J’ai lu pour toi « Face à la Ligue du LOL », le 1er livre sur le sujet

Iris Gaudin, alors journaliste, est victime de la Ligue du LOL en 2010. Dans le premier livre écrit sur le sujet, elle livre un témoignage douloureux, mais nécessaire.

J’ai lu pour toi « Face à la Ligue du LOL », le 1er livre sur le sujet


La Ligue du LOL : c’est le nom d’un groupe de cyberharceleurs qui sévissaient il y a dix ans.

Iris Gaudin était alors journaliste pour BFMTV, et l’une des cibles favorites d’une campagne de harcèlement menée par ce clan.

Dans le premier livre écrit sur le sujet, elle retrace son histoire et analyse sa descente aux enfers ainsi que les mécanismes sur lesquels s’appuyait le groupe.

La Ligue du LOL, c’est quoi ?

Le nom Ligue du LOL (« laughing out loud » en anglais) désigne un groupe Facebook créé en 2009 par le journaliste Vincent Glad. Ses membres se font appeler les « loleurs ».

L’affaire de la Ligue du LOL est dévoilée février 2019 par CheckNews, la cellule de fact-checking de Libération.

Les révélations provoquent alors une prise de parole libératrice pour les victimes, mais aussi un emballement médiatique qui pose aujourd’hui question.

Le principe de la Ligue : « bitcher » et attaquer sur les réseaux sociaux des femmes et des hommes sur leurs convictions, leur physique, leur orientation sexuelle, leur genre ou encore leur origine.

L’article de CheckNews, les captures d’écran des tweets de l’époque et les témoignages des victimes ont mis en évidence des propos sexistes, homophobes ou encore racistes.

Leur mode d’action : des raids moqueurs, insultants et humiliants contre leurs victimes. (Ça s’appelle du cyberharcèlement.)

Leur excuse : l’humour.

Et c’est grave, car ce harcèlement a mis en péril la santé physique et morale des victimes.

La Ligue du LOL racontée par Iris Gaudin

Iris Gaudin rencontre Vincent Glad sur les bancs de l’ESJ, l’Ecole supérieure de journalisme de Lille.

Quelques années plus tard, alors qu’elle est mariée, elle vit une relation extraconjugale avec lui. Plus tard, ce fut l’heure du harcèlement sur Twitter, par Vincent Glad et d’autres.

Les membres de la Ligue du LOL sont en majorité des hommes. Presque tous des hommes blancs. Travaillant presque tous dans la presse, la communication ou la pub.

Bref, des personnes appartenant à un groupe de privilégiés, qui abusent de leur pouvoir.

Sur Twitter, Iris est confrontée à des attaques haineuses de la part d’utilisateurs agissant sous pseudo. Le plus souvent, il s’agit de blagues sexistes et rabaissantes sur sa sexualité :

« Ca se voit dans tes yeux Iris. T’es une prédatrice in the inside, t’es une putain de cougar en puissance. En tout cas, on est pas rancunier, on aura fait gagner trois followers à cette chaudasse d’@irisgaudin. »

« Internet, c’est l’avenir des filles qui rêvent de me sucer la queue au rythme de mes couilles qui claquent sur leur tête cc @Iris_is_back »

Une victime de la Ligue du LOL harcelée et épuisée

À l’époque, Iris n’a pas conscience de la gravité des événements, ni du fait que ses harceleurs peuvent être poursuivis en justice.

Pourtant, avec le recul, elle se rend compte à quel point elle a été détruite physiquement et moralement par la Ligue.

Elle le raconte dans son livre : 

« La Ligue du LOL m’avait anéantie. VG [Vincent Glad, NDLR] avait dévoilé mon intimité, moqué ma féminité, sapé mes compétences professionnelles. […]

De ma volonté, mon amour-propre, mes qualités professionnelles, il ne restait que des lambeaux. […]

Les piges se sont raréfiées à BFMTV. Je faisais mal mon boulot. »

Pour échapper au harcèlement et tourner la page, Iris se détourne du journalisme et se reconvertit dans la communication.

Son témoignage est conforme à la définition du harcèlement qui est faite dans la loi. Je te la recopie ci-dessous :

« Fait de harceler une personne par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des ses conditions de vie et se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale. »

Harcèlement et réseaux sociaux, pas de répit pour les victimes

Dans son livre, Iris décrit la logique nocive et destructrice des réseaux sociaux qui ne laissent pas de répit à la victime :

« Les réseaux sociaux prolongent la présence réelle, l’amplifient, la cristallisent. »  

Le ou la harcelée peut être attaquée n’importe où, n’importe quand. Fuir la présence réelle de son harceleur et couper les ponts avec lui ne suffit plus.

La culpabilisation des victimes de la Ligue du LOL

Un autre mécanisme utilisé par les loleurs est de faire porter la responsabilité aux victimes. 

La culpabilité prenait Iris aux tripes à cause de sa relation extraconjugale avec Vincent Glad. Et elle avait l’impression que son harceleur la punissait pour cela.

« J’ai longtemps pensé que j’avais commis une faute grave et que je devais être punie. […] 

Dans cette société machiste, une femme qui vit une relation extraconjugale (même d’un soir) est jugée plus durement qu’un homme. »

Iris se sentait coupable, ce qui ne l’a pas aidée à lutter contre la situation, à prendre conscience que ça n’était pas acceptable, ou à se saisir de la justice.

En 2010, au début des réseaux sociaux et bien avant la vague #MeToo, on parlait aussi beaucoup moins de cyberharcèlement, de harcèlement sexuel, de culture du viol.

Quelles conséquences pour les membres de la Ligue du LOL ?

Dans un climat où les débats sur le féminisme et le harcèlement n’avaient pas la même portée qu’aujourd’hui, les « loleurs » n’ont pas été inquiétés par leurs rédactions avant le scandale provoqué par CheckNews.

Depuis, Vincent Glad a été licencié de Libération (en mars 2019).

Ils n’ont pas non plus été condamnés, car les victimes n’ont pas porté plainte ; les faits ont été prescrits. 

Une prise de parole nécessaire au sujet de la Ligue du LOL

S’il est encore primordial de parler de ce sujet aujourd’hui, c’est parce que les phénomènes de cyberharcèlement ou de violences sexistes ne se limitent pas à la Ligue du LOL.

Une étude réalisée par les associations Prenons la une, Nous toutes et Paye ton journal en 2019 témoigne de la culture sexiste qui sévit trop souvent dans le milieu des médias.

Sur 1837 personnes interrogées sous couvert d’anonymat (80% de femmes, 20% d’hommes), 67% répondent avoir été victimes de propos sexistes et 13% d’agressions sexuelles.

Par ailleurs, le cyberharcèlement peut toucher toute personne qui s’expose sur Internet.

Marion Séclin, qui a réalisé des vidéos sur madmoiZelle pour parler de féminisme et de harcèlement de rue, a été la cible d’une offensive de cyberharcèlement à grande échelle en 2016.

Plus de 30 000 réactions haineuses ont déferlé sur ses vidéos, allant des remarques sur son physique aux appels au suicide et au viol…

Si tu te demandes comment tu peux réagir face au cyberharcèlement, je te laisse lire cet excellent article de Marie.

Faustine M

Faustine M


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Commentaires

grenouilleau

@Cococinulle J'avais marqué "pour en revenir à l'article" (qui parle de la ligue du lol), ça me semblait suffisant.
 

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