Chronique d’une Italienne en France

Flavia a grandi en Italie, mais vit aujourd'hui en France.  Émilie Laystary a toujours vécu en France, jusqu'en 2009 où elle est partie faire une année Erasmus en Italie. La première a de quoi commenter le mode de vie français, bien perchée sur ses bottes italiennes, la seconde a pu observer la dolce vita derrière ses lunettes en forme d'hexagone. Regards croisés. (À lire aussi la Chronique d'une Française en Italie, par Émilie Laystary)

Chronique d’une Italienne en France

Cette chronique est subjective. Comprendre : elle ne revendique aucun caractère scientifique et absolutiste dans les propos qu’elle déploie. Elle n’est pas le fruit d’un travail d’ethnologue, mais propose simplement, dans une ambiance bon enfant, un screenshot second degré de ce qui fait les différences culturelles entre un pays et un autre.

1. Les Français sont des gens pressés

Avec Trenitalia, mieux vaut ne pas être du genre impatient

[leftquote]Il est hors de question pour le Français d’attendre deux petites minutes pour un métro[/leftquote]L’Italie, c’est la dolce vita, c’est bien connu. La sieste y est religion et l’on sait l’importance que les italiens accordent à la religion. Vous n’y trouverez pas un seul magasin ouvert pendant ces heures cruciales dédiées au calme et au repos. Il fait trop chaud pour travailler comme l’analyse si bien Pulco.

En revanche, la vie des Français, inventeurs de l’expression « métro-boulot-dodo », suit des rythmes bien moins nonchalants. Et le Français n’aime guère déroger à sa routine aux cadences infernales, on se demande bien pourquoi. On pourrait croire que des individus toujours au pas de course seraient ravis de pouvoir s’accorder une pause, c’est comme ça que raisonne l’italienne soussignée. Mais que nenni, il est hors de question pour eux d’attendre deux petites minutes pour un métro, il faut lutter contre les portes, les retenir, retarder tout le monde pour éviter de rester sur le quai une seconde de plus.

[rightquote]Les Français n’ont tellement pas de temps à perdre qu’ils ne parlent qu’en abréviations, tout le temps, pour tout.[/rightquote]Il faut que les trains soient à l’heure, alors qu’on sait bien qu’ils ne le sont pas, jamais. Là où l’Italien a compris qu’il ne pouvait lutter contre les forces supérieures des transports en communs et accepte de remettre son destin entre les mains de Trenitalia, même si cela signifie ne pas contrôler l’heure d’arrivée, le Français, lui, continue de se débattre et de se lamenter, comme si cela allait changer le fait que le train est arrêté à cause d’un problème technique. Les Français n’ont tellement pas de temps à perdre qu’ils ne parlent qu’en abréviations, tout le temps, pour tout. Ils sont presque perdus quand on utilise la version intégrale d’un mot : CAF, IEP, HK, ENA, ENS, RU, BU … Autant de sons au sens caché qu’il faut apprendre à déchiffrer pour pouvoir communiquer. Cool, Raoul, on ira tous au paradis, autant y arriver frais et dispo.

2. En France, la drague est un sport de combat

[rightquote]Jamais comme en France je n’ai été accostée aussi souvent, avec autant d’insistance et de persévérance.[/rightquote]On peut être choqué des sifflements qui accompagnent le chemin d’une jolie fille se promenant en Italie, mais il ne s’agit jamais que d’une marque d’appréciation. Jamais comme en France je n’ai été accostée aussi souvent, avec autant d’insistance et de persévérance. Persévérance étant le mot clé de la phrase. Peut-être qu’à force de dire aux Français qu’ils sont des grands séducteurs et les inventeurs du french kiss, et pourquoi pas de tout ce qui le précède et suit, ils ont fini par y croire ? Ou que ça les concerne tous sans exception ? Mais je tiens à dire, entendez mon appel, que non, le Français n’est pas un séducteur infaillible. Et pourtant j’ai souvent l’impression qu’on espère m’avoir à l’usure, avoir quoi d’ailleurs ? Un numéro ? Pour quoi faire ? Connaissance ? Pourquoi ne pas appeler un chat un chat et accepter mon refus poli mais définitif ?

