« Désir d’enfant et coronavirus »
Grossesse

Et si on faisait un bébé ? Coucou, c’est le covid !

02 mar 2021

La pandémie a-t-elle bouleversé votre projet d’avoir un enfant ? C’est la question que nous avons posée à nos lectrices, et voici leurs témoignages…

En janvier, les naissances ont chuté de 13% en France par rapport à la même période l’année dernière, selon les derniers chiffres de l’Insee. Ce constat confirme ce que beaucoup d’analystes voyaient venir : la pandémie s’accompagne d’un « baby-krach », une chute de la natalité en France. 

Et comment s’en étonner ? Cela fait presque un an que nous avons été confinées pour la première fois, dans la joie (non) et la bonne humeur (certainement pas non plus).

En plus des contraintes quotidiennes et de la crise économique qu’elle occasionne, cette pandémie s’accompagne aussi d’une transformation de notre rapport au mode : l’incertitude nous pousse désormais à regarder nos projets de vie d’un œil nouveau. Alors, celles et ceux qui prévoyaient un bébé avant la pandémie s’interrogent. Six lectrices nous ont confié les conséquences de ce bouleversement sur leur choix.

Les reports du projet bébé sine die

Pour certaines personnes, la pandémie a été un frein à de nombreux projets de vie. Et parce que décidément, depuis 2020, on ne peut plus rien avoir, c’est notamment les célébrations des mariages qui ont dû être reportées.

Or, ces délais ne sont pas sans conséquence sur l’organisation de nos vies ! C’est le cas pour Mélissa*, 30 ans, qui explique :

« Notre projet bébé a été repoussé pour une raison très simple : notre mariage l’a été aussi.

Mon fiancé et moi avons quasiment 30 ans. Nous sommes indépendants financièrement et autonomes dans nos vies. Habitant encore séparément, nous avions planifié de quitter nos colocs et d’emménager ensemble après le mariage, pour le côté romantique de la chose. Cela devait avoir lieu en mai 2020. Sauf que, confinement et pandémie obligent, il n’a pas été possible de célébrer notre union… 

Nous avons donc reporté tout cela à mai 2021 pour être tranquilles (on y croit !). Nous avions envie de commencer à essayer de faire un enfant très vite après notre mariage, et nous avons préféré reporter ce projet aussi. Se marier avec un ventre arrondi ou avec un bébé dans les bras ne me tentait pas, car je voulais que mon conjoint et moi gardions notre totale liberté jusqu’au mariage. »

La crise économique, un facteur important dans vos choix

Parmi les conséquences de cette crise sanitaire, le report des célébrations reste toutefois l’une des plus vivables. Avec l’augmentation de la précarité, la fermeture de nombreux commerces et une économie au ralenti depuis 2020, nombre d’entre nous souffrent d’une perte de revenus, et doivent revoir, au moins pour l’instant, leurs envies d’enfant. Aurélie*, dont le partenaire possède un commerce fermé à cause des restrictions sanitaires, raconte :

« Sans la pandémie, je pense que je serais enceinte, ou en tout cas nous serions très franchement en train d’essayer. Nous avons déjà une petite fille de bientôt 2 ans qui nous comble, mais j’aimerais vraiment un deuxième enfant. Mon compagnon est beaucoup plus angoissé par la situation et je le comprends. Il a un commerce qui est fermé à cause des restrictions et notre avenir financier est donc assez incertain. Heureusement, j’ai pour ma part un emploi fixe.

C’est très frustrant de se dire que cette pandémie peut repousser des projets aussi vitaux et essentiels que celui de faire des enfants. Certes, les gens pourront dire que « ça va, il y a déjà assez d’enfants sur terre, pensez à la planète…».

Mais vouloir un enfant, c’est un choix égoïste. J’essaie de ne pas penser trop à ce que l’avenir réserve à ma fille : il y aura sûrement d’autres pandémies de ce genre, et c’est flippant d’y penser… Pourtant, j’ai bon espoir qu’un jour prochain, tout ça ne sera qu’un très lointain souvenir et que nous serons bientôt quatre ! »

Malgré cet espoir, Aurélie* s’inquiète d’éventuelles tensions entre elle et son conjoint.

« À terme, j’ai peur que cela ne crée des frustrations entre mon compagnon et moi. Je n’ai pas envie de faire le deuil d’une deuxième grossesse, mais je n’ai pas non plus envie de lui imposer mes choix. La situation est difficile à accepter, parce que sans la pandémie, je sais pertinemment que nous aurions été sur la même longueur d’onde. »

Le chômage, frein à vos envies d’enfants

Aurélie n’est pas la seule dont le foyer a été atteint par la crise économique. Marion*, qui a perdu son emploi à cause de la situation sanitaire, explique que cet évènement a obligé sa famille à renoncer — pour l’instant — à faire un troisième enfant.

