Journal de bord d’une rupture — Jour 1 : les grandes eaux

Une rupture, c'est presque toujours un moment assez moche. Faye sort ses tripes pour faire son journal de bord post-séparation, avec tout ce que ça implique de mouchoirs froissés.

Journal de bord d’une rupture — Jour 1 : les grandes eaux

Rupture, jour 1 : dure matinée

Hier je me suis séparée de la personne que j’aimais depuis plusieurs semaines. Ça a l’air de rien, comme ça, quelques semaines dans une vie, mais pour quelqu’un qui ne s’est que très rarement autorisée à éprouver des sentiments de manière totale et sans retenue, interrompre comme ça une relation alors qu’on aime encore l’autre de manière aussi forte ça fait mal.

Mal de ouf, à s’en taper la tête dans les murs, à mordre les oreillers pour étouffer les cris de rage. Mal jusqu’à avoir l’impression de tomber en morceaux, de tout petits morceaux tordus avec des bords coupants et probablement le tétanos dessus.

Depuis hier j’use plus de mouchoirs qu’un ado qui découvre YouPorn, transformée en fontaine écarlate de mucus et autres sécrétions lacrymales. Juste après la fin, après avoir rassemblé les miettes de courage qu’il me restait et appuyé sur l’icône de fin de conversation, je me suis autorisée à tout lâcher, à pleurer comme une gamine avec options sanglots et gros bouillon de larmes et de bave. J’ai refusé d’écouter les voix intérieures qui me disaient que c’était mieux comme ça, que c’était inévitable et que je n’étais pas responsable. Je me suis vautrée dans la douleur comme un bébé chien dans un tas de feuilles mortes, j’ai abandonné toute dignité et tout force pour juste me laisser aller à pleurer encore et encore jusqu’à en tomber endormie d’épuisement.

J’avais peur du réveil, tellement peur de la sensation de vide quand j’allais réaliser en ouvrant les yeux que c’était terminé, que je l’avais perdu. Finalement, en reprenant conscience, ça ne m’a rien fait. Je n’étais pas soulagée ni rien, juste… vide.

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J’ai pris ma douche en me répétant en boucle que c’était fini, qu’il était sorti de ma vie, que je n’allais plus jamais le voir. Si mon cerveau hurlait, le reste était comme engourdi, insensible. Un grand creux un peu hébété au creux du bide. Il m’a fallu attendre d’enfiler mon soutif pour ouvrir les vannes à nouveau — niveau absurdité, on se pose plutôt bien, à l’aise.

Je me suis assise sur le lit et j’ai effacé les photos, les captures d’écran des conversations qui m’avaient remplie d’une chaleur douce et d’une niaiserie molle pendant deux mois. J’ai masqué les actus Facebook, les tweets de son compte et de tous les comptes qui pourraient parler de lui. J’ai désinstallé Messenger pour ne pas passer mon temps à espérer des notifications sur mon téléphone. J’ai effacé son numéro pour n’être pas tentée de lui envoyer de messages ou de l’appeler dans un moment de faiblesse intense. J’ai décroché le dessin qui avait été réalisé la nuit où je l’ai rencontré.

J’ai respiré fort. J’ai pleuré fort aussi. J’ai fini de m’habiller, j’ai essayé de me redonner un visage qui n’avait pas l’air d’avoir traîné dans une benne à ordures depuis 6 mois et essuyé un échec cuisant en même temps que des larmes.

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J’ai fait le chemin en respirant très fort par la bouche, au grand désarroi des passant•e•s que je croisais, et en épongeant mes joues dans mon écharpe qui ressemble maintenant à une vieille serpillière un jour de ménage de printemps.

Je suis arrivée au boulot avec les yeux explosés et un bonus reniflement trompette de catégorie 2, mais en prétextant une allergie au pollen c’est passé assez bien. J’ai juste prévenu mon voisin direct que j’avais passé une sale nuit et donc j’allais probablement chouiner à intervalles plus ou moins réguliers. Je crois qu’il s’inquiète de me voir me liquéfier du visage toutes les dix minutes mais il ne dit rien. Ça m’arrange, j’ai du mal à parler de toute façon.

