Comment choisit-on son âme soeur, selon la sociologie

Diantre ! Mais qu’est-ce qui nous pousse à bécoter celui ou celle que l’on bécote ?! Voilà ce que je me suis demandée, en entendant mes voisines de plage s’interroger à propos de Xavier, qui avait une bonne plastique mais qui restait tout de même un peu gnan-gan… Ça arrive à tout le monde, et […]

Diantre ! Mais qu’est-ce qui nous pousse à bécoter celui ou celle que l’on bécote ?! Voilà ce que je me suis demandée, en entendant mes voisines de plage s’interroger à propos de Xavier, qui avait une bonne plastique mais qui restait tout de même un peu gnan-gan…

Ça arrive à tout le monde, et toi aussi, tu as pu te réveiller de trois mois d’amour, de Pulco Citron 0%, de « Pamela is in relationship with Martin » et autres statuts Facebook énamourés.

Un jour, Martin a fini par faire la boulette ultime (manger de la purée avec du pain, se mettre le doigt dans le nez en conduisant), et tu t’es mise à hurler intérieurement « p’tain, mais pourquoi je suis avec ce naze ?! ».

Et ça, c’est notre question du jour : grands dieux, comment choisissons-nous notre conjoint ? Est-ce vraiment le hasard, le destin et son « parce que c’était lui, parce que c’était moi » ?

Officiellement, nos sociétés ne font obstacle à aucune union, et semblent même marquées par la liberté des choix individuels, la diversité des comportements et même pire : l’injonction d’être soi, l’obligation morale de se tripatouiller le nombril à la recherche de la vérité sur notre Nous profond (sur ce sujet, voir l’excellent Fatigue d’être soi, A. Erhenberg).

Rien de surprenant, donc, à ce que les candidats de Koh-Lanta décident d’aller dormir au milieu des serpents et de faire le pied de grue des heures durant sur un poteau : ça leur permet de se connaître à mort. Rien de surprenant non plus à ce qu’une candidate de L’amour est aveugle puisse asséner « moi ? J’adore la psychologie, j’adore les tests, je me connais par cœur, quoi » (oui, je regarde beaucoup la télévision).

Malgré cette ambiance « soyons donc nous-mêmes », nos parcours ne sont pas neutres et restent orientés par notre environnement social et familial, notre « habitus ».

Nous sommes censés être libres et pourtant nos choix restent dictés par des contraintes invisibles (et intériorisées), ce qui n’est pas sans rappeler le concept de psychologie sociale de « soumission librement consentie » : nous sommes d’autant plus obéissants que nous sommes « libres de ».

Grosso modo, si dans Secret Story, la blonde un peu jetée avait voulu pécho le joli basketteur, elle aurait certainement pu passer par le : « ah mais moi je m’amuse ah ah ah, mais enfin bon, si toi tu es plus sérieux c’est bien, mais enfin tu es libre hein ». Et ça l’aurait collé direct dans ses filets. Comment ça, ça s’est passé ?

Dans le cas qui nous intéresse, puisque nous sommes libres de nous unir avec qui l’on veut, nous choisissons quelqu’un qui nous ressemble, qui diffère modérément, ce qui aboutit à une « homogamie sociale » : nous sélectionnons des partenaires qui nous rejoignent sur le plan social, culturel ou professionnel.

JLo garde sa serpillère sur elle H24 (Coup de Foudre à Manhattan)

Selon François de Singly, cette recherche n’est ni consciente, ni systématique et vient plutôt de contraintes « extérieures » : si finalement n’importe qui n’épouse pas n’importe qui, c’est peut-être d’abord parce que n’importe qui ne fréquente pas n’importe qui et ne le fait pas en n’importe quel lieu. Et ça fait beaucoup de n’importe, je sais.

Autrement dit, même dans une société en mouvement, certaines trajectoires ne se croisent jamais.

Loin des yeux, loin (tout court)

Le premier obstacle majeur identifié, donc : la distance physique. Avec le constat purement statistique qu’un breton se reproduit bien plus souvent avec une bretonne qu’avec une monégasque. Et celui que finalement, le partenaire est « découvert » plus que choisi dans les lieux que l’on fréquente.

Dès lors, Bozon et Héran (et nous) distinguent trois univers :

les lieux publics, où les membres des milieux populaires se rencontreront en majorité (la rue, les commerces, les cafés, les quartiers…) – tenez-vous donc prêt à dégainer du sourire charmeur en toute circonstance, Il ou Elle peut être partout.
les lieux « réservés », qui font déjà l’objet d’une sélection sociale et dont l’accès est symboliquement ou matériellement contrôlé (lieu de travail, lieu d’études, associations…), qui verront naître les idylles entre « classes supérieures à capital intellectuel» – vous, vous aurez le droit de vous curer le nez dans la rue, l’Elu(e) ne vous attendra qu’au Club Badminton.
les lieux privés, qui sont essentiellement composés de la famille et des amis… qui statistiquement aideront les cadres du privé, patrons ou professions libérales à perpétuer l’espèce – eux, ils peuvent se curer le nez partout sauf à la maison, quelle plaie.

