Les droits des femmes dans le monde : Citoyennes !

La rédac’ de madmoiZelle a décidé de se pencher sur l’état des femmes dans le monde, et de faire un tour d’horizon des avancées et des régressions. Cette semaine, à l'occasion des législatives, on se penche sur le thème de la citoyenneté à travers trois axes : le droit de vote, le droit de passer le permis de conduire et celui d'avoir un compte en banque.

Les droits des femmes dans le monde : Citoyennes !

Le droit de vote

Le premier pays à avoir accordé de façon totale le droit de vote aux femmes est la Nouvelle-Zélande, en 1893, neuf ans avant l’Australie. Mais il faut attendre 1906 pour que ces mesures s’étendent réellement dans le monde, les premiers suiveurs étant les pays scandinaves. La Russie soviétique l’autorise en 1918, les États-Unis en 1920 et la Grande-Bretagne en 1928. Le premier pays musulman à ouvrir le droit de vote aux femmes fut la Turquie, en 1930.

En France, malgré une brève légalisation du vote des femmes pendant la Commune de Paris, en 1871, il faudra attendre 1944 pour que toutes les majeures de l’Hexagone puissent obtenir ce droit. La faute à un chaotique chassé-croisé : entre 1919 et 1944, l’Assemblée Nationale propose d’autoriser les femmes à voter à plusieurs reprises, mais la mesure est sans cesse bloquée par le Sénat.

Plus récemment, de nombreux pays ont autorisé le vote des femmes. Il est intéressant de noter que ce droit n’a été réellement effectif en Afrique du Sud qu’en 1994, année où il a été étendu aux femmes noires (il concernait depuis 1930 les femmes blanches uniquement, puis les métisses en 1984). Dans les années 2000, le Moyen-Orient a franchi le pas, puisque le Qatar, Bahreïn, Oman, le Koweït, les Émirats arabes unis et l’Arabie Saoudite ont légalisé le vote des femmes (pour ce dernier, la loi ne sera effective qu’en 2015).

Il faut noter que « vote des femmes » ne va pas forcément de pair avec « éligibilité des femmes » : la Nouvelle-Zélande, pionnière en matière de vote, n’autorisera les femmes à être élues qu’en 1919, alors que les Pays-Bas suivirent le chemin inverse : l’éligibilité des femmes était possible dès 1917, mais elles ne purent voter qu’en 1919.

Le droit de vote des femmes, bien qu’il semble (heureusement) être acquis comme inaliénable en 2012, fut le fruit d’une longue lutte et le signe que les femmes sortaient de leur statut d’éternelles mineures pour devenir actrices de leurs pays, de leurs sociétés. Cependant, au vu du peu de femmes chefs d’État dans le monde, il est visible qu’un long chemin reste encore à parcourir avant qu’elles ne soient considérées comme aussi « capables » que les hommes dans l’esprit collectif.

Le permis de conduire

En France, le premier examen du permis de conduire a eu lieu en août 1889. À peine huit ans plus tard, la Duchesse d’Uzès fut la première femme a obtenir son petit papier rose… Et à être verbalisée pour un excès de vitesse alors qu’elle atteignait la très dangereuse allure de 15km/h ! En 1992, les femmes furent pour la première fois plus nombreuses que les hommes à réussir cet examen.

Aujourd’hui, un seul pays au monde fait preuve de discrimination à l’égard des femmes dans l’accès à la conduite : il s’agit de l’Arabie Saoudite. Si aucune loi n’interdit aux femmes de se placer derrière un volant, un édit religieux promulgué par un ministre en 1992 est toujours appliqué et peut entraîner des sanctions judiciaires pour celles qui bravent l’interdiction de conduire. En 2011, deux saoudiennes, Manal et Bertha, ont lancé sur les réseaux sociaux une opération appelée Woman2drive destinée à médiatiser une manifestation pour la revendication du droit de conduire pour les femmes. Manal a été emprisonnée pendant 10 jours pour son audace, d’autres ont été flagellées et de nombreuses femmes ont été arrêtées au volant avant d’être relâchées en échange d’un engagement signé à ne plus conduire.

