Chronique d’un anniversaire ordinaire

Avoir un an de plus, ça implique parfois d'écouter la Macarena, de boire trop de champagne et d'aller visiter un musée défraichi. Alfrédette vous détaille heure par heure une journée d'anniversaire ordinaire.

Chronique d’un anniversaire ordinaire

Minuit : Après un long décompte, la petite aiguille a enfin dépassé la grande, et le jour béni de ton anniversaire a enfin sonné. C’est officiel : tu as désormais 19 ans (ou plus, ou moins, hein, ne chipotons pas). En frétillant de joie comme une gamine à laquelle on aurait offert une Barbie-femme-chagasse, tu franchis gaiement la porte de ton appartement pour ripailler et festoyer comme il se doit.

0:10 : Appâtés par la perspective de l’alcool facile, tous tes potes t’attendent gaiement au bar à champagne le plus décadent de la ville. Ils crient ton nom en dansant la Macarena : cet anniversaire commence sous les meilleurs auspices.

0:30 : Tu as bu plus de champagne en un quart d’heure qu’en un an, et la voix de la raison qui te souffle à l’oreille que l’alcool est dangereux pour la santé devient progressivement aphone. La patronne de la taverne en laquelle tu te dévergondes passe du Patrick Sébastien. Cette soirée est merveilleuse.

1:30 :  Tes talons te font trop mal aux petons. Tu les offres généreusement à un passant mâle, en l’incitant à voter Arlette Laguiller. Malheureusement, tu es filmée.

2:00 : Tes fidèles compagnons t’accompagnent jusqu’à ton appart, et tes pieds sont toujours aussi nus qu’une forêt en hiver. L’alcool te rend poète. Tu jures de ne plus JAMAIS boire autre chose que des menthe à l’eau.

7:00 : Ton juste sommeil est vilement écourté par un SMS de ta génitrice, qui te souhaite un bon anniversaire. C’est officiel : ta mère ne t’aime pas.

7:15 : Alors que tu rechutais laborieusement dans les bras de Morphée, un autre traître SMS t’a électrocuté : ta soeur de 14 ans te dit quelque chose comme « kikoolol bon anniversaire hihi ». C’est officiel : ta famille te hait.

9:00 : Ton cher et tendre te réveille en t’apportant un jus d’orange pressé au lit. Tu as décrété qu’en ce jour béni, tu ne ferais rien de rien. Tu envisages d’avoir plusieurs anniversaires par an.

10:00 : L’élu de ton coeur t’emmène dans un endroit merveilleux dont il te réserve la surprise. Derrière le foulard avec lequel il t’a bandé les yeux, tu imagines l’endroit de rêve vers lequel il t’emmène : Venise ? Rome ? Porto ? Tahiti ? Les Seychelles ? Saint Barth ? La Papouasie Nouvelle Guinée ?

10:30 : La voiture cesse sa course, et une persistante odeur de vase envahit ta cavité nasale. Jules, tout heureux, t’ouvre la porte, en te souhaitant la bienvenue à Bergues-Plages. Tu te promets de l’emmener à Flines-Les-Râches pour ses vingt ans.

11:00 : C’est aux marché aux puces hebdomadaire que Jules a trouvé le cadeau d’anniversaire de tes rêves : une carafe en forme de phallus, d’un goût exquis.

12 : 00 : Rivée à l’écran de ton Nifoune, tu fais le décompte des bonnes âmes qui ont pensé à ton anniversaire, et des gueux qui l’ont oublié. Même ton boss y a pensé. Tu voues les oublieurs aux flammes de Satan.

13:00 : Jules t’a offert un délicieux Turbot. Alors que tu savoures la chair fraîche du poisson, un ostrogoth se plante en face du restaurant des flots bleus, secondé d’une arme de destruction massive : un accordéon relié à des amplis. Il commence à massacrer « L’histoire d’un amour ». Puis « Les feuilles mortes ». Puis « Besame Mucho ».

