Poyz & Pirlz, des tshirts sympas, une interview

Dabaaz est venu boire des bières et manger des cupcakes au Nutella  à la maison. J’en ai profité pour lui poser quelques questions, et vous le présenter un peu. Entre sa carrière rap, sa collection de t-shirts, ses soirées, sa bande de potes, la cuisine et ce qu’il pense d’Internet aujourd’hui : ce grand barbu […]

Poyz & Pirlz, des tshirts sympas, une interview

Dabaaz est venu boire des bières et manger des cupcakes au Nutella  à la maison. J’en ai profité pour lui poser quelques questions, et vous le présenter un peu. Entre sa carrière rap, sa collection de t-shirts, ses soirées, sa bande de potes, la cuisine et ce qu’il pense d’Internet aujourd’hui : ce grand barbu hyper sympa avait plein de choses à raconter. Rencontre.

Salut Dabaaz. Pour nos lectrices qui ne te connaissent pas, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Dans la vraie vie, je m’appelle Eymeric. Je suis rappeur et graphiste de formation.  J’ai fait partie du groupe Triptik de 1997 à 2004.

Mais oui, on se souvient toutes de ce clip !

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Voilà. Ce clip a été catégorisé coup de coeur sur M6, et à l’époque, ça nous avait ramené un public plus jeune et féminin d’ailleurs, en 2007. Avant ça, j’ai sorti mon premier maxi solo en 2005.

Parle-nous un peu de cette période rap, tiens.

On n’a jamais pété comme Diam’s, TTC ou Arsenik, OK. Mais on était dans le game. On a fait 3 albums, une douzaine de maxi. On a fait une tournée, Oxmo Puccino faisait nos premières parties. L’apogée, c’était quand même au Bataclan. On a fait quelques passages à l’antenne chez Skyrock, eu une première partie à l’Olympia, C’était l’éclate. On faisait ça un peu à notre sauce : on était à la fois « dans la scène » mais aussi « en marge ». Un pied dedans, un pied dehors. Qu’il s’agisse de faire des concerts aux fêtes MJC ou les cons sur Skyrock.

Ce soir en tout cas, t’es surtout là pour nous parler de tes tee-shirts Poyz and Pirlz. Raconte-nous tout. Ca veut dire quoi, « Poyz and Pirlz », d’abord ?

Tu vois, j’adore Public Enemy. Et au début de ses morceaux, Flavor Flav il fait toujours « Yeah Boy! », mais on dirait qu’il dit « Yeah Poy ». Avec mes potes, au téléphone on se disait « ça va poooy ? », genre en référence. Avec la même intonation. Si les boys sont des poyz, les girls sont des pirlz !

Tes potes, genre Jérôme (ndlr, Jérôme de la marque QHUIT) et toute la clique ?

Voilà, Jérôme, Gero (mon dj de scène à l’époque) Drixxxé, Arthur King, Kazey et Matthieu.

On avait inventé toute une philosophie, un état d’esprit, autour du concept de Poyz. C’était l’époque où on en avait marre de toute cette mouvance de petites cliques un peu consanguines. Tout le monde traînait un peu avec tout le monde, c’était toujours les mêmes équipes. On était un peu nostalgiques du rap, de l’ancienne scène qui se bougeait vraiment; et là, on avait l’impression que personne n’était vraiment présent pour prendre la relève. On avait envie de soirées sympas, conviviales, ambiance bon enfant. Tu sais, le genre d’ambiance un peu kermesse, mariage arrosé, fête entre potes. Les soirées d’apparts où t’as juste une bonne bande de potes qui passent du son, des teufs un peu bordéliques où tu peux t’éclater avec tes copains.

Genre concrètement, des soirées sans prise de tête ?

Ouais. On avait envie de pouvoir mélanger les nouveaux kidz et les anciens, les branchés et les banlieusards. On rêvait de voir dans les mêmes soirées ceux de notre entourage qui étaient de mieux en mieux placés, et nos potes crevards.

Vous ne vous retrouviez pas dans les soirées qui se faisaient à l’époque ?

Exactement. On assistait au déclin du rap français. Les radios fermaient, les mags aussi. Les soirées hip hop se faisaient de plus en plus rares. C’était l’arrivée de la french touch. On ne se voyait pas trop aller au Gibus en lunettes de soleil.

Alors vous avez décidé de faire vos propres soirées.

Ouais.  Le « sisi la famille« , vu à notre façon. Même si l’expression est hyper galvaudée aujourd’hui, c’était ça, notre état d’esprit à l’origine. On a fait nos premières soirées à La Flèche d’Or. D’entrée de jeu, on a annoncé la couleur. A l’époque, y’avait des rideaux sur la scène de La Flèche; on les ouvrait, on disait à tout le monde de monter sur scène, danser. C’était un bordel monstre à chaque fois. Poyz and Pirlz, à la base, c’est l’idée de hoster. On reçoit les gens dans un endroit qu’on s’approprie totalement. Tout le monde se déchaîne, c’est comme une soirée entre potes.