La voiture, perçue comme un instrument d’émancipation, est considérée comme un outil permettant la débauche et la destruction de la société. Pour se déplacer, les saoudiennes doivent donc compter sur l’aide des hommes de leur famille ou doivent embaucher des chauffeurs particuliers. Les bus ne sont pas un moyen de transport fiable, et les faits divers relatant des agressions impliquant des chauffeurs de taxi sont trop nombreux pour que cette solution soit viable.

« Le fait de ne pas autoriser les femmes à prendre le volant en Arabie saoudite constitue un immense obstacle à leur liberté de mouvement et limite fortement leur capacité à accomplir comme bon leur semble des activités quotidiennes telles qu’aller au travail ou au supermarché, ou encore aller chercher leurs enfants à l’école« , a souligné Philip Luther, directeur adjoint du programme Moyen-Orient et Afrique du nord d’Amnesty International.

À la campagne, les femmes sont davantage libres de leurs déplacements (et de leurs moyens de déplacement), mais cette interdiction de conduire limite les opportunités de carrières pour des millions de femmes, cela les maintient dans un système de soumission aux hommes et à leur famille. L’an dernier, Libération interviewait une Saoudienne en passe de devenir médecin sur les conséquences de cette interdiction.

Pour terminer sur une triste anecdote, la Lituanie imposait jusqu’en 2002 un examen gynécologiques aux candidates au permis de conduire sous prétexte que les femmes pouvaient développer des maladies affectant la conduite.

Ouvrir un compte en banque

En France, ce n’est que depuis la loi du 13 juillet 1965 que les femmes peuvent gérer leurs biens, travailler et ouvrir un compte en banque à leur nom sans l’autorisation de leur époux. 1965, c’est la date de la Réforme du régime matrimonial de 1804, quand le Code Napoléon consacrait l’incapacité juridique de la femme mariée. Avec la loi du 13 juillet 1965, donc, la volonté était de faire un pas en avant de plus vers l’égalité hommes/femmes et de réduire les droits et les pouvoirs des maris sur leur épouse.

En revanche, dans de nombreux pays arabes, comme en Arabie Saoudite, par exemple, les femmes doivent demander la permission à leur père, frère ou mari pour pouvoir ouvrir un compte en banque, pour faire un prêt bancaire (source : Forbes). En cause ? Les lois familiales fondées sur la charia exigent bien souvent que les personnes de sexe féminin réclament la permission à des membres de leur famille de sexe masculin pour entreprendre des activités toutes bêtes du quotidien ; dans bon nombre de pays arabes, elles sont donc obligées d’être financièrement dépendantes.

En République Démocratique du Congo, depuis le régime de Joseph Désiré Mobutu (entre 1965 et 1997), des efforts ont été fait pour faire progresser les droits des femmes qui peuvent désormais être propriétaires, ont le droit de participer à l’économie et à la politique sociétales. En revanche, une femme mariée a toujours besoin de l’accord de son mari pour ouvrir un compte en banque, accepter un emploi, obtenir une licence commerciale, louer ou vendre un bien immobilier. Ce sont donc les hommes qui gèrent l’argent de la famille toute entière, ce qui n’a malheureusement rien de surprenant puisque les inégalités entre les hommes et les femmes sont particulièrement fortes dans ce pays. (source : Onu et Zaire : A Country Study)

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Kyogre
    Kyogre, Le 8 juin 2012 à 23h10

    Ca me fait toujours halluciner de voir à quel point l'acquisition de ces droits est récent. 1944 (!) droit de vote, 1965 (!!) ouverture d'un compte en banque seule...

    J'ai appris pas mal de choses sur les autres pays, comme avec les articles précédents de cette série. Merci beaucoup !

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