Cinq trucs que je préférais avant d’avoir un smartphone

Sophie-Pierre Pernaut regrette parfois d'avoir cédé aux sirènes du smartphone. Voici cinq regrets qu'elle émet à ce sujet.

Cinq trucs que je préférais avant d’avoir un smartphone

Clairement, je pourrais difficilement envisager ma vie sans mon smartphone. Il m’est utile, me permettant de ne pas me perdre quand je dois me rendre d’un point A à un point B dans une ville inconnue. Il me rassure, quand un inconnu me fixe dans le tramway et que je ne sais pas où regarder pour masquer ma gêne. Il m’est devenu, avec le temps, presque indispensable.

Mais il m’arrive de regretter certaines choses qui ont changé depuis que j’ai troqué mon téléphone pourri à clapet contre un smartphone tout compris. Par nostalgie, j’ai décidé d’en lister quelques unes.

(Un article, je te le promets, garanti sans « oui alors euh avant au moins on se parlait hein au lieu de regarder nos téléphones nan mais ces jeunes je te jure ». Promis.)

On était tous un peu plus cons et c’était bien

S’il y a bien un moment où j’ai envie de foutre des pichenettes dans l’oeil de la technologie depuis que j’ai un smartphone et que tout mon entourage a également cédé, c’est quand on se retrouve tous comme des couillons à vérifier le même truc sur notre écran.

Exemple : une chanson passe dans le bar et personne ne sait qui l’interprète même si ça dit quelque chose à tout le monde. Autant de bras qu’il n’y a de convives autour de la table dégainent alors pour Shazamer le morceau. Après quoi on a au moins appris quelque chose : cette chanson qui passe est une reprise d’Elton John par Hélène Ségara ou que sais-je encore.

En pleine séance d’imitation du goéland, Hélène se demande ce qu’elle vient foutre dans cet article.

Autre exemple, déjà illustré dans 5 trucs que je faisais et que je ne fais plus depuis que j’ai la 3G par Laystary : désormais, quand on bute sur un mot qu’on a sur le bout de la langue, on ne joue plus à cache-cache avec nos neurones en mettant chacun notre savoir en commun. On Google, et c’est déjà fini. C’est triste, parce qu’en plus, les jours où on a rien à raconter, passer 15 minutes à chercher un synonyme, c’est plutôt bien trouvé.

Mais on a surtout coupé notre conversation et on a perdu le fil, et on est tous contents de nous mais un peu frustrés : c’est quand même beaucoup plus gratifiant de trouver par soi-même.

Je sais pas si je suis complètement parano mais ça me donne une impression de course au savoir. Et ça me plaît pas trop, parce que je pensais être à l’abri de l’échec quand je jouais au Trivial Pursuit vu que j’avais appris les cartes par coeur et qu’en fait, maintenant, tout le monde connaît autant d’anecdotes inutiles que moi. Les boules.

On se mangeait moins de poteaux

Depuis quelques années, mes jambes sont constamment couvertes de bleus et je m’excuse plus souvent dans la rue. Pourquoi ? Parce que depuis quelques années, j’ai un smartphone, et que pour me donner une contenance, ou par intérêt, je checke les réseaux sociaux et mes mails même en marchant. Une situation qui paraît bête, mais qui est en réalité pleine de danger. J’ai beau faire attention, je finis toujours par :

  • me faire insulter par les personnes qui doivent faire un pas chassé plus ou moins gracieux pour éviter une collision violente
  • rentrer en collision avec une autre personne qui a elle aussi le nez rivé sur un tweet d’une personne qui dit qu’elle vient de bousculer quelqu’un parce qu’elle regardait son compte Twitter
  • marcher dans un étron
  • défoncer mes boots payées au moins 15€ en traînant des pieds ou en me cognant contre les trottoirs
  • me prendre un pain dans les dents, parce qu’en marchant dans une flaque, j’ai éclaboussé un enfant.

En fait, c’est simple : j’ai l’impression que le monde m’est plus hostile depuis l’avènement du smartphone. Un peu comme un cocaïnomane qui prendrait soudainement conscience que la défonce, c’était pas qu’être plein d’énergie et avoir la narine engourdie.

Bon ceci dit, une poignée d’irréductibles n’a pas eu à changer ses habitudes pour se manger les coins du monde en plein genou : quelques personnes, de l’ordre de 0,001% de la population mondiale, sont régulièrement aperçus dans la rue en train de lire en même temps qu’ils marchent. Après tout, ce qu’ils nous rappellent, c’est qu’on n’est pas forcées de débourser le prix d’une voiture sans permis pour goûter au plaisir du danger.

On pouvait faire nos blagues plusieurs fois

Je suis ce genre de grosse arnaque qui, quand un de ses jeux de mots fonctionne, le refait comme si c’était la première fois à quelqu’un qui n’était pas là. Quand j’agis de la sorte, je me sens sale, mais ce dégoût de moi-même est vite oublié quand j’entends le rire gras s’échapper de la gorge de mon interlocuteur.