Las, combien de promenades le long de la Seine et de voyages en métro ainsi perdus ! I have a dream, qu’un jour on comprenne qu’une femme qui se promène ou bouquine au soleil sur une chaise longue aux Tuileries n’est pas en train d’attendre qu’on vienne la cueillir telle une rose ronsardienne, mais est tout simplement en train de se promener ou de bouquiner au soleil sur une chaise longue aux Tuileries, épicétou.

3. Les Français gardent leurs distances

[rightquote]Toute relation humaine commence avec le vouvoiement, quasi inexistant en Italie[/rightquote]Je sais, ce point 3 est en contradiction totale avec le point précédent. Comme quoi, les relations humaines ne se limitent pas aux relations de séduction, non non non. Rien à voir avec la météo, quoique, mais les Italiens sont des gens très chaleureux. Et les français, bah c’est pas pareil on va dire. C’est comme ça, que voulez-vous ma petite dame. Ça commence avec le vouvoiement, quasi inexistant en Italie, ou alors réservé aux personnes à qui l’ont doit particulièrement le respect – en gros, le Pape. Et à quoi sert le vouvoiement, si ce n’est à souligner avec insistance le fait que les interlocuteurs n’ont pas élevé les cochons ensemble ? Le Français est quelqu’un de plutôt fermé, qui parle plus volontiers de banalités et de météo que de lui-même. C’est pas sa faute hein, on l’a élevé comme ça, il croit que se rapprocher des gens est malpoli. C’est peut-être pour ça que le Français n’a que le puissant « je t’aime » alors que l’italien possède une large palette d‘expressions traduisant l’appréciation d’une personne qui n’est pas un amant. Ainsi, c’est sûrement à force de parler des récents évènements politiques qu’il se retrouve à faire si souvent grève. D’ailleurs, voici qui m’amène directement à mon point suivant :

4. La grève, le passe-temps officiel

[rightquote]On envie cet état de révolte continue depuis que notre pays est bercé par le ronronnement des médias berlusconiens[/rightquote]Le Français se plaint, c’est un peu son état naturel, quand il ne fait rien d’autre de particulier, il se plaint. D’ailleurs, les Français sont même les gens plus pessimistes au monde à en croire certains récents sondages. La grève en est la conséquence naturelle. Entre les grèves et les 35 heures, les RTT et le chômage, comment le pays avance, et a fortiori comment il se retrouve à avoir le meilleur taux de productivité du monde, c’est un mystère plus mystérieux que le plus mystérieux des mystères (qui est le suivant : pourquoi George Clooney a-t-il demandé à Elisabetta Canalis de l’épouser alors que j’étais disponible ?). Cet amour de la grève fait beaucoup sourire les italiens qui cherchent n’importe quelle occasion de ne pas parler de leur situation politique personnelle. En même temps, on envie cet état de révolte continue depuis que notre pays dort, bercé par le doux ronronnement des médias berlusconiens… à tel point que même les soupçons de pédophilie et de prostitution ne perturbent personne, à part moi qui ait du mal avec le fait que la dernière petite copine du Berlusconi ait pile mon âge. Beurk. Il faudrait que le Cavaliere se révèle être homosexuel ou sans botox pour (peut-être) choquer. En France non, en France on se révolte pour son droit à la retraite, pas pour son droit à avoir un gouvernement de stripteaseuses et de vieux siliconés. Forcément, ça impose le respect, un peu (mais je conseillerais bien un p’tit coup de bistouri à deux-trois ministres quand même…).

