Manuel de communication post-coïtale

La discussion post-coïtale est un art qu'il faut savoir maitriser. Quelques pistes pour bien réussir cet exercice périlleux, par Daria Marx.

Manuel de communication post-coïtale

Intérieur nuit. Une chambre en désordre. Sur un lit défait, une jeune femme très belle et un jeune homme très beau se regardent avec tendresse. Soudain, il lui prend la main, et lui susurre les mots qu’elle rêvait d’entendre : « J’en ai jamais baisé des comme toi ». Flash.

Qu’on se retrouve sous la couette avec l’homme d’une partie de notre vie, ou que l’on vienne seulement de croiser Gérard au bal des pompiers de Nogent, les petites phrases que l’on se dit avant, pendant, et après le coït sont réglées par des codes bien précis. On ne se permet pas de déclarations endiablées au Plan Cul Régulier, et on a du mal à avouer à son Cheri Tout Mimi qu’on aimerait être traitée comme une vilaine fille de porno est-allemand alors qu’il passe son temps à nous couvrir de baisers. Le rôle que nous nous donnons peut également changer d’un partenaire à l’autre, ou même d’une humeur à l’autre : quelle fille n’a jamais juste eu envie de faire l’étoile de mer au milieu des draps et de se laisser faire, considérant à juste titre que les choses du sexe sont autrement différentes d’une comptabilité bien ordonnée. Le donnant/donnant n’existe que dans les accords commerciaux après tout, au lit comme dans la vie, chacun fait ce qui lui plaît. Ca n’empêche pas la même fille de se transformer en véritable folle furieuse, se jetant sur son mec alors qu’il se gare devant Super U. Chacun son moment, chacun son envie, ce qui compte au final c’est d’avoir la certitude d’être toujours bien reçue : rien de plus traumatisant que de se vêtir de sa panoplie de Dame Sexy, cliché fonctionnant encore superbement sur nos amis les hommes, bas noirs et guêpières à trous, et de se voir rembarrer d’un « ah nan pas ce soir, je te jure, je suis crevé ».

Pour communiquer avec nos partenaires de cascades, il y a des figures imposées, des phrases répétées par des centaines de nanas et des centaines de mecs, des gimmicks presque, hérités de nos expériences précédentes ou parfois des plus mauvais films du dimanche soir, catégorie Érotique Chic.

On ne dira pas : « j’ai vraiment eu l’impression que quelque chose de fort passait entre nous, c’était pas qu’une levrette, j’ai vraiment eu le sentiment qu’on se comprenait ». Non. D’abord parce qu’on a peur de se faire rembarrer d’un grognement approximatif, et qu’il est encore beaucoup plus facile de montrer nos fesses que d’avouer qu’on ressent quelque chose pour quelqu’un. Alors, on emploie la fameuse « j’ai jamais joui comme ça avec personne ». Ce qui n’est pas forcément vrai. On peut prendre beaucoup de plaisir, être transportée, être émue même, sans pour autant atteindre l’Himalaya de l’orgasme qui fait trembler la plante des pieds. Mais on se cache derrière ce petit simulacre pour faire passer un message : c’était bien, j’ai envie qu’on recommence, tu me plais. On ouvre le champ des possibles en rassurant l’autre sur sa performance. En espérant qu’il comprenne.

On ne dira pas « je te sens pas hyper bien là, mais je t’assure, j’ai super envie de toi, détends toi, laisse toi aller, ça va bien se passer ». Non. Parce qu’on a l’impression que nos rapports sexuels doivent toujours se faire dans la fluidité et dans la perfection. Qu’on enfile une capote d’une main tout en récitant des vers. Que toutes les positions s’enchaînent sans ratés dans un ballet digne des plus grands chorégraphes. Sauf que le sexe, comme toute activité incluant la participation de deux être humains différents, ca peut demander un certain temps d’adaptation, une phase de découverte, d’apprentissage ou d’apprivoisement. Que les corps peuvent s’entrechoquer avant de se frotter sensuellement, que les silences peuvent parfois être pesants. Alors on dit « ta bite est parfaite pour moi » ou encore « j’en ai jamais vu une aussi grosse », ce genre de mots débiles et tout faits, compliments à emporter pour réassurance facile. Le pire, c’est que ca fonctionne souvent, ca détend l’atmosphère, ca fait rire ou sourire. A éviter tout de même avec les garçons qui placent la totalité de leur virilité dans la taille de leur pénis : ils sont renseignés, ils connaissent les moyennes et les statistiques, ils visitent régulièrement les douches collectives pour s’y comparer, et vous pourriez lancer un débat sans fin qui résulterait dans l’abandon total de la poursuite de vos fesses.

On ne dira pas « Franchement c’était naze, j’ai rien senti et tu m’as malaxé comme un vulgaire pain de mastic, je comprends pas, t’avais l’air si sexy sous ta chemise ouverte en train de danser la Macarena sur la piste du Macumba ». Non. Parce que finalement, on s’en fout de ce mec. Et on ne se souvient même plus de la raison qui nous a donnée envie de lui. On sait juste qu’il est tôt ou tard, que notre mascara dégouline en mode panda triste, qu’on a des courbatures à cause des chaussures compensées en plastique, et qu’on voudrait juste s’étaler comme un gros pancake fourré dans la diagonale du matelas. Sans lui donc. On a envie de lui remettre ses chaussettes, de lui reboutonner sa chemise, et de lui montrer la porte d’entrée d’un air décidé. Mais lui, on lui a appris à être un garçon bien élevé, alors il reste là, comme un abruti, à nous caresser les cheveux de son air niais. Il n’ose pas décréter qu’il se casse, qu’il est fatigué, et qu’il a juste obtenu ce qu’il voulait. Ca ne se fait pas, tu vois. C’est un garçon bien élevé. Alors on dit « tu me laisses ton numéro et on se revoit vite ok ? Là je suis naze, en plus je bosse demain matin, laisse tomber ». Bien sur on ne rappellera pas. Et si ca se trouve, le numéro donné arrive à l’accueil du Funérarium d’à côté. Mais on reste polies dans la forme, parce que nous aussi, on a des principes. Et puis on ne voudrait pas le vexer, on pourrait le recroiser, et sur un malentendu, qui sait ?

— Illustration Timtimsia

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Voici le dernier commentaire en date :

  • MsOriginalDoll
    MsOriginalDoll, Le 27 octobre 2011 à 15h59

    Nous avec mon homme c'est simple quand c'est terminée il se lève pour allez aux toilettes pour allez jeter le... *** et pendant ce temps, on dit combien c'était super et on rigole et ça j'adore. La complicité plus forte que tout !

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