« En janvier 2020, je commençais un nouveau boulot. Notre plan était d’attendre que je passe la période d’essai de 8 mois, puis de chercher à déménager. Une fois le logement plus grand trouvé, nous comptions lancer l’agrandissement de la famille, pour un bébé numéro trois. Mais mars 2020 est arrivé, et avec lui le chômage partiel, la crise économique et la rupture de ma période d’essai.

Nous n’avons donc plus le budget pour déménager dans plus grand, et le projet bébé est reporté jusqu’à ce que je retrouve du boulot dans le contexte morose actuel… Ce sera donc sûrement un bébé de 2022 plutôt que 2021. C’est une situation qui nous pèse, surtout à moi parce que c’est moi qui suis au chômage. »

Si repousser un projet de bébé peut paraître anodin, pour certains et certaines, cela peut engendrer une remise en question des projets de famille, et notamment des enfants suivants.

« Nous persistons dans l’idée d’avoir ce troisième. Mais moi, je voudrais quatre enfants, et c’est peut-être le dernier qui n’arrivera jamais. On prend de l’âge et de la fatigue, et peut être que la réflexion qui nous restait à mener pour savoir un quatrième enfant n’aura jamais lieu. »

Le confinement rend les parcours médicaux plus difficiles

En plus de l’aspect économique de la crise, vous avez été nombreuses à nous confier vos angoisses liées à la tension dans les hôpitaux et à la difficulté du suivi médical dans ces conditions. Pour Mathilde*, qui s’est lancée dans un parcours de FIV, la pandémie a en effet rendu les choses très difficiles.

« J’ai toujours eu quelques soucis de confiance en moi qui m’empêchent de faire ce qui me fait envie (apprendre à dessiner, la photographie…). Mais j’avance tout de même grâce à mon couple et nos deux projets : acheter une maison (ou faire construire) et faire un bébé. Si côté maison, le projet avance, pour le bébé c’est plus compliqué. Et c’est là que le confinement me pèse…

J’ai été diagnostiquée pour un syndrome des ovaires polykystique en 2018, après avoir consulté mon gynécologue pour des douleurs pelviennes et une absence de règles depuis 14 mois. À ce moment-là, mes envies de maternité se faisaient de plus en plus présentes.

Après six mois de traitement pour me faire ovuler, il m’a dirigée vers une gynécologue spécialisée dans un centre d’Aide Médicale à la Procréation en juin 2019. Nous avons commencé par des stimulations ovariennes simples, et après quelques mois sans résultat, nous avons décidé de tenter des inséminations artificielles en novembre 2019.

Lors de la prise de rendez-vous pour les premières démarches et examens, les dates sont loin et je n’aime pas ça. Et puis ça tombe : confinement total. Le secrétariat du centre m’informe que tous les rendez-vous sont annulés, et qu’il faudra « m’informer de la date de réouverture sur le site internet »…

J’ai beaucoup pleuré. Après les mois de stimulations qui n’avaient pas fonctionné, il a fallu repousser encore… À une date indéterminée. Nous entendions partout « avec le confinement il va y avoir un pic de naissance en décembre », et mes chances à moi étaient mises en pause.

Bien sûr, je savais que ça recommencerait, que ce n’était qu’une question de semaines ou de mois maximum. Mais moi pendant ce temps je pensais beaucoup à ça. Surtout avec l’emballement médiatique autour des parents « enfermés » avec leurs enfants… Aujourd’hui, mon conjoint et moi sommes engagés dans un parcours de FIV. Et si cela ne fonctionne pas, nous envisagerons un parcours d’adoption. Quoi qu’il arrive, je sais que nous ferons de très bons parents ! »

L’anxiété et les baisses de libido

Pour celles et ceux que la pandémie n’a pas arrêtés dans leurs projets d’enfant, une autre conséquence de l’état du monde est à prendre en compte : l’anxiété, et les chutes de libido qui en découlent. Pour Sirine*, c’est une des raisons qui repoussent son éventuelle grossesse.

« Avec mon compagnon, nous sommes devenus propriétaires et avons emménagé dans notre maison quelques semaines seulement avant le confinement de mars 2020. À l’époque, j’entamais ma dernière année de DIU cuivre et, après quelques discussions, nous étions sur la même longueur d’onde :  nous étions prêts à fonder une famille. Nous avons décidé qu’après le retrait de mon DIU, je ne reprendrai pas de contraception, et « nous verrions bien ».

Durant l’année 2020, je me suis beaucoup questionnée sur ce projet de grossesse, si je n’allais pas finalement le repousser, voire y renoncer. D’autant plus que mon compagnon a eu une baisse de libido à cause du contexte sanitaire assez anxiogène, ce qui a mené à moins de câlins.

