Relativiser la peur de dormir seule — La leçon de la semaine, par Sophie Riche

Savoir dormir seul•e, c'est acquis pour presque tout le monde. Pourtant, c'est pas le cas de Sophie qui en est presque incapable, mais ça ne l'empêche pas de relativiser.

Relativiser la peur de dormir seule — La leçon de la semaine, par Sophie Riche

J’ai 27 ans (tu sais, je l’ai dit la semaine dernière — les gouttes d’urine, tout ça). 27 ans, c’est plus vieux que 12 et 23, mais c’est pas TRÈS vieux non plus. C’est en tout cas moins vieux que, par exemple, 45 ans. Ou 28. Ou 126 775 ans.

Bien, maintenant que nous avons fait nos calculs du jour, on va pouvoir passer au sujet de la semaine. D’ailleurs, je m’en souviens plus. Je me suis tellement concentrée sur mon âge que j’en ai oublié tout le reste. Bonjour, qui êtes-vous ? Cette fraîcheur dans votre allure, formidable ! Vous aimez le chou fermenté ? Moi aussi. Bonjour !

Qui êtes-vous ?

AH ! C’est bon, ça me revient. Je disais donc, j’ai 27 ans. C’est pas énorme, mais c’est quand même pas mal. À 27 ans, je commence à me voir comme une adulte. Je m’envisage comme telle et je le dis sans en avoir la raie qui tremble. Mais y a un truc que tou•tes les adultes de 27 ans semblent savoir faire et que je sais plus faire. En tout cas, plus comme il faut, et plus du tout sereinement…

Dormir seule.

À lire aussi : La peur de dormir seule, ce fléau du quotidien

J’ai jamais eu le sommeil serein ou facile à trouver. Je me réveille la plupart des nuits, plusieurs fois, après quelques cauchemars bien faisandés et le drap housse défait tellement j’ai bougé dans tous les sens.

J’ai toujours ressenti de l’angoisse, parfois petite, parfois énorme, avant d’aller me coucher. J’suis tellement pas à l’aise avec ça que quand j’étais toute petite, pendant une année entière, je pleurais pendant plus d’une heure tous les soirs quand la nuit tombait.

bad hair day

Ça se voyait déjà, sur ma tête, que j’étais sacrément casse-couilles. Je trouve.

À lire aussi : REPLAY — L’éMymyssion spéciale sommeil

Plusieurs années après avoir quitté le domicile familial, j’ai vécu toute seule. Mis à part deux ans en coloc, j’ai passé le reste du temps dans deux tout petits studios et un trois-pièces, dont je vérifiais scrupuleusement chaque recoin avant d’aller me coucher.

J’ai vécu seule et je me suis donc habituée à dormir sans personne la plupart du temps, parce que quand j’étais pas célibataire, j’étais en relation à distance, et quand j’étais pas en relation à distance, j’étais en relation sans dormir chez l’autre, et quand j’étais pas en relation sans dormir chez l’autre, je dormais avec quelqu’un, mais du coup tu vois, c’était loin d’être la majorité des nuits.

Je savais donc dormir seule, mais comprends bien : j’avais pas le choix. Fallait que je dorme. Je vérifiais partout si j’avais pas laissé entrer par mégarde un tueur en série ou une créature monstrueuse, mais je savais dormir seule.

Je vérifiais partout si j’avais pas laissé rentrer par mégarde un tueur en série ou une créature monstrueuse, mais je savais dormir seule.

Et puis, y a un an et demi, j’emménageais pour la première fois avec quelqu’un dans une dynamique de couple, renonçant ainsi avec joie aux angoisses au moment du coucher. Tous les soirs, de toutes les semaines, de tous les mois, de toutes les années.

Tous les soirs de toutes les semaines, de tous les mois, de toutes les années sauf un soir par semaine, en fait.

À lire aussi : Le sommeil et ses mécanismes complexes

Le problème, c’est qu’elle est peut-être encore pire qu’avant, l’angoisse que j’éprouve ces soirs-là, parce que je vis dans un appartement « atypique » avec de nombreuses petites pièces, plusieurs escaliers — et donc plusieurs dessous d’escaliers — ainsi que deux mezzanines.

Quand j’y suis seule, je me sens pas 100% à mon aise dedans parce que mon cerveau d’enfant flippée y voit bien trop de cachettes potentielles.

cache cache

Moyen envie de jouer à cache-cache avec un bandit (le bandit c’est l’enfant) (je suis le singe apeuré).

Tous les mardis, je dors seule, et faut dire ce qui est : je dors pas vraiment.

Je dors pas vraiment parce que je vais me coucher quand je ne tiens vraiment plus debout, et si ça peut être quand le jour se lève et que le ciel s’éclaircit, même un tout petit peu, c’est encore mieux (sinon je vais me coucher en laissant les lumières allumées parce que j’ai toujours le malheur de repenser à ce court-métrage que j’ai même pas regardé, on me l’a juste raconté).

À lire aussi : Les choses débiles auxquelles on pense pendant une insomnie

Alors attends, la leçon de la semaine n’est pas :

« Si tu n’arrives pas à dormir seul•e, reste éveillé•e jusqu’à 5h51 du matin, puis dors une heure, puis somnole toute la journée en cours ou au travail et rate ta vie ».

