Les droits des femmes dans le monde – L’éducation et le travail

La rédac’ de madmoiZelle a décidé de se pencher sur l’état des femmes dans le monde, et de faire un tour d’horizon des avancées et des régressions. Après la santé, on se penche cette semaine sur le thème de l'éducation et du travail avec quatre points principaux : l'accès à l'école, l'accès aux études universitaires, la discrimination au travail et la part des femmes dans les postes importants.

Les droits des femmes dans le monde – L’éducation et le travail

Article rédigé à huit mains par Flo, Laura Minelli, Myriam H. et Sophie-Pierre Pernaut.

L’accès à l’école

Les femmes représentent près des deux tiers des adultes analphabètes dans le monde, et si le ratio de scolarisation entre les garçons et les filles a tendance à s’améliorer, près de 72 millions d’enfants, dont 54% de filles, ne sont pas scolarisés alors qu’ils sont en âge d’aller à l’école. De plus, le taux d’achèvement du parcours scolaire est largement inférieur chez les jeunes filles que chez les garçons, car elles bénéficient moins de l’éducation secondaire que leur homologues masculins. Si les disparités sont moins flagrantes à l’école primaire où pour 100 garçons, 96 filles sont scolarisées, les inégalités restent très importantes pour l’éducation secondaire et supérieure.

Les plus grandes inégalité d’accès à l’éducation primaire et secondaire touchent l’Afrique Subsaharienne, l’Asie occidentale et l’Océanie, et la première cause de non-accès à l’éducation pour les filles est la pauvreté. Les raisons à cela sont nombreuses : des installations sanitaires insuffisantes peuvent être un obstacle à la scolarisation des filles, de même que le sexe de l’enseignant puisqu’on constate que les institutrices ont un impact plus positif que les instituteurs sur le taux de scolarisation des filles. De plus, dans les régions les plus arides et les plus reculées, le rôle des femmes est parfois d’aller puiser l’eau, ce qui peut prendre plusieurs heures. Les jeunes filles qui tombent enceintes sont également souvent contraintes à interrompre leur scolarité.

Pourtant, la scolarisation des femmes est capitale pour la société et a des impacts considérablement positifs. Des femmes éduquées ont 5 fois moins de risques de contracter le SIDA que des femmes non scolarisées, et d’après l’UNESCO la mort de près de 1,8 millions d’enfants aurait pu être évitée dans les pays les plus pauvres d’Afrique si la mère avait suivi des études secondaires. L’accès des femmes à des études primaires et secondaires a des conséquences directes sur l’amélioration des conditions de vie et de l’espérance de vie, et la croissance économique est largement renforcée par l’éducation des filles. On constate également que 75% des enfants qui ont abandonné l’école ont une mère non éduquée.

Puisque l’autonomisation des femmes et l’éducation pour tous sont des Objectifs du Millénaire pour le Développement, les Nations Unies ont mis en place des programmes pour promouvoir et développer la scolarisation des filles. Par exemple, au Bangladesh, les femmes autorisant leurs filles à achever leur scolarité et s’engageant à ne pas les marier avant leur 18 ans ont perçu des bourses spéciales.

L’accès aux études universitaires

En Europe, c’est entre 1880 et 1910 que les femmes font leur entrée dans les universités et les écoles supérieures (1906 en France : première femme à entrer à l’École Normale Supérieure ; 1901 en Allemagne et 1910 en Espagne : les femmes peuvent entrer à l’université).

Aujourd’hui, le pourcentage de femmes dans l’enseignement supérieur est le plus élevé aux USA, au Canada, en Europe et dans certains pays d’Amérique Latine : aux alentours de 50%.

Plusieurs facteurs sont à l’origine du manque d’accès aux universités dans certains pays. Les stéréotypes sexistes ont encore la dent dure dans beaucoup de pays : les hommes doivent accéder aux études afin de décrocher un travail leur permettant de faire vivre leur famille. Les femmes, elles, sont souvent destinées à rester à la maison pour s’occuper des enfants et des tâches ménagères ; aucune utilité donc, à les envoyer à l’université. C’est le cas au Japon, en Asie occidentale plus largement et dans les îles Caraïbes : au Japon seules 48,3% des lycéennes diplômées vont à l’université, et à cause de la tradition de la séparation des sexes, elles ne se dirigent que vers des filières littéraires, sociales ou de la santé. La différence entre les milieux urbains et ruraux est également importante : au Burkina par exemple, le pourcentage de filles dans les universités est très élevé en milieu urbain ; à la campagne, on déplore le manque de bâtiments, l’extrême pauvreté et les mentalités encore anciennes.

Cependant, on note certaines évolutions : le Ghana, l’Ouganda, le Kenya et la Tanzanie ont mis en place des mesures pour abaisser les critères d’admissions dans les universités, afin que les femmes puissent plus facilement y accéder. Au Liban, le ministère de l’éducation a créé des écoles techniques locales afin d’améliorer l’accès aux études supérieures, ce qui fait monter le taux de filles à 46,7%. Il a également instauré des sanctions, données aux parents refusant l’accès aux études à leurs enfants, fille ou garçon. En Algérie, des efforts ont été également fournis, faisant quadrupler en 13 ans le pourcentage de filles dans l’enseignement supérieur.

