Cabaret vert 2012 : le report avec des conseils dedans

Ce weekend, Sophie-Pierre Pernaut festoyait au Cabaret Vert, un éco-festival qu'il est bien pour s'y rendre. Elle vous raconte.

Cabaret vert 2012 : le report avec des conseils dedans

Écologique, peu onéreux avec une ambiance bon enfant : c’est par ces quelques mots que je résumerai le Cabaret Vert, ce festival où j’ai passé le week-end à manger des frites, boire des coups avec modération et écouter de la musique pendant qu’une bonne partie de la population française s’explosait les esgourdes à Rock en Seine. Le festival est encore tout jeunot puisqu’il n’en est qu’à sa huitième édition. Une jeunesse qui se ressent dans l’ambiance et les toutes petites failles au niveau de l’organisation, prouvant que les responsables sont probablement les premiers surpris par leur succès. Pour vous, j’ai décidé de faire un report de cet évènement musical que j’ai ma foi fort bien apprécié (et où j’ai pourtant accumulé les bourdes techniques).

Jour 1 : avec des Dandy Warhols mous de la compresse, Skrillex et de l’eau dans les fesses

C’est aux alentours de 16h que mes copines et moi sommes arrivées sur le camping en soufflant comme des boeufs asthmatiques avec nos tentes, nos fringues et nos courses à bout de bras. Nous étions à notre avantage, ayant chacune longuement réfléchi à quelle tenue nous mettrait le plus en valeur tout en nous permettant de nous mouvoir confortablement. Erreur technique numéro 1, nous nous sommes fiées à Météo France qui nous annonçait que le temps serait au gris souris avec à peine quelques pluies éparses le week-end. Aucune d’entre nous n’avait donc prévu qu’un k-way serait nécessaire. C’est donc en toute confiance que nous avons rejoint d’autres festivaliers que nous connaissions pour écouter les Dandy Warhols avec eux. Les cheveux propres, dégageant une bonne odeur de shampooing à chaque mouvement de tête, la peau impeccable et les yeux maquillés, nous nous sentions bien sous le soleil, posant pour des photos où nous avons l’air plus fraîches qu’une daurade encore gigotante sur la proue d’un bateau de pêche. Les bras levés vers le ciel et les genoux fléchissant en rythme, j’essayais d’oublier que le concert des Dandy Warhols était une grosse déception tant par le son (malgré mes oreilles encore vierges de cérumen, il m’était impossible d’entendre la voix de Courtney Taylor-Taylor) que par le manque d’énergie dont semblait souffrir le groupe à qui j’aurais bien tendu un Guronzan dilué dans de la boisson à la taurine.

C’est donc très motivée que j’ai pris le chemin de la scène Les Illuminations pour découvrir en live La Femme, un groupe de rock français dont j’avais écouté quelques morceaux quelques heures avant de partir au Cabaret en me disant « je m’arrête là, parce que je me garde le plaisir de découvrir leur univers en live ». La déception fut cuisante quand j’ai réalisé, sur le chemin, que la pluie fine qui s’abattait alors depuis quelques minutes se transformait en véritable torrent. En cinq petites minutes, je fus trempée jusqu’au fond de mon slip, l’averse étant si forte qu’une goutte tomba dans mon verre de bière dont quelques centilitres ont giclé dans mon oeil gauche qui s’en souvient encore.

Ce chien, mouillé jusqu’à l’anu, est en train de réaliser que Charleville-Mézières n’est pas Coachella.

Intermède conseil #1 : Une tente étanche et un k-way il vous faudra prévoir. Et tant pis si personne vient vous streetstyler.

J’ai donc complètement raté La Femme, et c’est franchement bien dommage parce que La Femme, c’est bien :

Sous cette apocalypse des cieux, j’ai couru me réfugier sous ma tente en me protégeant avec ma veste absolument poreuse (c’est le niveau ++ de la perméabilité), couverte de boue du bout de la botte jusqu’au début de mon short.