En ce début d’année 2021, après avoir vérifié que mon compagnon et moi étions toujours sur la même longueur d’onde, je vais donc retirer mon DIU comme prévu, et voir si une grossesse va démarrer. Oui, nous vivons une époque compliquée, pleine d’imprévus, angoissante… Mais je ne veux pas me laisser abattre, je veux croire en l’avenir. Après tout, ce désir d’enfant est ancré en moi depuis mon adolescence. Et, bonus appréciable, j’ai trouvé une sage-femme formidable qui saura m’accompagner pendant ce projet.

Il reste à voir si l’évolution de la crise sanitaire va accroître la baisse de libido de mon compagnon, ce qui aura probablement un impact sur le déclenchement d’une grossesse. Mais heureusement, nous sommes bien entourés (famille, amis, collègues…) pour faire face à cette année qui s’annonce mouvementée ! »

Les décisions, et les surprises

Même en ayant pris une décision, il est impossible de tout contrôler. Et certaines en témoignent, comme Céline*, qui raconte être tombée enceinte malgré le choix de reporter sa grossesse.

« J’ai 27 ans et je suis en couple avec mon conjoint depuis 9 ans, mariée depuis 4 ans, et expatriée au Québec depuis 8 ans maintenant. Avec mon mari, nous essayions d’avoir un premier bébé depuis 8 mois lorsque nous avons entendu parler du virus. En janvier 2020, nous revenions d’une visite à nos familles en France quand la pandémie a commencé à devenir incontrôlable.

Nous avons alors décidé de mettre sur pause le projet bébé pour un moment. Par peur pour ma santé, celle de l’éventuel fœtus et parce que, soyons honnêtes, nous ne savions pas comment notre situation financière allait évoluer. Mais vous et moi savons bien ce qu’il se passe lorsqu’on essaie de contrôler la nature : elle nous fait un pied de nez. Je suis tombée enceinte en février.

J’ai appris ma grossesse le jour de l’annonce du confinement. C’était une grande joie qui est passée inaperçue dans ce chaos… Comme toute ma grossesse et la naissance de mon enfant d’ailleurs. Mon mari et moi avons la chance de travailler dans un secteur essentiel, et notre situation financière n’a pas bougé. Mon employeur a même eu la gentillesse de me retirer de mon milieu de travail pour limiter les risques, en attendant d’avoir plus d’infos. Ça a été un vrai soulagement. »

Un suivi de grossesse difficile en temps de pandémie

Après la joie de l’annonce de sa grossesse, Céline* a subi avec difficulté les limites du monde médical liées au coronavirus. Elle explique :

« Dans tout cet évènement, nous avons été privés de beaucoup de choses : les cours de préparation à l’accouchement ne se donnaient plus, interdiction d’être accompagnée aux examens (qui étaient téléphoniques la plupart du temps) et échographies, et je ne parle même pas de pouvoir voir nos familles à l’étranger (merci Skype). Non seulement je me suis sentie très seule, mais mon mari s’est senti exclu de tout le processus, ce qui lui a fait beaucoup de peine.

Ma grossesse a été assez compliquée, et ma santé et celle de mon enfant étaient en jeu. À cause de la situation sanitaire, les examens les moins urgents n’étaient pas prioritaires. Le personnel médical est donc passé à côté de ma pré-éclampsie, qui a été prise en charge trop tard. Tout cela s’est aggravé, et lorsque j’ai été prise en charge, à 38 semaines d’aménorrhée mon accouchement a dû être déclenché en urgence.

Par chance, ma petite fille est née en pleine santé et mon mari a pu être présent à l’accouchement.

En m’expatriant il y a plusieurs années, j’étais loin de me douter que je ne pourrais même pas présenter leur premier petit-enfant à mes parents parce que les voyages non essentiels seraient interdits !

Malgré tout ça, je ne regrette rien. Bien sûr, je ressens de l’injustice et de la frustration. Je suis triste pour ma fille, qui est pour l’instant privée de belles rencontres. J’aurais aussi passé l’intégralité de ma grossesse et de mon congé maternité confinée, ce qui n’a pas été simple. Mais dans tout ça, j’ai aussi eu beaucoup de chance ! »

Quels que soient les désirs d’enfants et les parcours familiaux, tous ont donc été impactés par la situation actuelle. Les incertitudes du quotidien ont engendré des doutes, des délais, des imprévus… Mais le maître mot de vos histoires est sûrement la résilience : nous savons qu’un jour ou l’autre (rapidement, si possible), nous pourrons sortir de ce tunnel nommé « Covid-19 ». Et on a hâte de lire vos témoignages post-pandémie !

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