La discrimination au travail

Selon des chiffres datant de 2009, bien qu’en France, 83% des femmes de 25 à 49 ans travaillent, elles sont plus grandement touchées par la précarité. Il y a presque deux fois plus de femmes que d’hommes à toucher le SMIC ; en 2004, les femmes de 65 à 69 ans touchaient une retraite moitié moins importante que celle des hommes. La même année, au sein des syndicats, seuls 35% des représentantes élues étaient des femmes, et il n’y a que 5% des accords entre branches ou entreprises à aborder le thème de l’égalité.

Dans les pays développés, selon des chiffres de 2008, les femmes étaient particulièrement présentes dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’hôtellerie/restauration et des services sociaux. Pour certains de ces pays, elles sont quasiment absentes des secteurs traditionnellement « masculins », comme le bâtiment ou l’extraction de matières premières.

Dans les pays les moins développés, la question de la discrimination au travail est presque caduque, car l’accès à un emploi étant particulièrement difficile, les chiffres manquent. La plupart des femmes exercent des tâches non rémunérées au sein de leur foyer, ou des métiers agricoles « informels » afin de subvenir aux besoins en nourriture de leur famille. Elles n’ont pas à subir de discrimination au travail, par exemple pour accéder à un poste plus important, car elles n’ont pas à proprement parler de « travail », même si elles sont en général en activité du matin au soir.

L’Organisation Internationale du Travail préconise un vrai travail sur l’égalité hommes/femmes au travail au niveau européen, notamment à travers des mesures permettant aux pères comme aux mères d’assumer à parts égales leur rôle social (au travail) et familial (à la maison). Dans le même rapport, on note par exemple les efforts faits par la Turquie, qui a voté en 2003 une loi interdisant les discriminations au travail fondées sur le sexe, l’inégalité de traitement pour cause de grossesse et les écarts de salaires à poste égal. Espérons que, malgré la crise économique mondiale, des lois de ce type continuent d’être votées – et surtout appliquées – dans un nombre toujours plus grand de pays, pour que le sexe des femmes cesse d’être un facteur de précarité et de discrimination.

L’accès aux postes à responsabilités

France

Dans les instances politiques françaises, la parité est rarement respectée. Si 44,4% des députés européens sont des femmes, elles ne représentaient que 18,5% des députés de l’Assemblée Nationale après les législatives de 2007, et pour celles de cette année 2012, seulement 40% des candidats sont des femmes, un chiffre en baisse. Malgré la loi de 2000 imposant la parité, certains partis préfèrent encore payer des sanctions financières.

Dans le privé, si les deux-tiers des hommes titulaires d’un diplôme au moins du niveau d’un Bac+3 occupent un poste supérieur (type cadre), ce n’est le cas que de 47,5% des femmes dans cette situation. Plus parlant encore : en 2008, seulement 17,2% des entreprises étaient dirigées par des femmes ; plus l’entreprise est grande, et plus il y a de chances qu’un homme se trouve à sa tête. Selon l’Observatoire des Inégalités, l’entreprise du CAC 40 qui compte le plus de cadres de sexe féminin est L’Oréal, avec pourtant seulement 19% de femmes dans les instances dirigeantes de la marque.

Selon une étude de l’INSEE menée en 2006, à partir de deux enfants, plus une femme a de rejetons, moins elle a de chances de travailler à temps complet. Et comme vous vous en doutez, il y a peu de chances de décrocher un poste de directrice exécutive d’une grande boîte à temps partiel. Plus inquiétant, la Halde (Haute Autorité de Lutte contre les discriminations et pour l’égalité) a annoncé en 2010 avoir reçu 250 plaintes de femmes qui se considéraient victimes de discriminations au travail uniquement parce qu’elles étaient enceintes (pas de promotion, CDD non renouvelés…). Il semblerait que, dans certaines sociétés, il ne soit pas bon d’avoir quelque chose qui bouge dans l’utérus.

On peut espérer que notre génération saura faire pencher la balance dans le bon sens, avec un petit coup de pouce politique : le candidat François Hollande avait déclaré que « L’égalité des carrières professionnelles et des rémunérations entre les femmes et les hommes doit enfin devenir une réalité« . Des lois existent pour faire respecter la parité au travail : encore faut-il les appliquer.

Le bon élève : la Norvège

Premier du classement Social Watch sur l’égalité entre les genres, premier du classement dans l’évaluation réalisée par le Programme des Nations Unies pour le Développement sur l’indicateur de la participation des femmes, la Norvège est LE bon élève en matière d’égalité hommes/femmes. Là-bas, dans les conseils municipaux comme au Parlement, les femmes occupent 40% des sièges et sont très présentes en politique.

Dès le début des années 1980, la Norvège a élu une femme Premier Ministre, avec un cabinet comptant 8 femmes. En outre, la pappapermisjon mise en place en 1993 permet aux pères de passer trois mois, minimum, avec leur nouveau-né, et 90% des papas norvégiens profitent de ces dix semaines de congé parental.

Rapide coup d’oeil sur la situation

(cliquez sur la carte pour la voir en grand format)

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Astipalaya
    Astipalaya, Le 5 mai 2013 à 14h27

    Il y a une faute sur la carte, en 2012 en Suisse c'était une femme président, Eveline Widmer-Schlumpf

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