Ces trucs à savoir avant de rompre

Parfois, on est quitté-e, et parfois on quitte. Dans le second cas, on reçoit pas forcément autant de bienveillance. On a décidé de réparer ça en te rappelant quelques trucs à savoir avant de rompre.

Ces trucs à savoir avant de rompre

Il y a moins d’un mois, j’ai pris ma première grande décision seule : j’ai choisi de mettre un terme à une relation exclusive longue de 3 ans, pour des raisons qui me sont propres car je les avais lavées avant. Je savais que ça n’allait pas être le truc le plus simple du monde, mais je pensais pas que j’en baverais autant pour faire un truc que j’avais pourtant décidé.

Au cas où tu te retrouverais un jour dans une telle situation inconfortable, je me suis dit, entre une session de mouchage dans mes cheveux (ça les gaine, c’est bien) et un monologue intérieur les yeux fixés sur l’horizon à travers mes carreaux sales, que j’allais t’apprendre (ou te rappeler) deux ou trois trucs.

Car oui, il y a un temps pour les balades au ukulélé et un temps pour la lassitude.

Tu auras peut-être envie de le/la rappeler

J’ai toujours eu une certitude : que Justin et Britney étaient faits pour rester ensemble. Souvent, j’en ai une seconde : je suis un peu forte. Pas du genre à pouvoir supporter de partir à la guerre, mais suffisamment pour gérer deux ou trois trucs un peu relou. Pourtant, ça m’empêche pas de dérouiller sévère et d’avoir envie de rappeler mon ex à chaque moment ronflonflon.

Soit je suis drôlement concon, soit il y a un énorme travail à faire sur soi pour ne pas recontacter l’autre pour lui demander de revenir, même si tu lui souhaites une meilleure relation, même si tu te souhaites un autre genre de relation ou être seule un moment. À chaque gros coup de mou, tu risques d’être tenté-e : tu peux éventuellement finir par te dire « EH ! Je le/la rappelle et je le/la re-séduis, c’est parti, ce sera plus simple comme ça ».

Oui mais voilà : tu ne l’as pas quitté-e pour rien, et tu as probablement beaucoup plus réfléchi sur la question que tu ne pourrais le croire. En le ou la recontactant, tu prends un risque : en effet, peut-être que tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes et vous retrouverez la passion des premiers jours. Mais qu’est-ce qui ne te dit pas qu’un jour, tu te rappelleras de toutes les raisons qui t’ont poussé-e à partir, et qu’elles seront toujours d’actualité ?

C’est dur de ne pas le faire, et je ne te jugerai pas si tu agis de la sorte — après tout, j’ai failli le faire moi-même. Et je me suis souvenu de tout le respect que je ressentais pour mon ex, de combien c’était dur de l’avoir quitté une fois, alors deux n’en parlons pas. Ça aurait été cruel, et nul. Et cette personne, me détestant probablement désormais autant qu’elle m’a aimée, m’aurait de toute façon mis un vent de la force d’une tornade dans la gueule — et pour le coup, je l’aurais bien mérité.

Alors du coup, j’ai adopté la méthode Ted Mosby : je note toutes les raisons qui m’ont fait mettre un terme à notre relation, et je me les ressors dès que la nostalgie prend le dessus sur tout le reste. Ça vaut ce que ça vaut, et ça ne calme qu’un peu, mais c’est déjà ça.

Des souvenirs partout

Quand on vit de longs mois en couple avec une personne, on développe forcément tout un tas de souvenirs communs (du premier baiser au « Haha, tu te souviens de la fois où t’avais eu la gastro PENDANT ?* »). Je n’arrive même plus à faire la cuisine avec le même enthousiasme qu’avant, car mon ex était mon cobaye gustatif. Mon alimentation se compose donc actuellement de trucs crus ou de commandes livrées à ma porte. Dans un cas, c’est lassant. Dans l’autre, c’est cher.

*Dans un souci de vraisemblance, sachez que cette anecdote n’est pas tirée d’une histoire vraie – du moins, pas connue par moi-même.

