Adieu, enfoirés de pics de colère — La leçon de la semaine, par Sophie Riche

Sophie Riche a parfois piqué des grosses colères dans des situations qui n'en méritaient pas tant, et ça faisait pas du bien (du tout). Mais c'est de l'histoire ancienne, et elle vous explique comment elle a réussi à arrêter d'être zinzin.

Adieu, enfoirés de pics de colère — La leçon de la semaine, par Sophie Riche

J’ai longtemps eu des problèmes pour gérer ma colère, et je l’ai compris il y a peu. En fait, avant, je pensais que j’étais juste un peu impulsive et que c’était pas un souci.

Pourtant, même si je suis plus proche du golden retriever joueur et câlin que du Patrick Bateman de American Psycho, j’étais du genre à avoir des coups de grisou assez impressionnants et pas agréables du tout, ni pour moi, ni pour les autres.

Ça n’a rien de rare ou d’anormal : les colères, on en expérimente tou•te•s plus ou moins souvent, chacun à notre façon, soit en le gardant pour soi, soit en pleurant, soit en criant.

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Ça arrive, mais ce n’est pas productif, et ce n’est pas comme ça qu’on règle ses problèmes. C’est même, en fait, une façon d’en créer, je crois.

Avec la dizaine de gros pics de colère que j’ai eus dans ma vie, j’ai l’impression de m’être fait des films et d’avoir surréagi dans mes disputes.

Avec la, quoi, dizaine de gros pics de colère que j’ai eus dans ma vie, j’ai même l’impression de m’être sacrément ridiculisée, en plus de m’être fait des films et d’avoir surréagi dans des disputes avec des proches, amis, connaissances, inconnus ou autre.

J’ai arrêté de me flageller pour ça, parce que ce qui est fait est fait. J’ai encore du mal à regarder certaines personnes dans les yeux sans rougir jusqu’à la raie, mais passons. Je me suis excusée auprès des personnes qui en avaient le plus souffert, auprès des principaux concernés (j’ai encore deux ou trois personnes à revoir mais c’est presque fini)…

Et j’arrête de me flageller avec ça, surtout, parce que ça ne m’arrive plus. Et que comme repentance de ces mauvais agissements du passé, c’est quand même pas mal.

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Moi quand j’avais des pics de colère (c’est faux, c’est pas moi, c’est Hulk).

Identifier et décortiquer

Ça ne m’arrive plus, déjà, parce que j’ai identifié le problème : ça commençait alors que j’étais vexée ou sur un malentendu.

Ça ne m’arrive plus, déjà, parce que j’ai identifié le problème. Ça a été dingue, la différence, c’était presque du jour au lendemain. Je me suis posée avec ma honte et ma culpabilité, les jours qui ont suivi mon dernier pic de colère en date, et j’ai décortiqué le processus pour être capable de contrer la crise avant qu’elle n’éclate.

J’ai listé les différentes étapes du bordel : le fait que ça commence après m’être sentie vexée, ou à cause d’un malentendu, le cœur qui bat anormalement vite, les mains qui deviennent moites, et la montée en pression.

En identifiant la façon dont la colère fait son chemin dans nos cœurs et dans nos corps, on peut plus facilement l’arrêter et se dire :

« Je suis en train de me persuader que si mon pote pique dans mes frites c’est que si ça se trouve il est en train d’essayer de me faire comprendre que je devrais en manger moins. Est-ce que ce serait pas absurde ? Si. Je serais pas loin de piquer une colère que ça me surprendrait pas. En plus j’ai le cœur qui palpite. Respirons donc un petit coup : tout va bien se passer. »

Faire la part des choses

J’ai également cherché le dénominateur commun à toutes les fois où ça m’était arrivé, et bingo : ça se passait toujours en période de stress intense.

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Ces pics de colère, les plus mémorables, ceux dont je me souviens avec beaucoup de honte, sont tous survenus à un moment où je me chiais dessus en spray de peur (parce que j’allais rentrer à la fac et vivre toute seule, parce que je venais de quitter quelqu’un avec qui j’étais restée longtemps, parce que je devais sérieusement envisager de changer de travail et qu’en plus j’arrêtais de fumer...

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Ça m’a permis de comprendre que le stress que je pensais intérieur à la situation y était en fait tout à fait étranger, et qu’au lieu de faire payer le prix de mes angoisses à autrui, je ferais mieux, ou du moins j’aurais mieux fait de prendre le taureau de ma vie par les cornes. Hue dada.

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Pareil mais sur un taureau (et avec un t-shirt sans trous)

Ne pas se précipiter

C’est important de communiquer avec les gens. Mais choisir de le faire pendant un pic de colère n’est pas forcément le bon moment.

Il est important d’avoir parfois de sérieuses discussions, voire des disputes, avec des gens. Ça permet de mettre les choses à plat, de se dire les trucs, de régler d’éventuels problèmes de communication ou autres. Mais choisir de le faire pendant un pic de colère n’est pas forcément le bon moment.

J’veux dire, même si la raison de ton pic de colère (ou plutôt l’élément déclencheur, parce que s’énerver très fort implique souvent d’autres paramètres, comme on l’a vu au-dessus), c’est un acte ou une parole de ton mec, ta meuf, ton/ta pote, ce n’est à mon avis pas le moment de lui dire tous les trucs qui t’agacent dans son comportement.

