Les phrases stressantes de notre enfance

Sophie-Pierre Pernaut, vénère, revient sur les phrases les plus stressantes qu'on prononçait enfant... et qu'on prononce toujours aujourd'hui.

Les phrases stressantes de notre enfance

Je sais que tu fais tout pour l’oublier, mais laisse-moi te le rappeler encore une fois : oui, tu as été un monstre. Désolée de te le dire aussi crûment, mais c’est de la logique pure, puisque nous l’avons tou-te-s été pendant plusieurs années.

Le constat est cruel, mais autant se rendre à l’évidence : nous n’avons pas pu échapper à l’enfance. Cette période où l’on se croit irrésistible de drôlerie et super malin.

Moi, les enfants d’ailleurs, je leur rends service : chaque fois que j’en croise un, je lui dis tout. Je lui dis le père Noël, la petite souris, le chômage, la probabilité qu’il finisse alcoolique. Je suis honnête, quoi.

En toute logique, je n’hésite donc pas à leur dire que leurs phrases sont pourries, qu’elles sont NULLES, qu’ils devraient se flageller pour oser les prononcer aussi souvent en se croyant pertinents.

Aujourd’hui, vous l’aurez compris, l’heure est à la dénonciation : je dénonce ces phrases gonflantes que nous avons dit quand nous étions enfants, et je dénonce le fait qu’elles continuent actuellement d’être prononcées dans les cours de récréation et environnement naturel de l’enfant de manière générale. Voilà les pires.

« C’est c’ui qui dit qui y est »

Cette phrase, souvent prononcée de manière exclamative, est une tentative laborieuse de répartie. Quand l’enfant se fait insulter, avec plus ou moins de vulgarité dedans — ce qui n’est pas drôle, parce qu’un enfant qui se fait insulter c’est triste, il a le droit de dire « c’est c’ui qui dit qui y est » — et ça devient encore plus triste.

Le Petit Malin peut bien trouver ça nul : il avait des scénaristes qui lui écrivaient ses réparties, lui, alors bon.

Il est temps de mettre fin à ce fléau et de faire comprendre aux enfants que ça n’a absolument aucun sens. Exemple pioché au hasard dans mon cerveau sain : si je dis à un garçon qu’un de ses testicules dépasse de son caleçon et qu’il me répond « c’est c’ui qui dit qui y est », est-ce qu’il sera dans le vrai ? Non. Car…

  1. Je n’ai pas de testicules
  2. Il n’y a donc aucune raison pour que l’un d’entre eux dépasse de mon caleçon
  3. Surtout que je ne porte jamais de caleçon (à part si tu classes les leggings dans les caleçons et faut être drôlement lotie pour réussir à faire dépasser une gonade dans ce cas de figure).

La leçon qu’on aurait dû apprendre avant de parler : mieux vaut se taire à jamais que faire des contresens.

« J’vais l’dire à ma mère/mon père »

Quand le « c’est c’ui qui dit qui y est » ne suffisait pas pour fermer le clapet de celui ou celle qui m’emmerdait, je sortais ma carte magique : celle de la menace de délation. Si mon adversaire continuait à me dire que vraiment, mon gilet préféré, il commençait à faire des boulettes, je répliquais alors « je vais le dire à ma mère/mon père ».

C’était stupide : concrètement, et à raison, mes parents n’en auraient rien eu à foutre. Ils en auraient d’ailleurs profité pour me dire que « oui, en effet, ton gilet fait des boulettes, mais si tu continues à ne vouloir mettre que celui-là, assume ».

Je sais pas, les enfants qui prononcent ça s’imaginent-ils vraiment que leurs parents vont débouler avec des battes de baseball et les copains du quartier pour défoncer les dents de leur camarade un peu malpoli ? Je demande.

Mary Kate/Ashley Olsen indiquant à l’enfant le chemin de la dignité la plus proche.

La leçon qu’on aurait dû apprendre avant de parler : autant apprendre à se défendre tout seul parce que la vie est une chienne de toute façon.

« C’est marqué ça [insérez ici une phrase approximative] »

Tous les enfants que je connais ou que j’ai connu m’ont un jour fait le coup. Moi-même, j’ai fait le coup : alors que je ne savais pas encore lire mais que j’avais très envie de maîtriser la lecture, je montrais du doigt tous les panneaux, posters, couvertures de magazines en faisant semblant de décrypter les lettres alors que j’inventais.