Je peux faire ça parce que je bosse en indépendant et que je travaille globalement quand je veux (tant que je fais ce que j’ai à faire).

À l’heure où je t’écris, j’ai dormi de 4h30 à 8h du matin et je pourrais totalement aller dormir (sauf qu’aujourd’hui est un mauvais exemple, parce que j’ai un artisan qui repeint des trucs chez moi — du coup, je vois un peu double de fatigue).

Je mets des mots sur le fait que j’ai peur la nuit et que dormir seule m’angoisse.

Dormir 3h30, c’est vraiment pas beaucoup, mais c’est toujours mieux qu’avant : j’apprends, petit à petit, à apprivoiser mes nuits toute seule.

Comment ? Déjà, je le dis : je mets des mots sur le fait que j’ai peur la nuit et que dormir seule m’angoisse (pour des raisons, la plupart du temps, pas rationnelles pour un sou).

J’arrive pas à dormir seule ? Bah oui bah tant pis. Je vais travailler là-dessus, en faire le sujet d’une ou plusieurs séances avec un•e professionnel•le de la prise de recul alias un•e psy quand j’aurai un peu plus les moyens, et ça ira mieux.

big-comment-choisir-son-psy

Le dire, l’assumer, c’est déjà une bonne chose. J’invente rien : reconnaître qu’on a un problème et mettre des mots dessus, ça aide. Alors que se boucher les oreilles en criant « LALALA TOUT VA BIEN JE VOIS PAS LE SOUCI », ça empêche d’avancer.

Un autre truc que j’ai compris, c’est que même s’il faut prendre chaque problème au sérieux, ce n’est pas forcément toujours nécessaire de dramatiser. Ok, j’arrive pas à dormir seule, sauf vraiment exténuée et au petit jour. Eh bah soit.

Je vais arrêter de me morfondre en regardant les heures défiler et en restant coite, incapable de me lever du canapé pour aller dans mon lit, et je vais rentabiliser ces heures-là (en vrai, je dis « je vais arrêter », mais c’est ce que je fais depuis quelques mois et ça va vachement mieux).

fraicheur bob patrick

Moi les lendemains de soirées où j’ai dormi seule.

Je vais mettre à profit ce moment pour faire des trucs que je dois ou que j’ai envie de faire. Hier, par exemple, j’ai bossé sur des textes et écouté de la musique au casque en total playback en faisant une petite choré du buste.

Oui, j’étais trop fatiguée pour vraiment danser (et trop complexée par ma façon de danser aussi) (j’arrive à danser que quand j’ai un peu bu… et le lendemain, j’ai honte en y repensant — et le surlendemain j’ai honte aussi).

Parfois, je me contente de regarder des films, ceux que j’ai envie de voir seule sans ma moitié ni mes potes, parce que je sais que ça leur plairait pas ou juste parce que j’ai envie de me garder ce genre de moments-là pour moi.

Je vais mettre à profit ce temps-là pour faire des trucs que je dois ou que j’ai envie de faire. Ça n’est pas du temps perdu, et on oublierait presque qu’on s’angoisse : c’est donc doublement positif.

Parfois, je fais des mises au point devant la glace à destination des gens avec qui je n’ai pas eu l’occasion de m’expliquer (ça, c’est souvent quand je reviens d’une soirée ou d’un apéro et que je suis un peu pimpon) (est-ce qu’on est peu à faire ça ? À parler devant la glace ? Ou alors est-ce que je suis zinzin ?) (en tout cas, écoute, ça me détend, ça me débarrasse de plein d’émotions négatives, je recommande) (pis en plus, c’est en faisant ça que j’ai appris à apprivoiser un peu mon visage).

Bref, c’est pas du temps perdu, quoi ! Et en s’occupant, on en oublierait presque qu’on angoisse. C’est donc doublement positif.

Je sais pas si, avec le temps, on peut réussir à se débarrasser complètement de ce genre de peurs. Je sais en tout cas qu’à l’avenir, quand j’aurai besoin de déménager, je rajouterai à côté de mes exigences de petit balcon et de luminosité la précision suivante :

« Un truc sans étage et sans trop de recoins sombres. »

Parce que bon, travailler sur ses angoisses, c’est aussi prendre des décisions pratiques pour ne pas que les choses empirent sur le long terme.

À lire aussi : Test — Qu’est-ce qui t’empêche de trouver le sommeil ?

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 10 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Camilia Pond
    Camilia Pond, Le 6 juin 2016 à 23h00

    @Amara81 Oui le matin generalement je me "rends compte" que j'y vois rien seulement apres la douche, a condition que j'aie pas mis mes lunettes avant de mettre mes lentilles x) j'apprécie aussi d'y voir pas net, mais globalement je flippe plus quand j'ai mes lunettes que quand j'ai rien etrangement x) l'habitude des lentilles a mon avis, je mets quasiment plus mes lunettes, du coup quand je les mets y a toujours un temps d'adaptation, sauf qu'entre la salle de bain et le lit, j'ai pas le temps de le depasser generalement x)

Lire l'intégralité des 10 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)