13:05 : Jules kiffe. Tu le soupçonne d’être sourd, L’ostrogoth continue. Tu pries pour l’intervention divine de Claude Guéant, et songe sérieusement à te crever les tympans avec un cure-dent.

13:06 : Toi présidente de la république, tu interdiras l’accordéon. Sauf à Yvette Horner.

13:10 : Les fausses notes du joueur d’accordéon en herbe te rendent nostalgique. Désormais, tu peux dire quelque chose comme « Je me souviens, il y a quinze ans »,  ou « moi aussi quand j’avais ton âge« . Tes vieux jouets croupissent dans un carton mangé aux termites. Le petit frère que tu as tenu dans tes bras, alors qu’il sortait tout juste du ventre de ta mère, entrera bientôt au collège. Tu ne dors plus avec un doudou, sauf s’il a des piles. Bref, tu es devenue vieille. Tu commandes un triple-sec.

13:20 : Tu repenses à toutes ces choses qui, auparavant, étaient teintées d’une délicieuse aura d’interdit : boire de l’alcool sans monter sur la pointe des pieds pour duper le barman, aller en boîte danser sur du Magic System, attendre une lunaison avant de faire ta vaisselle du mois, entre autres. Trop de nostalgie tue la nostalgie : tu commandes un autre triple-sec.

14:00 : Jules, qui n’est jamais à l’abri d’une bonne idée, continue sa tournée de surprises, et t’emmène au pittoresque musée du lacet et de la semelle.

14:30 : Toi présidente de la république, tu interdiras tous les lacets. Et toutes les semelles.

15:00 : Tu comptes les gens qui te disent bon anniversaire sur Facebrother et Touiteur. Ton ego est content.

16:00 : Cdiscount t’envoie un mail automatique avec 5 fautes d’orthographe dedans pour te souhaiter ton anniversaire. Et t’offre généreusement un bon de réduction de 7 euros. Tu te sens vieille. Vieille et riche. Pour un peu, on t’appellerait Lilianne.

19:00 : Tous tes amis débarquent dans ton mignon 18 mètres carrés. Jules a effectué un périple jusqu’à Carrefour pour aller te chercher le graal du gâteau : le trianon, délicieuse pâtisserie qui te fera prendre une taille en 2 minutes.

20:00 : Il y a du foie gras et du champagne Lidl. Tes potes regardent sur internet comment on chante « bon anniversaire » en japonais.

21:00 : La voisine dessus tape sur son plancher avec un balai. Tu prends cela comme une vibrante déclaration d’amour.

22:01 : La maréchaussée, plus ponctuelle qu’une lettre de rappel des impôts, te somme de cesser tes nuisances sonores nocturnes.

23:00 : Tous tes amis sont partis, laissant à peu près deux mètres cube de vaisselle. La prochaine fois, tu prendras des mignonnes petites assiettes en carton, et tu feras boire du Champomy à tout ce beau monde.

23:55 : Tu profites des ultimes minutes de ton anniversaire. Tu te sens si vieille que tu te couches à minuit, le coeur heureux et l’appartement dans un état hiroshimiesque : demain est un autre jour. Selon les mayas, cet anniversaire est le dernier. Autant en profiter, non ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Leina-2
    Leina-2, Le 15 juin 2012 à 16h39

    J'ai toujours détesté fêter mon anniversaire, la traditionnelle chanson d'anniversaire en classe que je devais subir une fois par an me filait des sueurs froides, et j'ai éclaté en larme en découvrant la fête surprise de mes 8 ans ( et c'était pas des larmes de joie..) :facepalm:..
    Généralement je déprime le jour de mon anniversaire, je reste chez moi, j'écoute de la musique triste ( mon chat sur mes genoux.. cliché? Mais pas du tout ), des fois je me motive pour aller à une soirée mais je déteste être au centre de l'attention.
    Je suis une grosse rabat joie :stare:

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