« Pourquoi la Haute Couture est-elle importable ? » et autres questions (pas si) cons sur la mode

Juliette répond de nouveau à tes questions (pas si) cons sur la mode, et s'intéresse cette fois au milieu de la Haute Couture et du prêt-à-porter !

« Pourquoi la Haute Couture est-elle importable ? » et autres questions (pas si) cons sur la mode

Cet hiver, je te proposais de m’envoyer dans un petit mail tes questions (pas si) cons sur la mode qui restent encore sans réponse… car peut-être que tu as peur de les formuler et qu’on te juge, que tu n’arrives pas à trouver la solution sur Google ou simplement que tu n’avais pas encore pensé à les poser !

J’avais d’ailleurs écrit il y a quelques mois un premier article — qui, je l’espère, a été limpide — répondant à certaines interrogations de madmoiZelles sur la lingerie et son univers impitoyable.

big-questions-pas-si-cons-lingerie

Avec plein de retard — car les stars se font toujours désirer —, je continue aujourd’hui à te fournir des explications à plusieurs questions que l’on m’a envoyées par mail et qui concernent le monde de la création de mode. Eh oui.

Les vêtements de créateurs importables et autres idées obscures

Par mail, Julie s’interrogeait (comme beaucoup de personnes d’ailleurs) sur l’utilité des vêtements créés par les stylistes renommés et dévoilés sur les podiums à l’occasion de la sortie de plusieurs nouvelles collections chaque année… car ils sont bien souvent immettables.

Eh oui, si tu ne t’intéresses pas de près à la mode, cette facette du métier est très obscure, car comme le dit si bien cette madmoiZelle :

« Dans quel but créer des choses aussi importables, même pour les grandes occasions comme des tapis rouges ? »

Si les vêtements présentés par les créateur•trices depuis les années 2000/2010 sont aussi fous, c’est tout d’abord conjoncturel.

Premièrement, il faut savoir que si les vêtements présentés par les créateur•trices depuis les années 2000/2010 sont aussi fous, c’est tout d’abord conjoncturel. Dans les années 80/90, les fringues hors du commun étaient rares, mais il y en a maintenant pléthore chez les nouveaux designers.

#jeanpaulgaultier fw 1989 #classy #unzipped #💁🏻#🙅🏻#💆🏻

A photo posted by g i a d a (@h_d__b_a_b_e) on

Une tenue simple pour aller au bureau — Jean Paul Gaultier, collection de 1989.

Comme je l’expliquais il y a quelques temps dans un article sur le monde de la mode et la crise financière, depuis le nouveau millénaire, le monde des podiums est de plus en plus accessible à de nouveaux•elles stylistes (et c’est tant mieux !). Des marques sont créées tous les jours et de ce fait, la concurrence est de plus en plus rude.

Paradoxalement, l’univers de la mode qui a connu un nouveau rythme économique pendant cette période a aussi beaucoup souffert de la grande crise financière et a dû s’adapter.

Quel rapport avec des vêtements importables ? Ne t’impatiente pas, j’y viens.

Ils vont devoir retenir l’attention de la population, en imaginant des vêtements tellement fous qu’ils vont faire parler de leur collection et de leur maison.

Vu que la concurrence au sein du milieu est beaucoup plus forte et que la crise financière n’arrange pas les affaires des créateur•trices — puisque le grand public va se tourner vers des choses plus nécessaires — ils vont devoir retenir l’attention de la population, en imaginant des vêtements tellement fous qu’ils vont faire parler de leur collection et de leur maison.

Eh oui, ces fringues n’ont jamais eu vocation à être portées, pas un instant, mais à montrer justement quelles marques sont dans le game, ce qui leur permettra de se faire connaître dans le monde entier.

#IrisVanHerpen #LUCID #Backstage Photography by #SonnyVandevelde

A photo posted by Iris van Herpen Official (@irisvanherpen) on

Jafar chuis coincée

Car les articles importables des défilés sont en réalité une vitrine de la collection qui est réellement achetable en boutiques. Les robes improbables de chez Alexander McQueen, Azzedine Alaya ou encore Gareth Pugh ne sont d’ailleurs réalisées qu’en un seul exemplaire, celui présenté sur le catwalk, sauf si une demande particulière est formulée après le défilé.

Les stylistes sont là pour vendre du rêve et faire parler d’eux.

En gros, ces vêtements sont là pour créer du rêve et faire parler des créateur•trices. L’industrie du luxe étant une des seules n’ayant pas trop souffert de la crise, et la mode étant étroitement liée à ce secteur, les stylistes (au sens artistique du terme) sont aujourd’hui des vendeurs de féérie, chargés de mettre des étoiles dans les yeux des consommateur•trices.

