Chronique d’un repas de famille ordinaire

Les repas de famille, on peut difficilement y échapper. Parfois, ça se passe très bien et puis parfois, c'est le carnage. Alfrédette chronique un de ceux-là.

Chronique d’un repas de famille ordinaire

Le drame se passe dans une maison familiale semblable à mille autres, ornée de photos niaiseuses qui donneraient à Doisneau l’envie de se crever les yeux avec un petit four. Nous sommes au matin d’un évènement important (commémoration de la naissance du Christ, de ta petite cousine ou d’Herpès, votre caniche nain – rayer les mentions inutiles), et toute ta famille a été réunie pour partager un repas dans la joie et la bonne humeur. Tu as bien essayé d’y échapper, en prétextant que tu avais poney ou qu’Adrien Brody t’avait appellée pour tourner avec lui en Papouasie Nouvelle Guinée, mais personne ne t’a crue, et te voilà condamnée à subir drames shakespeariens et vannes dépassées depuis 1986. Parce qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer, retraçons la chronique d’un échec repas de famille annoncé.

Sont présents Jean-Jacques, 93 ans, trois dents et un monosourcil. Sa femme, Huguette, ne se sépare pas de son caniche empaillé ,qu’elle pose sur la table et appelle « Mon chéri ». A ta gauche, Kévinon et Kévina, charmants adolescents qui semblent s’être évadés de Vol a- dessus d’un nid de kikoos. À ta droite, tes parents, une multitude de cousins et trois salvatrices bouteilles de vin blanc. Après un apéro qui aura duré 3 heures, 21 minutes, 45 secondes et six dixièmes, personne dans la salle ne passerait avec succès l’épreuve de l’alcootest. Les hostilités peuvent commencer.

Acte I : l’entrée

Malgré ton bac+X, tu es reléguée à la table-des-enfants et dois subir les blagues* de ton petit cousin de six ans et moitié moins de neurones. C’est alors que, tout sourire, les membres de ta famille te gratifient d’une foule de questions qui te donnent envie de te réincarner en ver solitaire (« Pourquoi t’as pas eu tes partiels ? Va falloir que tu te trouves un bon mari maintenant. Et pourquoi t’as pas passé Normale Sup ? Moi, j’y ai été admise à ton âge. Et pourquoi tu ne postulerai pas au Figaro ? C’est bien, Le Figaro, non ? », et caetera, et caetera).

Heureusement, l’arrivée sur la table de l’entrée apaise les passions. « C’est du Lidl ? », demande Jean-Jacques. Ta mère répond par la négative : elle a passé une matinée à se battre avec des crevettes qui refusaient d’être décortiquées. « On dirait, pourtant », répond-il en se gavant de pain.

Tu bois**. Pour oublier.

*« C’est un Schtroumpf, il court, il tombe, et il se fait un bleu ». Même Patrick Sébastien n’aurait pas osé.

Acte II : le plat

Un ange passe. « Et sinon, vous en avez pensé quoi, de Hollande à la télé ? » risque Marie-Chantal pour conjurer le pesant silence qui s’abat sur la tablée. À cet instant précis, l’ensemble des convives s’apprête à vivre un drame dont l’ampleur dépasse la superficie du pôle Nord. Comme toujours, c’est l’oncle Jacques-Henri qui entame les hostilités, en rappelant à l’assemblée que « depuis que la gauche a eu le pouvoir en 81, c’est la merde en France ». Kévinon, qui a passé deux semaines à bloquer son lycée pour protester contre une réforme, manque de l’occire à coups de rond de serviette. Alors que toute la famille est sur le point de s’étriper en se traitant mutuellement de fachos, un gigot d’agneau aux haricots débarque sur la table. Chacun mastique en silence, en regardant son voisin de table avec défiance.

Tu bois**. Pour oublier d’oublier.

Acte III : le dessert

Sur la table, le gigot d’agneau n’est plus qu’un lointain souvenir. Après avoir pesté pour que les enfants débarassent la table, les ancêtres causent du bon vieux temps avec des papillons de lumière dans les yeux. Du fond de ton pré-coma éthylique (tu as sifflé une bouteille de Bourgogne – il paraît que c’est excellent pour la migraine), tu entends « les jeunes c’est plus ce que c’était », « de mon temps on n’aurait jamais permis ça », et « Internet, ça forme vraiment une génération d’incapables ». Alors que tu manques de t’endormir du sommeil du juste, une tarte aux fraise est apportée sur la table – tu es allergique aux fraises. La vie est une chienne.

Alors que le dessert vit ses derniers instants, Kévina rompt le silence et quémande auprès de sa mère la permission de sortir ce soir, espérant que la famille réunie soutiendra sa demande. « Moi, de mon temps, les filles ne sortaient jamais, ça faisait mauvais genre », persifle ton arrière-grand mère. Kévina lui rétorque qu’elle n’a pas de leçons à recevoir de quelqu’un qui a connu la guerre de 1870. Puis elle fixe ses parents avec les yeux du chat de Shrek, leur promettant, mais un peu tard, qu’elle sera plus sage dans un avenir lointain, très lointain.

Et là, c’est le drame. Les parents de Kévina refusent tout net, rappellant à sa mémoire oublieuse que son dernier bulletin scolaire était digne d’une Kardashian. Kévina crie, pleure, puis quitte la table non sans claquer la porte en criant que « de toute manière personne ne me comprend dans cette famille ». Tes aïeux évoquent avec nostalgie le temps béni où les enfants n’avaient pas le droit de parler à table.

Tu bois**, mais tu ne sais plus pourquoi.

**Rappelons que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé et qu’il ne faut le consommer qu’avec modération.

Tu as vécu un repas de famille dernièrement ? Viens nous le raconter dans les commentaires, qu’on pleure ensemble !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Buddleia
    Buddleia, Le 8 avril 2013 à 21h02

    Pardon, je débute ^^
    merci de me l'apprendre
    bonne soirée :)

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