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La préfecture de police a enterré un rapport sur… l’accueil des victimes de violences dans les commissariats

12 jan 2022
Causette révèle que la préfecture de police refuse de rendre publique les conclusions d’un rapport sur l’accueil des victimes de violences sexuelles dans certains commissariats, malgré la demande de l’élue Raphaëlle Rémy-Leleu.

Des victimes qui ne sont pas prises au sérieux, des questions intrusives et humiliantes, des dépôts de plaintes refusées… les témoignages de personnes ayant été mal reçues par des policiers ou des policières sont devenus courants, notamment à travers le mouvement #DoublePeine sur les réseaux sociaux en 2021.

Une problèmatique qui n’est pas nouvelle. Pour mesurer les conditions d’accueil des victimes dans les commissariats, le centre Hubertine Auclert avait été chargé par la préfecture de police d’établir un rapport en 2018. Un état des lieux financé à hauteur de 18 000 euros par le fonds interministériel de prévention de la délinquance.

Pourquoi la préfecture de police cache-t-elle le rapport ?

Causette a révélé cette semaine que les conclusions de ce document « sur l’accueil des femmes victimes de violences conjugales et/ou sexuelles dans les commissariats de Paris et sa petite couronne » ne seront pas rendus publiques.

Pourtant le rapport est terminé depuis 2019. Alors qu’est-ce qui freine ? Pour quelle raison les résultats ne sont-ils pas connus ? La conseillère de Paris EELV Raphaëlle Rémy-Leleu, s’interrogeait sur ce surprenant mystère et a donc mis les pieds dans le plat.

En novembre 2021, lors du conseil de Paris, l’élue et militante féministe s’est adressée directement au préfet de police Didier Lallement :

La réponse du préfet de police ne s’est pas faite attendre. Si la délinquance baisse à Paris, les violences faites aux femmes font effectivement exception, a-t-il confirmé, et les chiffres concernant les violences sexuelles sont « spectaculaires ».

« La formation des policiers était sans doute insuffisante en la matière », a-t-il aussi reconnu. En 2021, 400 policiers et policières ayant des fonctions d’accueil ont déjà été formées, grâce notamment au centre Hubertine Auclert :

« Sur les plaintes elles-mêmes, l’observation est, je crois, largement partagée : pour une victime, de quelque nature que soit l’agression, en particulier les agressions sexuelles, se rendre à un guichet n’est pas quelque chose de très facile.

C’est pas d’ailleurs beaucoup plus facile pour la personne qui est au guichet, puisque c’est un service public dans lequel il y a de nombreuses personnes, pas toujours les conditions matérielles de l’isolement permettant le dépôt de plainte dans des conditions ad hoc. »

Le recueil des plaintes dans certains services d’urgence et dans les maisons des femmes a été renforcé, affirme le préfet de police, ajoutant ensuite que « ce qui est fait là peut être améliorer au coup par coup ». Puis s’adressant à Raphaëlle Rémy-Leleu, Didier Lallemant n’a pas hésité à faire preuve d’une certaine arrogance :

« Si vous avez connaissance de plusieurs choses, vous avez l’air d’en savoir plus que moi sur ce qu’il se passerait dans un certain nombre de lieux d’accueil, mais de grâce, allez en parler aux différents commissaires !

Je suis prêt à ce que mon cabinet fasse l’intermédiation pour que les choses se corrigent au cas par cas si les conditions d’accueil n’étaient pas satisfaisantes. »

« Un exercice de mansplaining de haute volée », selon Causette qui a voulu savoir pourquoi le rapport n’est toujours pas connu et s’en est enquis directement à la préfecture : « Il n’a jamais été question de rendre ce rapport public », a fait savoir l’institution, affirmant que le document est « destiné à un usage interne ».

« Cela n’a jamais été conditionné ainsi et c’est la première fois que cet argument est évoqué » a déploré Raphaëlle Rémy-Leleu.

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L’élue écologiste Raphaëlle Rémy-Leleu lors du conseil de Paris le 17 novembre 2021 – Ville de Paris (capture Youtube)

D’autres élues entendent bien continuer à faire entendre leurs questions autour du rapport du centre Hubertine Auclert, comme l’élue écologiste à la Région Île-de-France, Annie Lahmer :

Selon l’enquête menée par Nous Toutes en mars 2021, 66% des répondantes font état d’une mauvaise prise en charge par les forces de l’ordre lorsqu’elles ont voulu porter plainte pour des faits de violences sexuelles.

Les témoignages rapportent une banalisation des faits, un refus de prendre la plainte, des moqueries et remarques sexistes ou encore une manifestation de solidarité avec la personne mise en cause.

À lire aussi : Les plaintes pour violence conjugale seront traitées en priorité selon Darmanin. Est-ce suffisant ?

Crédit photo : ndiggity from USA, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Les Commentaires
1

Avatar de LuneBrune
12 janvier 2022 à 15h33
LuneBrune
Merci pour cet article édifiant !
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