Pire : la musique. Si tu as le coeur sensible comme moi, tu devras te débarrasser des chansons qui ont marqué votre vie de couple. Je sais pas si tu réalises, mais j’ai dû renoncer (temporairement, j’espère) à une partie de l’oeuvre des Shins et de Broken Bells. Ni mon palpitant ni mes tympans ne sauraient s’en remettre.

Le lavage de cerveau te permettra d’écouter sans souci la chanson de votre première pelle, qu’il s’agisse du dernier Obispo ou de Tata Yoyo.

Mais voilà : tout nous rappelle l’autre, une fois que l’histoire est finie. Un dessin, un post-it, un canapé, un bout de parquet, un poil de pubis resté coincé dans tes draps malgré le passage à la machine à laver, un trou dans le sol ou un nom de rue qui vous a fait marrer il y a longtemps… Attends-toi donc à voir surgir n’importe où, dans tes oreilles, tes yeux ou sous tes pieds quelque chose qui te rappellera l’autre et la décision presque irrévocable que tu as prise.

Malheureusement, je n’ai aucune solution pour éviter ça. Moi, j’en profite carrément pour déménager et changer de ville, mais je suis un peu lâche et tout le monde ne peut pas se le permettre.

Tu perdras peut-être un-e vrai-e pote

Être en couple avec quelqu’un, c’est bien souvent partager suffisamment pour que l’autre devienne un-e véritable ami-e, en plus d’être celui/celle avec qui tu fais plein d’autres trucs. C’est tout pareil que l’amitié, au fond : on accepte de faire avec les défauts de l’autre, les liens se tissent au fil des jours, des disputes viennent des fois jalonner le quotidien, on se confie à l’autre…

Sauf qu’on se projette parfois de manière un peu plus soudée dans l’avenir, qu’on angoisse souvent au moment de rencontrer ses « beaux-parents » et, qu’on n’est parfois pas trop vêtu-e-s.

Moi j’étais du genre à essayer de garder toutes mes angoisses pour moi, sauf quand j’étais avec mon ex. Il savait me mettre des coups de pied au séant et m’apaiser comme personne d’autre, puisque j’avais l’impression que c’était lui qui me connaissait le mieux. Je me disais que lui, ça le dérangerait pas, et c’est bien la seule personne que je ne craignais pas de gonfler sévèrement avec mes first world problems. Alors forcément, dans les coups durs post-rupture, les instants de doute, je peux plus trop me tourner vers lui pour lui demander si j’ai fait le bon choix — je suis pas sadique non plus.

Quand on quitte quelqu’un et que cette rupture n’est pas « d’un commun accord », il y a toujours ce moment bizarre où on réalise que l’autre, pour qui on ressent encore pourtant plein de choses positives et fortes, ne sera plus celui qu’on appellera en premier pour les bonnes et les mauvaises nouvelles, parce qu’on n’a plus le droit. Et ça, j’y ai pas trop pensé sur le coup et j’aurais bien voulu m’y préparer un peu plus. Sérieusement, je sais que j’ai fait le bon choix : j’aurais fini par le faire souffrir. Mais sa présence me manque cruellement.

Solution potentielle : relativiser en se disant que, célibataire, on a plus de temps pour nos potes.

Tu passeras (un peu) pour la garce

Ça, faut bien s’y attendre. Dans ton entourage, la plupart des gens devraient finir par faire confiance à ton libre-arbitre. Et puis d’autres ne comprendront pas, t’en voudront un peu et te feront passer pour Jafar, ou pire encore. Tant pis.

Tu sais pourquoi tu l’as fait, tu as probablement essayé d’être la plus claire possible avec l’autre pour qu’il ou elle ne soit pas dans le flou, et « ainsi, voilà ». Tu es suffisamment forte et mature pour faire des choix sans être jugée. S’ils ne veulent pas t’entendre, hausse les épaules et passe ton chemin. Ça ne servira à rien de faire part de tes émotions, puisqu’ils se contenteront probablement de dire que c’est ton problème, faudrait voir à pas inverser les rôles.