Un état d’esprit hyper convivial, en gros.

C’est ça. On a même sorti le Poyz and Pirlz anthem, sur une mixtape de Gero : « Pirlz City Poyz Gang« . Notre hymne, celle qui dictait nos 10 commandements. On se faisait des dîners aussi. On appelait ça « poyzer ». Ca voulait dire « se faire une bonne bouffe entre copains ».

Ah ouais ? Chez madmoiZelle, on adore la bouffe.

A l’époque, on se faisait des concours. Fallait ramener le pinard le plus dingue, composer le meilleur plateau de fromages possible, Gero s’occupait de lâcher la recette auvergnate. Et tout ça est arrivé avant le fooding, ahah. Le concept, c’était se déglinguer le bide. On était comme Maïté et sa copine, tu vois.

Bien sûr. J’ai vu l’article dans Spray magazine, les photos donnent carrément faim.

Oui, c’est devenu officiel parce que Gero a développé le truc. Y’a eu des articles dans Spray et Street Tease.

Et les tee-shirts, c’est arrivé comment ?

Ca faisait un moment que je voulais faire, ça faisait des années que je faisais des protos. Mais je suis pas styliste à la base, alors j’ai d’abord voulu commencer par des tee-shirts unisexe. J’avais honnêtement zéro centime à investir dedans, au début, alors avec Jérôme, mon pote de Qhuit, on a d’abord fait une seule série. Y’en avait 100, on les vendait sur Internet, pour éviter les frais. C’était les débuts de Facebook, alors on a bien misé sur la communication, et on s’est dit qu’en en vendant 30, on aurait rentabilisé l’affaire.

Tu étais déjà fixé sur les visuels des t-shirts ?

Je voulais des t-shirts dans un esprit blague qui ne tombent pas dans le délire des t-shirts cons un peu faciles, sans pour autant flirter avec une mode trop pointue, parce que honnêtement, je ne suis pas calé là dedans. Le défi, c’était de faire des t-shirts simples, drôles, et qui entrent dans l’état d’esprit Poyz and Pirlz. Sans aucune autre prétention. Donc le concept est toujours le même : une image, barrée par un slogan qui fait référence à des paroles de rap, de films, d’émissions télé. Des références piochées dans mon univers.

Explique-nous tout, pour celles qui ne connaissent pas.

L’idée, c’était de mélanger des références. Des trucs que je kiffe dans la vie. Gainsbourg, Weird Science, le film que j’ai le plus vu dans mon enfance, Girls Love Nerds but Fuck Gangsta est le premier qu’on a sorti, il a cartonné. On utilisait toujours la même typo, par-dessus. Je voulais avoir ma propre ligne directrice, sans jamais basculer dans les grands courants.
J’aurais pu choisir de verser dans le t-shirt simple et vintage, à la H&M, mais c’était pas le but. Il fallait un truc qui colle à l’esprit de la famille. Je suis ni très esprit populaire, ni trop esprit pointu. Je ne veux ni tomber dans les lieux communs, ni prétendre jouer dans la cour des grands. Mais au milieu, y’a un truc à faire je pense. J’ai juste mon univers, un délire qui m’est propre.

Et la dynamique s’est enclenchée ?

On a fait une expo dans la vitrine du Lazy Dog, passage du Havre, autour des Poyz and Pirlz parties. Avec un pack spécial sac + affiche + t-shirt + compile, à acheter à l’intérieur du magasin. Ca a bien marché. J’ai commencé les shootings dans un esprit un peu Benetton. J’ai toujours pris des gens de mon entourage pour modèles, pour faire ça à ma sauce, sans jamais m’embarquer dans un truc que je ne maîtriserai pas. Et puis peu à peu, je me suis retrouvé sur des blogs américains, allemands, etc.

Alors tu t’es mis à faire plein de t-shirts ?

L’idée, c’était de faire 4 ou 6 t-shirts tous les 2 mois, ainsi que des bonnets, des sacs. A ce jour, il y a eu à peu près 12 collections. Les matières sont toujours basiques, on voulait donner dans l’unisexe, faire un truc un peu sport ni trop mec ni trop girly. On a décliné les tailles du XXS au XXL, et à l’arrivée, sur nos listes de commandes, on a réalisé qu’il y avait pas mal de meufs qui achetaient. C’était la bonne surprise. Du coup, maintenant on s’oriente aussi vers des coupes filles.

Intéressant, pour nos lectrices !

Et puis on travaille sur des matières vraiment chouettes, genre du molleton bleu marine, des tissus rayés, des sweats, des basiques sportswear un peu sapes américaines de base, des trucs en laine…

Au niveau des points de vente, ça donne quoi ?