J’ai décidé d’écrire pour me soulager, même si je bombarde mes potes d’infos en temps réel plus vite que BFM.TV s’incruste dans une fusillade. J’ai l’impression qu’il n’y a que ça qui m’allège un peu le coeur, et puis de toute façon je ne sais rien faire d’autre.

Rupture, jour 1 : après-midi à jeun

J’ai pas réussi à manger ce midi. Mon corps refuse la moindre idée de nourriture, même les quatre chips avalées sous la menace me font savoir qu’elles sont prêtes à reprendre leur liberté à tout moment. J’arrive à boire de l’eau et du thé, du coup je m’hydrate la tronche à foison. Je crois que mon corps essaie de disparaître, comme s’il pouvait se dissoudre dans la peine, jusqu’à ne plus rien ressentir.

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Ce matin j’ai eu la même impression : alors que je ne supporte plus Paris, la foule, les gens partout qui collent et cognent à la moindre occasion, pour une fois je n’en avais plus rien à foutre. Ça m’a presque apaisée de me sentir prise dans une telle multitude, d’avoir l’impression de ne plus exister en tant d’individu. Je pense que j’ai besoin de m’oublier, de manière totale. De m’effacer. J’essaie de me plonger dans le boulot, mais il me paraît tellement vain et sordide que ça ne fonctionne pas plus de 4 minutes 32. J’arrête pas d’allumer mon téléphone, j’use les pixels de l’écran à force d’attendre de voir son numéro s’afficher.

C’est tellement con. Tout ça est complètement con de merde.

J’ai pris des billets pour Lyon, je vais y passer tout le week-end avec des potes. J’ai trop peur de rester toute seule même si ça m’emmerde grandement d’imposer le sac de morve et de désespoir qui a l’air de me remplacer à des gens que j’aime.

Rupture, jour 1 : première respiration

J’ai réussi à me foutre la tête dans un sac pour cesser de respir-non le boulot, je me suis concentrée sur autre chose pendant une grosse heure et ça m’a fait du bien. Je réalise que j’en ai été incapable pendant un mois, tellement je psychotais tout le temps, tellement je me posais de questions. Là il n’y a plus de question, rien qu’un très gros manque qui fait mal mais j’arrive à l’oublier quelques temps.

Mon collègue-voisin m’a donné une tartelette aux fruits rouges qui colle, j’en ai mangé la moitié et même si mon corps me fait déjà comprendre qu’au moindre mouvement brusque les fraises reverront une dernière fois le soleil, j’ai au moins un peu de sucre pour tenir jusqu’à ce soir.

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J’ai rigolé plusieurs fois à l’article sur les salles de sport, ça fait du bien. J’ai peur de ce soir. J’ai peur de passer le cap d’une journée entière sans lui parler : c’est jamais arrivé depuis que je le connais.

J’ai pas pleuré depuis plus d’une heure. Joie. Mais il me manque tellement. Je vois passer plein de d’images ou d’articles que j’ai envie de lui envoyer, ça me flingue de ne plus pouvoir le faire.

Rupture, jour 1 : soirée dans le brouillard

Je bosse sur un événement ce soir, je dois faire semblant d’être ravie d’accueillir des gens venus essayer des aspirateurs qui coûtent un RSA et animer les réseaux sociaux comme si tout ça n’était pas d’une futilité scandaleuse. J’ai pas envie de pleurer mais plutôt de hurler et de casser des trucs, qu’il n’y ait plus rien de joli ni de propre autour de moi.

Après le départ des gens ont est allés boire des coups avec les gens de la boîte qui participaient aussi à la soirée. J’ai bien trop bu et je me sens vide et anesthésiée.

Je suis fatiguée.

Faye viendra vous raconter la suite très bientôt ; en attendant, retrouvez-la sur madmoiZelle et découvrez plus d’articles de qualité sur son Tumblr !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • ChoOkette
    ChoOkette, Le 17 août 2016 à 16h59

    Aaaaah @Kalena ça me fait la même quand je regarde Friends ! Quand je vois Rachel et Ross se séparer la première fois, en pleurs, que Ross tombe à genoux devant Rachel et qu'il la prend dans ses bras en serrant son visage contre son ventre, je finis toujours en pleurs :crying:

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