Pourquoi ? Bah pour deux raisons :

  • Souvent, on ne dit pas les choses de la même façon, pas aussi clairement qu’on le voudrait, quand on est vraiment en colère
  • Le message passe rarement bien quand on le hurle.

Peut-être qu’il vaut mieux attendre que le sentiment pur et brûlant de colère passe pour régler ce problème, plutôt que de se mettre à hurler contre son proche en lui reprochant bien plus de choses qu’on ne le fait en vrai.

Et surtout, ça dépend quand même du contexte, j’imagine que tu sauras faire la différence entre la grosse gueulante qu’il faut pousser tout de suite (par exemple, si ton pote a piqué un téléphone sous tes yeux) et le pic de colère qui résulte de tout un tas d’autres facteurs que de l’acte ou du mot du proche en question (exemple : ton pote t’a piqué une frite) (accessoirement, tu passes ton bac demain).

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Moi quand je suis énervée parce que j’ai pris une machette à la place d’une pelle à tarte et que j’peux pas servir ma tarte (c’est faux, c’est pas moi, c’est Sun dans Sense8).

Dans tous les cas, il faut toujours selon moi revenir à la discussion une fois calmé•e, pour remettre les choses bien au clair une fois la tempête passée.

Pour montrer que les trucs qui nous tenaient à cœur nous tiennent à cœur une fois calmé•e, que c’était du sérieux (« On ne pique pas les téléphones des gens Michel, enfin ! »), et éventuellement pour revenir sur les moments où les mots ont dépassé ta pensée (« En revanche je ne pense pas que tu pues à ce point de la gueule, désolée, je me suis laissé•e emporter et je crois que quelqu’un venait de péter, j’ai confondu »).

Contre-exemple : si tu es en colère parce qu’un connard te harcèle dans la rue, tu peux zapper cette étape de l’explication tempérée du lendemain. Ce genre de cas de figure n’a absolument rien à voir.

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Aller pisser/respirer

Quand la colère monte alors que ça n’en mérite pas tant, parce que quelqu’un met un peu trop de temps à répondre à un texto après l’avoir lu, parce que tu penses que ton/ta cher•e et tendre est en train de flirter avec autrui alors que pas du tout (genre, il/elle est en train de lui dire de faire attention parce qu’il/elle a une chandelle au bout du nez), mon secret, c’est d’aller pisser.

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Que je sois chez moi, à une soirée, dans un bar ou n’importe où, je vais aux commodités pour me calmer, toute seule, et respirer un grand coup en me concentrant sur l’air que j’inspire et celui que j’expire (tant pis si ça sent l’urine). Ça aide à faire le point, et à revenir à un peu plus de discernement.

Une façon discrète de s’éclipser qui évite quelques scènes à base de « TU CROIS QUE J’T’AI PAS VU•E DRAGUER LE MEC/LA MEUF QU’A DE LA MORVE AU NEZ ? »

Depuis que j’ai compris que j’avais besoin de gérer un peu mieux ma colère (comme plein de gens, donc), j’y arrive pas mal et ma vie est si chouette qu’elle en chante du Gloria Gaynor au réveil, des fois.

Ça n’a rien changé à ma personnalité : je suis toujours aussi spontanée. J’ai gardé mon impulsivité, mais j’ai juste arrêté, j’espère pour toujours, de faire du mal aux gens avec.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lagodiche
    Lagodiche, Le 24 mai 2016 à 18h03

    @MésangeBleue Merci!! :highfive:
    En fait, ça fait des années (5 ans... je crois) que je fais cette analyse, que j'avais commencée avec une autre psychanalyste, en France.
    Celle que j'ai actuellement (en Belgique) donne des cours mais suit une théorie différente de la première...
    Je sens que petit à petit je comprends des choses, mais que je commence à en vouloir à mes parents.
    Que je commence à penser que "si je suis comme ça, c'est de leur faute" et ça m'inquiète.
    Je ne veux pas de rancoeur, je veux juste que ça aille mieux...
    J'ai pas envie d'en vouloir à qui que ce soit, en faisant ça, c'est exactement l'effet inverse que j'ai, au lieu d'être moins en colère, je le suis encore plus, mais cette fois en étant tout à fait consciente de ce pourquoi je leur en veux! J'ai juste envie d'être un peu plus sereine, apaisée...
    Sinon, j'ai entendu parler des thérapies comportementales. J'avoue que je ne sais pas trop quoi en penser, il parait que c'est très bien... Mais je suis naturellement méfiante. Je vais me renseigner quand même.
    J'ai trouvé un livre intéressant, qui est de Didier Pleux "Exprimer sa colère sans perdre le contrôle". Je ne suis pas encore arrivée à la fin du bouquin, et donc aux trucs à faire lorsqu'on a tendance à vouloir péter des câbles pour des raisons parfois complètement différentes les unes des autres. Si j'avance un peu dans mon cheminement, (et que je reviens déjà un peu moins souvent à la case départ) j'essaierai de partager ce qui aura marché pour moi.

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