Cependant, la pluie – cette petite pouffie – qui avait choisi de continuer à tomber pendant une grosse partie du concert de Birdy Nam Nam a attendu l’heure du concert de Skrillex pour se calmer et remplacer le ciel noir et liquide par un monochrome gris. J’étais particulièrement déçue, puisque je voyais dans le torrent un échappatoire à ce show qui ne me disait rien de bon. Le coeur plus lourd que ma tête après 3 minutes à avoir écouté du drum and bass, j’ai suivi mes copines très enthousiastes à l’idée de bouger-bouger sur l’électro du DJ à la side-cut non sans passer quelques minutes devant JoeyStarr. C’est probablement le concert que j’ai le moins aimé du week-end, et ce dès le départ : à moins de 5 minutes du début, un compte-à-rebours s’est mis en marche. Étant du genre à voir de la prétention partout, j’ai trouvé ça bien présomptueux. Mon état d’esprit pendant le reste du spectacle se divise en plusieurs parties :

  • La phase de curiosité : « C’est nouveau, j’écoute, j’essaie de m’inspirer des gens pour danser de manière un peu moins ridicule »,
  • La phase dite de regarder la réalité en face où je réalisa combien j’avais l’air stupide en remuant mollement la tête et en fléchissant les genoux en rythme avec le regard vide,
  • Le fléchissement de la motivation : « Il est quelle heure là ? »,
  • La phase de déni : « J’aime bien ce morceau, c’est drôlement cool dis donc »,
  • La phase d’ennui : « Je m’ennuie un peu »,
  • La phase de gros ennui : « J’ai l’impression d’écouter du Cascada tellement je m’ennuie »,
  • La phase de non retour : « Je veux mourir ».

Cependant, je dois ajouter que les amateurs du genre ont trouvé Skrillex vraiment très bon car tout le monde n’est pas aussi hermétique qu’une bâche Leroy-Merlin face à ce genre musical.

Nuit 1 : du sol tout dur et des cris dans la nuit

Certains aiment rentrer chez eux après une grosse journée de festival ou se prennent une chambre d’hôtel pour être sûrs d’être en forme le lendemain. Je ne suis pas de ceux-là. Pour moi, un vrai festival est un festival où on traîne dans la boue et où on s’assoit par terre avec le même pantalon, où on dort deux heures par nuit à cause des gens qui hurlent « APÉRO » jusqu’à 10h du matin, à même le sol dans une tente qui sent l’humidité et la vieille côtelette avariée – avec, évidemment, pour seul lien avec l’hygiène des lingettes pour bébé et un gros coup de déodorant le matin venu.

C’est d’ailleurs probablement pour cette raison que j’étais restée trois ans sans refaire un festival, oubliant du coup combien j’aimais ça. J’ai profondément apprécié ces trois jours passés au Cabaret Vert, et, pourtant, je dois vous avouer qu’à un moment, j’ai pleuré. J’ai pleuré de douleur et de désespoir quand j’ai attendu trop longtemps pour me motiver à aller vider ma vessie et que j’ai réalisé qu’il me faudrait faire une bonne heure de queue avant de pouvoir la soulager. Quand je me suis installée dans la file, je suis en plus tombée derrière des gens qui déblatéraient sur « le bonheur de pisser » et sur l’attente qui se profilait à l’horizon. Mes cuisses croisées, le buste penché en avant, les sourcils froncés, la sueur gouttant le long de mon visage, j’ai commencé à délirer et à rêver de relâcher mes muscles vulvaires comme un enfant qui souille son lit. C’est en boitant rapidement à l’image d’un chien à deux pattes qui veut jouer avec ses congénères totalement valides, une main serrée contre mon ventre, que j’ai quitté la file pour aller me soulager à côté de la tente de festivaliers qui prenaient l’apéro. Ce fut un tel soulagement que j’ai, encore aujourd’hui, la certitude d’avoir vécu un des plus beaux moments de ma vie.

Et pas un seul amateur d’urophilie…

Intermède conseil #2 : Votre vessie vous délesterez régulièrement, par pure précaution. Plus dangereux, vous pourrez aussi refuser toute ingestion de liquide pendant la durée du festival.