Malheureusement, la plupart de mes interlocuteurs me suivent désormais sur Twitter. Encore plus malheureusement, je ne sais pas me retenir de tweeter les vannes qui me viennent en tête quand j’ai mon ordinateur ou mon smartphone sous la main. Et il se trouve que j’ai toujours mon smartphone sous la main.

Depuis ces trois dernières années, donc, quand je fais une vanne d’une subtilité relative, je me vois très souvent répondre « Ouais, je sais. Tu l’as déjà tweetée ». Et c’est avec amertume que je réalise que mes interlocuteurs ont désormais compris ma tendance à l’autoplagiat.

On n’hésitait pas à répondre au téléphone quand on était aux toilettes

Illustrons cette idée avec un exemple très simple : tu as un smartphone et tu l’as pris aux toilettes pour t’occuper en jouant à Candy Crush. Malheureusement, en pleine partie, une personne très importante avec qui tu n’es pas à l’aise t’appelle. Disons, un crush.

Que faire ? Répondre et se faire griller en trois secondes par l’écho caractéristique des WC ? Ou ignorer l’appel et prendre le risque de rater le seul moment de libre de cette personne dont tu aimerais connaître les orifices ?

Je savais pas quoi mettre en illustration alors j’ai mis ça. C’est festif.

Je regrette le temps où je ne connaissais pas ce dilemme. Je regrette ce temps où je laissais mon téléphone dans le salon quand j’allais aux waters. Qu’on me rende mon insouciance.

On avait une excuse pour ne pas répondre

Avant, quand on ne voulait pas répondre à un appel, on pouvait. On n’avait qu’à prétexter avoir oublié notre portable chez nous et l’affaire était pliée.

Maintenant, c’est différent : bien sûr, on peut continuer de faire croire que notre téléphone est loin de nous, mais il faut quand même la jouer fine. Parce qu’avec un smartphone, on peut tweeter, changer son statut Facebook ou poster la photo de sa flammiche aux poireaux sur Instagram.

Et alors on est grillées façon côtelette, complètement, parce qu’il est fort probable que tu finisses par oublier que tu as filtré un appel deux heures plus tôt et que tu ne résistes pas à la tentation de dire à tes followers qu’un enfant t’a éructé dessus dans le bus.

Résultat ? Grâce à ton application pour smartphone qui fait sa pub sous ton tweet, le filtré sait que tu as ton téléphone avec toi, et que tu as sciemment décidé de ne pas répondre et de ne pas le rappeler.

Et c’est ainsi que des centaines d’amitié et de couples sont quotidiennement brisés, que des milliers de personnes se font déshériter par leurs parents.

Et toi, quels sont les trucs que tu regrettes de cette lointaine époque où la 3G n’était qu’une idée de science-fiction ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Goatsy
    Goatsy, Le 5 mai 2014 à 20h12

    C'est vrai que maintenant que j'y pense, avant je me plaignais que mon vieux téléphone en fin de vie ne tenait que trois jours avant de devoir le recharger, et qu'aujourd'hui je suis contente si je dépasse les 24h :facepalm:

    J'ai longtemps été abonnée aux téléphones les moins chers, mais pratiques. J'ai eu un téléphone à clapet trois ans après tout le monde, un téléphone coulissant trois ans après tout le monde aussi. Puis j'ai acheté un BlackBerry (en jouissant d'une super promotion de ouf), alors que la popularité de la marque baissait...

    J'avais juré que jamais je n'aurais de tactile. Mais en fait, j'ai plongé. Et j'ai eu une ébauche de smartphone, un peu pourrie, à 1€ chez un opérateur. C'est la première fois de ma vie que je change un téléphone en moins d'un an. J'étais censée devenir moderne comme tout le monde, mais même mon vieux Samsung coulissant aurait mieux fonctionné que celui-là. Mais comme le monde des Smartphone m'avait ouvert les bras, j'ai préféré faire un grand bond en avant et acheter un smartphone de qualité plutôt que de retourner à mes antiquités (que je garde précieusement).

    Et là, c'est juste super. J'adore mon téléphone, je le trouve très pratique, et je ne suis pourtant pas une accro du téléphone... Pouvoir lire mes mails est très important pour moi (surtout quand on n'a pas de box Internet en semaine...), je peux checker mes comptes bancaires très rapidement, aller sur Madmoizelle où je veux quand je veux (:P), chercher un job, faire découvrir de la musique ou des vidéos rapidement à mes amis, etc. Bref, il est devenu pour moi un outil facilitateur de quotidien.

    Pour ce qui est d'aller aux toilettes avec mon téléphone... Il est toujours dans ma poche, ou s'il est dans mes mains c'est que j'étais en train de faire un truc avec, et que je veux le finir, mais que je ne peux pas attendre de le finir avant d'aller aux toilettes, sinon je cours droit à la catastrophe.

    Voilà.

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