« Petite Maman », un très beau film et une petite déception


Après le succès bien mérité de son précédent film, Portrait de la jeune fille en feu, Céline Sciamma est de retour au cinéma avec Petite Maman. Verdict ?

« Petite Maman », un très beau film et une petite déception

Après le succès éclatant de Portrait de la jeune fille en feu sorti en 2019, le nouveau film de Céline Sciamma était attendu avec beaucoup d’impatience. Dans Petite Maman, un conte délicat à la sauce Retour vers le futur, la réalisatrice délaisse la romance pour se tourner vers l’amour qui unit une fille à sa mère. 

Petite Maman, une histoire de souvenirs et d’amour

Après la mort de sa grand-mère maternelle, Nelly va passer quelques jours dans son ancienne maison, le temps que ses parents la vident. À deux pas d’une forêt, cette bâtisse est remplie de souvenirs d’enfance devenus douloureux pour Marion, la mère de Nelly : son lit d’enfant, ses cahiers d’école, ses collections d’objets…

Un matin, Nelly se réveille et constate que sa mère est partie. Pour s’occuper pendant que son père continue de déménager les meubles, la petite fille de huit ans va jouer dans la forêt où elle trouve une nouvelle amie.

Dès les premières scènes, on découvre une belle relation mère-fille, visiblement remplie d’amour. Nelly et Marion ont leurs habitudes, leurs codes, elles sont dans leur bulle. On a même du mal à croire qu’un père existe dans ce cercle familial !

Mais très vite, on sent une faille. Nelly a, de toute évidence, l’habitude de parler à des adultes, ce qui lui donne une confiance déstabilisante (et des talents en mots croisés)… mais elle reste une enfant : elle manque de filtre et de tact. Marion, elle, semble réservée, pour ne pas dire renfermée sur elle-même.

On comprend alors que par moments, cette relation existe à sens unique. Petite Maman nous raconte comment Nelly va tout faire pour que cette route devienne à double-sens.

Même enfant, on peut penser et ressentir

Heureusement que Céline Sciamma est là pour filmer les femmes et leurs réflexions tout au long de leur vie, que ce soit à l’adolescence dans Naissance des pieuvres ou Bandes de filles ou à l’âge adulte dans Portrait de la jeune fille en feu ! Dans Petite Maman (et déjà dans Tomboy), la réalisatrice nous montre que oui, même pendant l’enfance, dès l’âge de huit ans, on peut ressentir et comprendre des choses à hauteur d’adulte.

Ce film, sous ses airs de comptine manquant de reliefs par endroits, lance un message à l’attention des adultes : communiquez avec les plus jeunes. Il faut arrêter de prendre les enfants uniquement pour des enfants. Grâce à leur ouverture d’esprit pas encore bridée et à leur curiosité sans fond, ils peuvent finalement s’avérer de meilleur conseils que des personnes qui pourraient paraître plus matures !

Mais le manque de communication peut faire du mal. Les blessures de l’enfance se creusent dans le silence et se passent de générations en générations. Mère, fille et grand-mère se croisent devant la caméra de Sciamma, elles se regardent mais ne se comprennent pas. Chacune pose des barrières, en raison de l’âge ou de la maladie, pour ne pas se laisser atteindre.

Et c’est finalement lorsque deux d’entre elles se retrouvent sur un pied d’égalité que tout se dénoue.

Petite Maman, petite déception

Malheureusement, c’est là aussi que le film commence à décevoir.

On a le droit à une belle scène de rencontre entre Nelly et sa nouvelle amie – où le silence est pour une fois bénéfique parce que le langage de l’enfance ne passe pas toujours par des mots. Puis… pas grand-chose d’autre. La réalisatrice ne parvient pas à nous faire toucher du doigt la profondeur du lien qui se crée entre elles. Comme si elle avait gardé ses lunettes d’adulte.

Alors, certes, devant sa caméra, on ne verra pas de petites filles en robes à fleurs qui jouent à la poupée ou à la maîtresse. Non, on est plutôt salopettes, jeux de rôle et construction de cabanes, et il faut avouer que c’est reposant. Mais une fois passée la satisfaction de voir des petites filles qui sortent des clichés (attendait-on autre chose de la part de Céline Sciamma de toute façon ?), on reste un peu sur sa faim.

Des fils du scénario commencent à être déroulés mais sont laissés en suspens, la frustration monte. Le jeu sur le temps (Zemeckis n’a qu’à bien se tenir !), amené d’une façon très douce et poétique, est épatant, mais cette amitié naissante qui est censée être le cœur du film prend la forme de jeux d’enfants, de quelques conversations qui restent en surface et peinent à nous atteindre.

Rassurez-vous cependant : bien qu’on puisse sortir de la séance avec la sensation de ne pas en avoir eu assez, Petite Maman reste incontestablement un très beau film. L’amour mère-fille est un thème classique du cinéma mais la réalisatrice parvient à lui donner un twist novateur. Comme pour satisfaire cette fameuse question que de nombreux enfants ont pu poser à leur parents :

« C’était comment, ta vie, avant que je naisse ? »

À lire aussi : Lettre d’une fille hypersensible à sa mère, pour essayer de lui pardonner

Pauline Thurier

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Commentaires

lazaretto

Je n'ai pas du tout ressenti cette déception personnellement ! c'est même la deuxième partie qui m'a le plus touchée. J'aime énormément tout ce que fait Céline Sciamma évidemment, mais je suis sortie particulièrement bouleversée de ce film. Elle a une manière touchante et respectueuse de filmer des enfants, que j'ai rarement vue au cinéma.

Je dirais que c'est un film doux, dans lequel n'importe qui (je pense) peut mettre un petit bout de son histoire familiale, et qui sort des schémas narratifs conflictuels. Non, l'enfance d'une petite fille ne se résume pas à vouloir épouser son père et rivaliser avec sa mère... c'est évident mais ça fait du bien de le voir à l'écran.

J'ai à la fois été touchée en tant que "fille de ma mère" mais aussi en tant que potentielle future mère. Les deux actrices sont assez exceptionnelles. Bref, vous l'aurez compris, je conseille fortement...
 

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