Et ça aurait pu être dangereux si j’avais un jour lu « trésor à dénicher ici, viens rigoler » sur un panneau qui annonçait « danger de mort ».

Les enfants que j’ai connus ne me laissaient jamais leur lire une histoire. Ils inventaient en s’inspirant des images. Je n’ose même pas vous raconter ce qu’ils ont fait au Vilain Petit Canard : un vrai carnage. C’était énervant, ça n’avait aucun sens et c’était chronophage.

Bon, ces enfants, je les aime toujours bien, mais je me ferai un plaisir de leur rappeler un jour ce qu’ils m’ont fait subir nerveusement parlant (c’est-à-dire ce que j’ai fait subir à d’autres avant eux).

La leçon qu’on aurait dû apprendre avant de parler : il ne faut jamais essayer d’aller plus vite que son rythme, chaque chose vient à point à qui sait attendre d’apprendre à lire sans être relou.

« Y a pas d’arête dans le bifteak »

En réponse à une injonction en un mot de type « arrête », l’enfant répondait souvent, à mon époque, cette maudite phrase. Un groupe de mots qui me donne, aujourd’hui encore, plus de boutons qu’une cure de tartines aux rillettes et pépites de chocolat.

Ce qui était, pour moi et mes camarades de classe, une façon de se rebeller dans l’humour face à l’autorité parentale (le « arrête » étant bien souvent clamé à mon encontre parce que je faisais une connerie), était un non-sens pour le reste du monde.

Car cette phrase intemporelle n’a aucun intérêt : non seulement elle n’a aucun sens ni aucun rapport dans aucun contexte, mais en plus, elle ne rime pas. Ça me tue.

Dakota se cache de peur que j’annonce au monde entier le fait qu’elle aussi a un jour cédé à la vanne sur les arêtes. Trop tard. Nul.

Car cette vanne, tout le monde l’a faite. Tout-le-monde. Pourtant, déjà de mon temps, on me regardait d’un oeil torve quand j’osais la sortir. Alors pourquoi, pourquoi diable l’ai-je donc entendu l’autre jour au supermarché, dans la bouche d’un enfant ? Dans ma tête, il n’y a que deux explications :

  • soit ils sont trop fortement influencés par leurs grands-parents,
  • soit leurs aîné-e-s s’amusent à les troller en leur disant que s’ils utilisent cette phrase, ils auront l’air cool.

Dans tous les cas, c’est moche.

La leçon qu’on aurait dû apprendre avant de parler : non.

Ceci dit, relativisons : c’est vrai que les petits enfants sont assez irritants pour les nerfs, mais après, ça peut être pire, vu que les chances sont assez nombreuses qu’ils se transforment en apprentis Jaden Smith aux sourcils fous :

Je mets pas de légende méchante parce qu’après il va le dire à son père et je vais être blacklistée de la Terre.

Oui : peut-être que les enfants traînant les voyelles aujourd’hui seront les adolescents chantant leur swaggity soingance demain. Et c’est autrement plus angoissant.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Dreambreaker
    Dreambreaker, Le 5 août 2013 à 0h57

    gosh;4274332
    Donc aucune de vous n'a jamais subi l'affreux chantage affectif du ' t'es plus ma copine ?", je suis déçue
    Ah bah si, bien sur ! Encore que moi c'était "j'suis plus ta copine !!" ce à quoi je répondais, me sentant très maligne "bah si hein, y'a que moi qui peux décider si t'es ma copine ou pas t'es trop bête". À la réflexion, hein..

    Chez moi le truc du rapporteur, c'était "Rapporteur de paris mets ta couche et va au lit". Pourquoi de Paris, alors que je n'ai JAMAIS vécu à Paris ? Aucune idée. D'autant qu'à l'idée, j'associais Paris + rapporteur à.. Contrôleur. Oui. C'est idiot. Je sais.

    Y'a eu cette phrase, aussi, quand on me sortait une vanne "Très drôle, t'as fait l'école du rire ?" avec une pose de mini-pouf, la main sur la hanche et le regard provocateur genre "si tu essaies encore d'être drôle, j'te fais bouffer ta vanne".

    Le pire dans tout ça, c'est que ça continue, ces phrases super connes. En ce moment, ma phrase c'est "de toute façon t'es trop laid(e)", ou, dans mes jours de bonté "T'as de la chance que j'ai pas de répartie !". J'suis pas sûre que l'effet soit meilleur que le "T'es plus ma copine"

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