La Fashion Week est-elle vouée à disparaître ?

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Deux fois par an depuis les années 70, la Fashion Week voyage de Paris à New York. Avec l'évolution du marché et de la consommation de la mode, son avenir est-il toujours stable ou fragile ?

La Fashion Week est-elle vouée à disparaître ?

La prochaine Fashion Week de Paris démarrera le 27 février 2018 et finira le 6 mars. Véritable rendez-vous de la mode depuis des décennies, la « semaine de la mode » a-t-elle encore autant de sens aujourd’hui ?

C’est la question que je me pose depuis quelques mois, et voici ma réflexion sur le sujet.

À quoi sert une Fashion Week ?

Dans les villes telles que Milan, Londres, New York ou Paris, les grandes maisons et marques présentent les modèles de leur collection de la saison prochaine (en février on présente donc l’automne-hiver 2018/2019).

C’est bien sûr l’occasion pour le milieu et la presse de faire le point sur les tendances qui feront la saison, et pour les acheteurs, de passer commandes.

Aux marques alors de lancer la production pour que la saison soit en temps et en heure en boutique.

Ça, c’est le principe de base, pour la majorités des marques qui fonctionnent en saisonnalité, depuis très TRÈS longtemps.

Mais ça a changé.

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Quand la fast fashion bouscule les calendriers

En parallèle de ce fonctionnement, s’est développée ce qu’on appelle la fast fashion.

Plus rapide que son ancêtre, la fast fashion fonctionnent aussi sur des collections par saisons côté design (on ne retrouve pas d’hiver pendant l’été) mais les nouveautés arrivent beaucoup plus régulièrement en magasin.

J’ai travaillé comme conseillère de vente et je peux te l’assurer, de nouveaux articles arrivent toutes les deux semaines. La cliente ou le client est donc constamment en contact avec de nouveaux produits et de nouveaux désirs, adaptés à la saison, probablement à la météo et disponibles immédiatement.

Il n’y a donc plus une collection printemps/été et une autre automne/hiver mais plein de petites collections avec des nouveautés tout au long de l’année, détruisant peu à peu le concept de saison.

Ce qui a clairement changé le game.

Le see now, buy now adopté par les grandes maisons

Du boum des achats sur Internet et du fonctionnement de la fast fashion qui a imposé son style, un décalage est né.

Le constat est simple : les gens n’ont plus envie d’être dans l’attente d’un produit qu’on leur présente au moment où la météo ne s’y prête pas. C’est vrai que le fait de voir des maillots en octobre, ne permet pas de se projeter.

Certains défilés se sont alors adaptés. Par exemple, il est tout à fait possible de voir celui d’Etam (en live sur le net ou en vrai si tu pèses) et d’acheter les modèles que tu kiffes en même temps (ou au pire le lendemain) sur l’e-shop de la marque.

C’est ce qu’on appelle le See now, buy now. Le concept a créé une véritable scission entres les marques.

Certaines d’entre elles comme Burberry ou Tommy Hilfiger s’y sont mises, tandis que Dior et Chanel refusent catégoriquement (Les Français résistent ? Suis-je vraiment surprise ? Non.)

La montée discrète de la slow fashion

Face à cette cadence imposée par l’industrie de la fast fashion qui malmène les grandes maisons, grandit un autre mouvement : la slow fashion.

Construite en opposition à la fast fashion, la slow fashion invite à consommer autrement le vêtement : acheter moins souvent, après de marques durables et éthiques ou de seconde main.

De plus en plus de personnes rejoignent ce mode de consommation qui lui non plus ne s’intègre pas dans le système de saisonnalités et de « tendances » mais privilégie des pièces intemporelles.

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Quel(s) avenir(s) pour la Fashion Week ?

Ma conclusion est binaire. Je me dis que l’avenir de la Fashion Week est menacé par deux aspects de la mode elle-même qui ne sont pas incompatibles mais contradictoires.

D’un côté, elle est une vieille industrie qui repose sur des traditions, notamment pour la culture française, et les grandes maisons auront toujours leur suprématie. Les puristes et fans de mode seront toujours avides de voir ce que les créateurs leur ont concocté.

J’ai toujours perçu la Fashion Week comme un évènement inspirant mais pas indispensable car je ne suis pas la cible : ce n’est pas moi qui vais acheter une robe Dior. Mais il y aura toujours un public pour ça.

En cela, la Fashion Week pourrait rester un évènement purement pour les professionnels ou pour les mordus qui ont des thunes, comme on consulterait des experts sur les tendances de la mode.

D’un autre côté la mode ne peut pas rester dans le passé, c’est contre sa nature, il faut qu’elle suive le fil de l’eau, voire qu’elle soit visionnaire. Il faut qu’elle vive au même rythme que les gens qui la portent.

Dans son article de 2015, Marie Claire imagine des défilés qui seraient au contraire ouverts entièrement au public. Je trouve que ce n’est pas une hypothèse à écarter, les réseaux sociaux faisant presque figure de meilleure pub que la presse.

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La Fashion Week, un rôle à redéfinir

Au-delà du fonctionnement saisonnier qui se délite, c’est le rôle des défilés qui a changé. Ils avaient avant un temps d’avance et faisaient passer des messages. C’est toujours le cas aujourd’hui, mais je le perçois moins retentissant.

Pourquoi ? Selon moi, parce qu’ils sont à la bourre et qu‘il y avait de la diversité sur Instagram avant même qu’on ne l’envisage sur les podiums. De plus en plus de marques veulent présenter des défilés mixtes. Les codes ont évolué.

Aujourd’hui, je peux plus facilement m’identifier à une influenceuse ou à un influenceur qu’à des mannequins, même si cette diversité grandit.

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J’en viens même à me dire que ce sont elles, les stars d’Instagram, qui ont plus de poids, avec leur communauté de milliers ou des millions de followers.

Mimie Lashiry, 900 000 abonné•es

Nikkie Tutorials, 9,3 millions de followers

La Fashion Week n’est plus indispensable mais elle est inspirante. De quoi a-t-elle besoin pour survivre ? D’être plus artistique, plus pointue ? Ou plus accessible ?

Cela fait bien longtemps que les créatrices et créateurs n’ont plus le monopole de la tendance. Yves Saint Laurent disait dans les années 70 :

« La rue et moi, c’est une histoire d’amour.

1971 est une grande date, car enfin la mode descend dans la rue »

Depuis, elle n’a jamais plus voulu la quitter, et c’est celle-ci qui m’inspire à m’habiller tous les jours.

Je te fais donc une proposition : peut-être que l’avenir de la Fashion Week, c’est juste de porter ce qui nous fait kiffer, sans avoir à checker si c’est au goût du jour.

Pendant une semaine, partout dans le monde, on pourrait tous et toutes se prendre en photo et partager nos looks préférés, pour inspirer des gens à notre échelle.

T’en penses quoi ? On lance ça ? 

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Elise S.

Grande fan de textiles arrivée en août 2016 dans la team mode-beauté, Elise partage sur madmoiZelle tout ce qui la transcende : la couleur, les motifs, les chaussettes, Wham!, la « petite » création... et parfois tout ça en même temps. Ne t’inquiète pas, cela dit : elle ne te forcera jamais à porter des épaulettes. Ni des faux cils. Pas de menaces.

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Commentaires
  • Severuspotter
    Severuspotter, Le 1 février 2018 à 23h01

    ca me fait penser au hotesse de f1 qui disparaissent elles aussi ca me choque un peu

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