fond dans le JEUNISME, à la fois ces derniers n'ont pas droit à la parole, ne sont pas pris au sérieux, même (et surtout) quand ils se battent pour des causes justes)?
Bref ça craint, qu'est ce que ça donnera comme société on se le demande.
Le 09 mai 2012 à 17:02
Je suis atterrée du tour que ça a pris à Victoriaville. Inouï.Victoriaville: l'émeute en images | Vidéos Cyberpresse
Le 09 mai 2012 à 17:24
Je suis heureuse de voir que la grève touche même la population francaise.Je la vis chaque jour de ma vie, même si je suis incapable de me présenter à chaque manif'. Ce qui s'est passé à Victoriaville a battu des records comme émeute, on a rarement vu un mouvement aussi violent dans l'histoire du Québec et on met ça sur le dos des étudiants alors que les premiers responsables sont les membres du gouvernements. Avant tout, les étudiants sont des citoyens de la société qu'ils dirigent. Enfin, je ne vais pas m'embarquer profondément car je suis incontrolable lorsque je me lance sur le sujet.
Ce que je souhaite, c'est qu'aucun d'entre nous ne lache même si le combat devient de plus en plus dur voir dangereux vu le nombre de blessés répertoriés. On est peut-être jeunes et immatures, mais grâce à internet et notre curiosité qui va plus loin que les médias corrompus présentés au peuple à la télé et dans les journaux, on est renseigné et on reconnait nos droits et la vérité.
Le 16 mai 2012 à 09:46
Et dans les nouvelles, notre ministre de l'Éducation a démissionné.Ça bouge, ça bouge !
Le 19 mai 2012 à 19:25
Très grave dérive autoritaire hier avec l'adoption de la loi 78, qui oblige le retour des étudiants aux écoles, interdit le regroupement de plus de 50 personnes sans préavis aux services de police (et signalement de l'itinéraire), et menace de lourdes sanctions (aggravées en cas d'affiliation à une association étudiante).Après avoir usé d'une répression d'une violence inouïe sur les étudiants (blessés aux séquelles graves (deux pertes d'un oeil, traumatismes crâniens…), arrestations aléatoires et musclées, prise au piège des manifestants, utilisation de l'arsenal anti-terroriste), le gouvernement de Charest espère attiser la haine qui mijote entre les générations, et attirer un éléctorat appeuré par ce qui est pourtant une lutte sociale. Je suis outrée par tant de mépris des droits fondamentaux, et par l'immense effort de banalisation et de division de la part des média. C'est extrêmement inquiétant.
Ne laissez personne vous dire que les étudiants l'ont mérité, s'il-vous-plaît…
Plus d'infos : http://www.ledevoir.com/politique/quebec/350475/loi-78-abus-de-pouvoir
Le 20 mai 2012 à 18:57
La Ministre de l'Éducation a démissionné, mais quel hasard…seulement quelques jours après avoir mangé avec 20 personnes importantes dont un des hauts placé de la Mafia italienne, et oh quel hasard encore plus le fait qu'elle ait recu un beau 60 000.00$ par la suite. Le gouvernement est fortement plein de corruption, ça c'est pas une surprise. Le fait de mettre la démission de Beauchamp sur le dos des étudiants, je trouve ça injustifié. Et puis par qui il la remplace?! Par Courchesne?! WTF…remplacer du vide par de l'air..
Je suis découragée, épuisée et énervée. La grève part en live depuis longtemps, les manifestations sont épuisantes, le gouvernement me donne envie de gerber, certains étudiants également, les policiers sont à bout et moi aussi.
Et puis WTF amener ton enfant de 6 ans à la manif de nuit après l'annonce du gouvernement? Le monde est con. Point.
Le 20 mai 2012 à 20:36
Ce qui se passe actuellement est juste… aberrant.La loi 78 va contre la DUDH et les manifestations deviennent de pire en pire, comme en témoigne celle d'hier soir qui a terminé en… en n'importe quoi.
Le 20 mai 2012 à 21:05
"Le 22 mars, nous y étions 200 000" C'est vraiment impressionnant!! Votre mobilisation est incroyable. Et si j'ai bien compris les dérives autoritaires commencent… Je pensais justement venir à Montréal pour une année d'étude mais avec l'augmentation des frais de scolarité ça remet en cause mon projet. Même pour les personnes en dehors du Québec cette mesure est inacceptable… En tout cas je continue à me renseigner, à vous lire et je vous souhaite vraiment bon courage! On peut tout obtenir par la lutte.