De plus, il y a un côté artistique à tout ça. La mode et l’art ont toujours été très copains au final, et la plupart des créateur•trices de mode ont aussi envie de laisser libre court à leur créativité en balançant sur les podiums des robes immenses, des combis entièrement faites de cuir ajouré… bref, ils/elles se lâchent.

Mais il faut toujours garder en tête que pour rester en vie, les griffes qui imaginent ce genre de choses ont parfois des mécènes (comme les artistes peintres ou sculpteurs), appartiennent à un grand groupe commercial ou encore ont une section « prêt-à-porter » qui leur permet de gagner de l’argent !

Quelle est la vraie différence entre prêt-à-porter et Haute Couture ?

Lorsqu’on ne travaille pas dans l’industrie (et encore, même quand tu fais partie du bordel, c’est parfois difficile à comprendre), on a souvent du mal à faire une différence entre le prêt-à-porter, la couture et la Haute Couture.

Pour le « commun des mortels », le prêt-à-porter équivaut aux marques accessibles et aux collections produites en masse comme celles de Zara, H&M ou Asos.

Un exemple d’une collection prêt-à-porter d’Asos.

La Haute Couture, elle, désignerait toutes les griffes qui créent des vêtements présentés sur les podiums comme Dior, Dolce & Gabbana ou encore Prada, pour ne citer qu’elles.

Le terme « Haute Couture » est en réalité une appellation contrôlée.

En réalité, c’est un peu plus compliqué que ça, car le terme « Haute Couture » est une appellation contrôlée que l’on ne peut pas utiliser à tout bout de champ. Pour pouvoir être estampillées avec ce terme prestigieux, les marques de mode doivent répondre à des critères précis :

  • Chaque vêtement (unique) doit être réalisé à la main, par une équipe composée de minimum 20 personnes, dans les ateliers de la maison.
  • Les collections doivent être présentées lors d’un défilé et comprendre au moins 50 nouveaux modèles avec un rythme de deux shows par an.
  • Les marques doivent être inscrites sur le calendrier officiel des collections Couture depuis au moins quatre ans et être parrainées par une autre maison Haute Couture pour obtenir le label.
  • Une surface minimum de tissu doit être utilisée pour la création des vêtements.

Parmi les maisons de couture qui font de cette petite famille, on compte quatorze membres permanents, quatre membres invités (une catégorie créée en 1998, pensée pour propulser de nouvelles marques prometteuses) et six membres correspondants (des maisons d’origine étrangère). Tu peux retrouver la liste sur la page Wikipédia du terme « Haute Couture ».

La plupart d’entre elles ont aussi un pôle prêt-à-porter et défilent donc quatre fois par an : deux défilés HC et deux PAP, voire cinq si elles différencient leur show « hommes » des autres.

À lire aussi : Gucci va rendre mixtes tous ses défilés, une décision rare dans le monde de la mode !

Enfin, les défilés Haute Couture au sens littéral du terme ne se déroulent qu’à Paris.

De fait, avoir ce label offre évidemment un rayonnement international à une marque, mais n’est pas là pour engranger des achats. Comme dit précédemment, il s’agit de collections-vitrines, faites pour montrer le savoir-faire des griffes.

Pour en revenir à nos moutons, le prêt-à-porter ne désigne pas uniquement les marques accessibles au grand public mais toutes celles qui ne sont pas porteuses de l’appellation Haute Couture. Sur ce point, les « grandes maisons » et les entreprises de « fast fashion » sont donc sur le même pied d’égalité.

Saint-Laurent, Chanel et autres Prada, aussi peu accessibles soit-elles, sont aussi (en partie pour certaines) des griffes de PAP.

En effet, derrière ce terme se cachent les vêtements qui sont des éléments finis, produits en grand nombre et disponibles dans des tailles standardisées (et non pas seulement sur mesure) : ce n’est donc pas une affaire de prix.

Pour résumer, les marques qui défilent ne font pas nécessairement de la Haute Couture

Pour résumer, les marques qui défilent ne font pas nécessairement de la Haute Couture, et leur appellation de prêt-à-porter ne diffère pas des griffes qui vendent des fringues pas chères du tout et qui ne font rien pour la Fashion Week.

J’espère avoir été claire, parce que c’est pas facile tout ce bordel…

Si tu as d’autres questions concernant les marques de vêtements et les stylistes, n’hésite pas à lâcher des comm’s, comme disent les jeunes !

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 11 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Polly Maggoo
    Polly Maggoo, Le 1 juillet 2016 à 19h51

    @Chocapiix Merci ! Je pensais que les parfums Gaultier était une licence, donc ça m'étonnait que cette activité à elle toute seule puisse compenser les pertes de la couture.

Lire l'intégralité des 11 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)