Sur Paris, on trouve les t-shirts Poyz and Pirlz au Lazy Dog, Citadium, chez Starcow (ils ont été les premiers à nous distribuer), Auguste. Sinon, ailleurs en France : Lyon, Bordeaux, Toulouse. En Suisse et en Belgique aussi, tiens.

Y’a un projet d’espace boutique à nous, qui se fait. Un endroit vivant où apéro, expo et vente se mélangeraient. Qhuit et Poyz and Pirlz réunis. Genre notre maison mère, pour faire venir les gens, toujours dans un esprit de famille.

Vous avez déjà vu cette fille sur madmoiZelle (le monde est petit)

Oh, et t’as un Tumblr aussi.

A l’origine, c’était censé être NOTRE Tumblr, à Matt Primeur, Drixxxé, Arthur King, Gero, Kazey et moi. Mais au final, chacun a fait son blog perso, et je me suis retrouvé à être le papa du tumblr Poyz and Pirlz. Au début, c’était surtout pour la promo des soirées et la présentation des fringues. Mais maintenant, je mets des vidéos, des images coup de coeur, des sons que j’écoute. C’est un fourre-tout de tout ce que j’aime.

Niveau musique, t’en es où ?

Je compte reprendre du service. Sortir de façon spontanée un clip, puis un morceau. Le prochain arrive début juin, si tout se passe bien. J’ai récemment repris contact avec mon ancien acolyte, Black Boul’. On n’avait pas rappé ensemble depuis 7 ans. Mais dès cet été, Triptik revient. Drixxxé, Black Boul’ et moi.

On a aussi le projet de lancer un blog de musique avec des mix gratos, pour parler un peu de nous. Les jeunes d’aujourd’hui savent qu’on est des anciens, sans toujours savoir nous re-situer. Alors que Gero a quand même été plusieurs fois champion de France DMC, Kazey a été un grand pionnier de la techno en France qui a aujourd’hui 39 ans mais en fait encore 23, Arthur King est un super bon réalisateur et graphiste, Drixxxé est le producteur de Triptik… On va essayer de remettre ça en avant. En ce moment, on est bien motivés.

On parle aussi beaucoup d’orientation sur notre forum. C’est quoi, ton parcours scolaire ?

J’ai beaucoup dessiné et peint dans mon adolescence, alors j’ai fait un bac A3. Ca n’existe plus, mais c’est un peu ce qu’on pourrait appeler une L artistique. Ensuite, j’ai fait archi pendant 2 ans et demi. C’était pas trop mon truc. J’ai arrêté pour me lancer dans Triptik.

Sinon, entre le bac et les études, j’ai fait plein de petits boulots. Je vendais quelques toiles. Et puis plus tard, je me suis mis un peu à l’infographie.

On a parlé d’Internet la dernière fois. Tu peux me re-dire ce que tu en penses ?

C’est un truc extraordinaire, mais paradoxal. Aujourd’hui, t’as l’impression que tous les jeunes sont exceptionnels. Ils déchirent tous, là où avant t’avais besoin de 15 ans de digging, un voyage à New York, un passage par les fripes de Londres, une connaissance pratique du milieu. Mais du coup, on assiste aussi à une espèce de nivellement des niveaux. Tout le monde peut prétendre à n’importe quoi, avec Internet, beaucoup de choses deviennent soudainement très accessibles. C’est à la fois complètement fou, et un peu chelou. Mais j’ai tendance à dire que si dans toutes ces personnalités qui ressortent de la toile aujourd’hui, il y a de vrais talents, c’est tant mieux. Faut juste reconnaître qu’il y a aussi du mauvais.

Ouais.

Elle est bizarre, notre époque. Mais ce que les jeunes auront au moins apporté, c’est la culture du brassage. A notre époque – ah, et je déteste dire ça, ça fait tellement vieux, on a vu l’émergence du rap et de la techno, le rock et le punk s’éteindre, le rock revenir.

Les gens aiment bien dire qu’on est  «de la génération MP3».

Et si les pointus détestent les parvenus, je dois au moins reconnaître que c’est pour ça que j’adore traîner avec les jeunes de maintenant : ils sont tous potes. Ouais, vous êtes la génération iPod.

Heyy, avant qu’on ne mange le dernier cupcake ! Dabaaz, ça vient d’où ?

Euh, je faisais de la basse. Donc un pote m’appelait Da Bass. Et puis, par déformation sonore, ça a donné Dabaaz. C’est nul.

Nan c’est drôle. Et l’étymologie des blazes, c’est souvent pété, c’est normal. Tiens, reprends une bière.

— Poyz & Pirlz // le site Internet // le magasin en ligne

Shooting vêtements : Guillaume Landry

Shooting soirées : Mamzelle & Maviou

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Worakls
    Worakls, Le 2 février 2011 à 21h18

    Trente ans après la guerre je découvre cette article.
    J'idôlatre Poyz and Girl , Dabbaz je T'aaaaime.


    SISI la Famille!

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