Malheureusement, donc, il ne faudra pas forcément s’attendre à beaucoup d’empathie de la part de tout le monde, parce que le rôle du largueur est plutôt mal vu. Pourtant, elle est assez intenable, cette place-là.

Bien sûr, c’est très dur de se faire larguer, mais quand on doit prendre la décision, c’est, je trouve, encore plus complexe. Si je compare les fois où on m’a quittée et celle où j’ai quitté, je réalise que dans les premiers cas, je reprenais vite du poil de la bête. Je souffrais beaucoup, pendant quelques temps, je me remettais en question… Et puis je revêtais mon habit de revancharde, me regardais dans la glace et me promettais de me reprendre en main, voire de faire regretter à l’autre sa décision.

Je trouve qu’il est plus facile de se reconstruire quand on se fait larguer. On n’a plus rien à perdre, on morfle, on pleure ou on crie, peut-être tout ça à la fois, mais on a un avantage : on n’a aucun choix, parce qu’on est obligés de regarder droit devant.

Quand on quitte, on a quand même une grosse responsabilité : non seulement on souffre pour les raisons précédemment citées (la perte de repères, les souvenirs partout), mais en plus, on sait qu’on fait souffrir un-e autre qui ne s’y attendait pas forcément, un-e autre qu’on aime, mais pas autant qu’il/elle le mérite, ou pas comme on voudrait l’aimer.

Il est carrément plus facile de céder à la déprime, la vraie, la grosse. Celle faite de questionnements du type « Est-ce que j’ai fait le bon choix ? Est-ce que je me pose trop de questions ? Est-ce que, si ça se trouve, c’était le bon, ou la bonne, et que mon scepticisme me l’a fait perdre ? ».

Ces questions-là, elles viendront. Moi, elles m’ont sauté à la gorge quand j’ai vu mon ex monter dans sa voiture pour partir de chez moi, et elles me quittent rarement depuis (parce que ça ne fait qu’un mois). Alors si tu es concernée, respire un coup : évidemment, que tu as pris la bonne décision, puisque tu l’as prise et que tu l’as bien retournée dans tous les sens avant.

Si tu es dans le même cas que moi, prenons-nous la main, faisons-nous des bisous, mais surtout, faisons-nous confiance. Ne laissons personne mettre en doute le fait qu’on en chie, encore moins le fait qu’on s’en remettra, et ménageons-nous.

Parce que si on a pris une décision aussi difficile, c’est qu’il y avait une raison, et qu’il faut se laisser le temps de tourner la page. Pense à ton bonheur, pense au sien, respire fort et dis-toi que ça va passer. Faisons ensemble un duo sur Si demain (je prends Kareen Antonn et te laisse Bonnie Tyler, c’est pas ma tessiture) en mimant la batterie, mangeons ce qu’on a envie de manger, regardons des films feel good sans histoire de rupture dedans et ne cogitons pas trop, juste ce qu’il faut pour retirer un peu de force de ce passage.

Bonnie Tyler, première sur la peine de coeur.

Moi pour les moments de déprime du genre « je me pâme toutes les trente secondes en chialant ma race parce que j’ai réécouté volontairement Since I told you it’s over des Stereophonics et que je culpabilise des moments joyeux que je vis parfois depuis la rupture », je me suis écrit un manifeste que j’apprends par coeur. Ça dit :

« Je soussignée Sophie me promets fidélité à moi-même jusqu’à la fin de ma vie. J’accepte de me donner encore une semaine pour me sentir vide comme un préservatif après un coït non mené à son terme : après, je me reprends.

S’agirait pas de devenir comme ceux et celles qui parlent encore de leurs ex avec des doutes dans la voix après plusieurs mois de séparation. C’est bien trop triste, parce que les amours qu’on a eues sont faites pour nous construire et nous aider à définir ce qui nous correspond, pas nous freiner dans l’avenir. Et puis, c’est pas parce qu’on tourne la page sur une histoire qu’on cesse pour autant de ne souhaiter que le meilleur à la personne avec qui on l’a vécue.