Le samedi et des grosses kiffouzes dans tous les sens

Le samedi, après une bonne douche (non), quelques heures passées à remplir à nouveau ma vessie tout en discutant dans l’herbe, à partager des bières et du taboulé avec  les voisins de camping, c’est avec un enthousiasme beaucoup plus soutenu que la veille que je me suis rendue sur le site pour les concerts. Dans le but de digérer mon repas fait de chips, je me suis jetée sur le sol pour écouter une répétition d’About the girl en regardant les gens qui regardaient eux-mêmes une fille en train de sombrer dans un coma éthylique avec un grand sourire béat (le même que j’arborais quand j’ai combattu ma pudeur pour aller uriner à côté des tentes, en fait).

Un peu plus tard, j’étais loin d’être convaincue en allant m’installer à gauche de la régie pour aller voir Orelsan sur scène, pleine de préjugés dont je n’avais pas réussi à me débarrasser. C’est désormais chose faite : le bougre est vraiment bon, ses titres sont accrocheurs, ses paroles parfois cruelles, parfois très drôles, et il interagit véritablement avec son public. On sent qu’il est heureux d’être là et son plaisir est largement communicatif. Cette petite heure, qui m’a semblé minuscule – malgré le mec devant moi qui sautait dans tous les sens pour presque toujours atterrir sur mes pieds – a suffi à me convaincre de me pencher largement plus sur le travail du petit.

Le concert que j’attendais le plus, c’était probablement celui de Franz Ferdinand : il faut dire aussi que le groupe écossais a accompagné la plupart de mes journées passées au lycée et que c’est à travers leurs chansons que je me suis mise à aimer la langue anglaise. Les voir sur scène, au milieu de 20 000 autres personnes presque aussi enthousiastes que moi, c’était l’assurance de renouer avec mes 15 ans (à l’image de Flo face à Green Day, à Rock en Seine).

Comme j’ai pas mal de chance, ils ont joué la plupart de mes chansons préférées. C’était donc avec un bonheur évident que je bougeais mon corps maladroitement en beuglant les paroles en yaourt.

(Intermède conseil #3 : Le déo bon marché vous éviterez. Si vous voulez faire le festival en profitant du camping, il y a peu de chances que vous puissiez aller vous rafraîchir sous la douche quotidiennement : à moins de se lever aux avant même les aurores et d’être sur place à l’ouverture des préfabriqués, vous devrez attendre pendant 1h30/2h. 1h30, c’est long, surtout quand on n’a pas pensé à prendre de bouquin, qu’on est debout dans la boue et qu’on sait qu’il est déconseillé de jouer sur son téléphone puisqu’il n’y a nulle part où le recharger. En ce sens, il est primordial de noter l’importance de la bonne qualité de votre déodorant : en festival, vous allez bouger, vous allez suer, vous allez danser avec les bras levés : autant jouer la carte de l’altruisme et permettre aux autres festivaliers de profiter de leur Cabaret sans rêver de se faire une ablation du nez à l’arrache.

Ceci dit, vous faites ce que vous voulez parce qu’en plus même si vous vous aspergez d’un bon déodorant, les trois quarts des festivaliers ne feront pas de même et vous laisseront profiter pendant chaque concert de leurs aisselles qui sentent le Chaource et de leurs cheveux dont les effluves vous rappelleront sans doute la potée de saucisses de votre grand-mère.)

Les Franz Ferdinand ont su raviver la flamme dans mon coeur de fan infidèle ; en fait, c’est comme si j’avais oublié combien j’aimais la musique de ce groupe, combien j’avais aimé écouter leurs albums et combien c’était cool de renouer le temps d’une heure avec l’adolescente que j’étais (les complexes, le lycée et le balai dans les fesses en moins).
Dès la fin du concert, je me suis ruée pour accéder à la scène Les illuminations pour ne pas trop rater C2C que j’avais bien envie d’écouter en vrai pour remuer en rythme avec des milliers d’autres personnes. Ça fait pas le même effet dans ma salle de bain, même si l’acoustique m’y semble bien meilleure.

En résumé, l’édition 2012 du Cabaret Vert était vraiment bonne même si je n’ai malheureusement pas pu assister à la totalité des concerts à cause de l’affluence dans les escaliers qui mènent d’une scène à l’autre, de mon impossibilité à rester du jeudi au dimanche, du passage obligé aux toilettes, de la nécessité de, parfois, se sustenter ou de devoir aller se ravitailler à la buvette.

Et sinon, y en a dans l’assemblée qui y était ?

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