Tu comprends bien qu’il va falloir établir une stratégie géographique pronto pour trouver « le » petit veinard potable qui partagera notre couche…

Les catégories de perception

L’histoire se corse lorsque l’on s’intéresse à l’autre facteur principal de « sélection du conjoint » : les catégories de perception, qui sont tout bonnement des procédures de classement, à l’image de celles utilisées pour choisir une habitation, un loisir… A la différence près que l’on applique le procédé à un individu.

Pouvoir « étiqueter » pour comprendre la réalité nous rassure ; et pour définir l’autre, nous avons recours à des « réflexes », des raccourcis de pensée qui nous permettent de simplifier la réalité sociale.

Ces processus de catégorisation varient d’un groupe social à un autre, d’un sexe à l’autre…

Une pute + un milliardaire : MAIS DE QUI SE MOQUE-T-ON ?

Une nouvelle fois, on préfèrerait épouser en majorité celui/celle qui ne perturberait pas trop notre « habitus », quelqu’un qui s’accorde avec notre langage, notre comportement, notre code vestimentaire ou culturel (bientôt, les mariages entre blogueurs mode… à vos pronostics).

Le recrutement

Une fois que nous aurons bien trouvé Martin, notre proche géographique et social, tu penses bien que le casse-tête n’est pas fini, et que le recrutement de la personne qui aura la chance inouïe de nous préparer le cassoulet n’est pas fini…

Et alors là, les madmoizelles, on reste flex, les constats sont édifiants (Pawlowski et Koziel, 2002)1.

Pour pécho de l’homme, il faudra donc :

– ne pas avoir été mariée (faudrait pas non plus tomber amoureux d’une femme de seconde main, le mythe de la jeune jouvencelle fait toujours fureur),
– avoir un niveau d’éducation relativement bas (ne pas avoir fait d’études, c’est mieux pour pratiquer la position de faire valoir et exceller en plante verte)
– présenter un IMC proche de la perfection (faudrait voir à se tenir en forme, les plantes vertes se doivent de bien présenter),
– paraître jeune (la plante verte mettra plus de temps à flétrir)
– être d’une taille petite ou moyenne (c’est pas la plante verte qui va porter la culotte symboliquement, hein)

J’aimerais te dire qu’à ce stade-là du post, moi aussi j’ai envie de coller un pain au Super Y qui partage ma vie, en lui hurlant que lui aussi, il va flétrir, HA.

Malheureusement, point de légitimité puisque chez les femmes, les réponses sont tout aussi mirobolantes et que pour être un mec vraiment bon-pour-le-couple, tu devras :

– avoir été marié (autrement dit : avoir été entraîné au préalable, faudrait voir à pas se refarcir l’éducation sexuelle),
– être diplômé (pour nous en mettre plein les mirettes, et accessoirement pouvoir se gargariser devant les copines « moi, mon mec, il… »)
– avoir des revenus confortables (restons pragmatiques : qui va devoir payer l’eau pour arroser la plante verte ?)
– être d’âge mûr (un syndrome Georges Clooney : grisonnant, ok, mais avec le corps d’un apollon grec)
– être grand (pour porter la culotte symbolique, hihihi).

Je vous le dis : on est mal barrés, les gars.

Mais, ô joie, tout n’est pas perdu, les chercheurs nous aident à trouver des subterfuges grâce à :

Nos fringues et notre incroyable sens de la mode. Guéguen, en 2007, a porté son attention sur l’apparence vestimentaire des femmes et le jugement des hommes : si vous êtes habillée avec un bustier et une jupe mi-courte, vous mettrez en moyenne moins de cinq minutes à vous faire aborder. En revanche, le combo jean-pull ne vous ramènera le chaland qu’après vingt pénibles minutes…Et évidemment, les hommes ensuite interrogés évaluaient avoir plus de chances de sortir et/ou coucher avec la demoiselle en tenue « sexy » …

Nos animaux de compagnie. Guéguen (toujours lui) et Cicotti (2008), se penchent sur « le pouvoir de séduction des chiens » et confient à un jeune garçon la misson d’aborder puis d’obtenir le numéro de jeunes filles dans la rue. Avec un chien (lambda : sans race, taille moyenne, poils mi-longs…), le taux d’acceptation (donner son numéro de téléphone) était de 30% (vs. 10% sans chien), et semblait en plus faciliter l’interaction…

La vérité, c’est que Walt Disney nous a menti. Choisir celui ou celle qui errera dans les mêmes chemins tortueux que nous passerait pas trois processus : la sociabilité, le jugement (et des catégories de perception) et le recrutement.

Rappelons malgré tout que les expériences ci-dessus ne font part que d’une partie des processus et ne relatent que des constats de « majorité », sans nier l’existence des cas minoritaires (Ashton Kutcher et Demi Moore)… Sans compter qu’aujourd’hui, envahi par les nouveaux modes de relations (réseaux sociaux numériques en tête), l’ordre des choses pourrait bien être modifié.

N’empêche que maintenant, on comprend mieux le phénomène Garance et Scott (presque).

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ociane
    Ociane, Le 24 mai 2013 à 18h18

    J'ai une question concernant la partie "recrutement" : ces critères proviennent d'un sondage pour l'étude de Pawlowski et Koziel, c'est bien ça ? Parce que l'étude qui date de 2002 est donc très récente et c'est étonnant de voir de tels critères de sélection à notre époque. Du coup, j'ai peur d'avoir mal compris, je pensais que l'article critiquait ces deux chercheurs (sociologues ?).

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