5. Les Français aiment la France

[leftquote]C’est étonnant pour un Italien de voir que le Français ne tient pas particulièrement à quitter la France[/leftquote]L’Italien est traditionnellement un migrateur et naît donc avec l’idée que partout ailleurs c’est mieux que chez lui. Il est donc étonné de voir que le Français ne tient pas particulièrement à quitter la France. Il est même très attaché à son pays. Certes, on l’a vu, le Français aime se plaindre, et se plaît à trouver des défauts à sa mère patrie pour alimenter sa complainte infinie. Mais c’est toujours en sachant qu’il est fondamentalement chanceux d’être français. Ce patriotisme est souvent perçu comme de la prétention, difficile de faire comprendre à un Français que sa façon de faire n’est pas toujours la bonne – même quand il s’agit de temps de cuisson des pâtes, pourtant on pourrait croire qu’une italienne serait plus calée en la matière que quelqu’un qui « est allé à Rome une fois » mais non, c’est eux qui savent comment on cuit des pâtes, avec leur stupide huile d’olive dans l’eau de cuisson nan mais de qui se moque-t-on ? Bref, ce que le reste du monde appelle « prétention », nous l’appellerons plutôt « un amour profond de la France », ce qui est nettement plus flatteur, n’est-il pas ?

Allez, maintenant que vous avez lu cet ingrat papier plein de clichés sur les clichés des Français, allez vous venger sur nos voisins de la Botte en lisant la Chronique d’une Française en Italie. La défense a elle aussi le droit à la parole.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Pantoufle
    Pantoufle, Le 7 février 2011 à 18h16

    NimeY;2025400
    Personne n'a pris la mouche..Les gens ont émis leurs avis de façon assez posée je trouve.


    L'article rassemble des clichés/vérités souvent ressassées sur les Français donc je n'ai pas été ni surprise ni choquée. Il y a une part de vrai dans la plupart des points, sauf le patriotisme et la drague je dirais.
    Peut être qu'il y a du chauvinisme chez les générations plus âgées mais pour les moins de 40 ans je ne trouve pas..surtout chez les jeunes, obnubilés par la culture anglo-saxonne et qui font un complexe d'infériorité vis à vis d'elle, qui pensent que l'herbe est forcément plus verte ailleurs et veulent aller vivre à New York ou Londres..Quand je dis que je suis heureuse de vivre en France, d'être Française et que non être bilingue en anglais n'est pas mon but ultime dans la vie, on me regarde souvent avec des yeux ronds.

    Ensuite pour la drague, je ne trouve pas les Français très dragueurs. Je sens que je vais me faire taper dessus mais j'y vais quand même : selon mon ressenti, les plus dragueurs/relous sont souvent ceux qu'on appelle les wesh-wesh, caillera, etc (et les clodos cela dit). Souvent ils sont nés en France certes mais ils sont élevés dans des cultures et pratiques parfois différentes des pratiques françaises traditionnelles. Donc je ne trouve pas ça vraiment représentatif du français de base.

    En revanche c'est assez vrai que les gens sont assez refermés ici, enfin à Paris en tout cas, à la campagne je trouve que les gens sont en général plus chaleureux.

    C'est vrai je trouve que dès qu'on critique une critique (oula pas terrible ma phrase :cretin:) sur la France, on a droit à des "Oula ça s'énerve dès qu'on critique la France hein :winky:" ou on se fait taxer de chauvin, alors que c'est pas forcément de la fierté mal placée, c'est juste un avis quoi, faut faire avec.
    En gros j'ai l'impression qu'il n'y a que des chauvins ou des gens qui taxent les autres de chauvins, on a vite fait le tour.

    Enfin c'est vrai c'est un truc qu'on retrouve souvent sur les discussions sur Paris aussi, si quelqu'un dit "Paris c'est pourri parce que ça, ça, ça" et que t'as le malheur de dire "Bah sur ce point là je ne suis pas d'accord", ça part souvent (pas toujours hein, attention pas de généralités :cretin:) en couille "Ouais les parisiens, chauvins, jamais contents, râleurs, c'est Paris alors forcément c'est géniaaaal". Non. Mais c'est pas non plus forcément pourri parce que c'est Paris. Bah pour la France c'est pareil on est pas obligé de la trouver géniale (parce qu'elle ne l'est pas), mais on a bien le droit d'en dire du bien de temps en temps non ?

    Donc voilà je râle :cretin:.

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