Je me forcerai à gérer cette situation au mieux. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour ne plus être que joie et gaudrioles. Je sais ce que je fais, je suis assez grande pour le savoir. J’ai pris ma première décision indépendante et autonome, sans demander l’avis de personne, et pour ça, je me couvre de fleurs et de poisson cru arrosé de sauce soja.

Je vais perdre cette habitude d’avoir toujours quelqu’un prêt à m’appeler, à me rejoindre à la moindre impression de tristesse. Il faut que j’apprenne à me débrouiller avec ça. Je ne dépendrai plus de personne et me contenterai, pour le bien de tou-te-s, de profiter de ce qu’on veut bien me donner sans demander plus.

Je ne veux plus avoir besoin d’être soutenue, mais je veux bien qu’on m’accompagne. Je me promets également de ne jamais donner plus que ce que j’ai envie de donner, d’être sincère d’un bout à l’autre, et de faire confiance à mes angoisses dès qu’elles pointeront le bout de leur groin.

Surtout, je vais apprendre à m’aimer, moi, et ne pas me contenter d’oser aimer ce que d’autres peuvent aimer chez moi. »

C’est clair qu’en plus de tout ça, c’est pas le truc le plus simple du monde d’avoir à nouveau à envisager son avenir sans personnifier personne à nos côtés, mais eh, merde : on est peut-être un peu cassées, mais on est surtout plus fortes et indépendantes qu’on ne le pense. 

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Kmarlou
    Kmarlou, Le 2 décembre 2016 à 0h56

    Je suis en phase de rupture avec mon mec... 7 ans qu'on est ensemble. on n'a jamais vécu ensemble...
    J'ai fait des erreurs et je suis incapable de me décider pour de bon, j'ai l'impression qu'au fond de moi c'est ce que je dois faire, mais j'ai un horrible ressenti parce que je me dis que un an plus tôt on aurait réussi à s'en remettre... Mais il n'avait pas envie de faire d'efforts parce que moi ...

    Spoiler: un extrait de mes délibérations

    Je ne m'étais jamais imaginé la vie sans lui (on est ensemble depuis nos 17 ans; on s'est mutuellement dépucelé, il est mon seul et unique, je suis la seule pour lui...) Et j'ai peur d'être juste dans une mauvaise phase, et que si je ne vois plus le futur avec lui c'est juste parce que je n'arrive pas à voir el futur tout court (fin des études, pas sûre qu'un job me plaise, en recherche d'emploi chez les parents... pas la joie quoi)

    J'ai peur de regretter de ne pas avoir fait assez d'efforts, mais l'impression qu'il est déjà trop tard.Qu'on ne se comprend plus et que je n'ai plus pour lui que des sentiments de tendresse et d'amitié, mais plus d'amour...

    Il me demande de lui parler de mon mal-être mais l'année dernière ça s'est exprimé par des crises de larmes et il n'a pas su gérer, ça l'exaspérait, et maintenant, mon mal-être je pense vient essentiellement du fait que j'ai peur de l'inconnu, l'avenir et que je n'arrive pas à me satisfaire de ce que j'ai... Ducoup, il n'y a que moi qui peut changer ça...

    J'avais lu cet article il y a plusieurs mois et là je viens d'y repenser et le lire m'a confirmé mes craintes et certains de vos commentaires... Je me reconnait dedans, mais je n'ai pas envie de m'y reconnaître...

    Désolée pour e pavé si y en a qui le lisent... Ca me fait du bien d'écrire.

    Ah et aussi; j'alterne depuis des moments de doutes, de tristesses et qui se chevauchent de plus en plus avec des moments où je me sens juste "vide", comme si je ne ressentai plus rien, ni douleur ni joie ni tristesse... ça me fait peur, parce que je pense que ne rien ressentir c'est ne plus vivre...

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