Orelsan, l’interview : « faut savoir lire entre les lignes »

Avec Le Chant des Sirènes, je ne m’attendais pas à grand chose. Disons que j’avais tendance à sous-estimer Orelsan. Je l’avais découvert, comme beaucoup, avec le clip de Saint Valentin. Je me suis bidonnée quelques jours devant son clip, je ressortais ses répliques dans mes conversations de tous les jours, et puis je suis passée […]

Avec Le Chant des Sirènes, je ne m’attendais pas à grand chose. Disons que j’avais tendance à sous-estimer Orelsan. Je l’avais découvert, comme beaucoup, avec le clip de Saint Valentin. Je me suis bidonnée quelques jours devant son clip, je ressortais ses répliques dans mes conversations de tous les jours, et puis je suis passée à autre chose.

Je me suis souvenue de son existence quand le lynchage a commencé. Sale Pute n’a pas plus à tout le monde, et il l’a payé cher. De mon côté, j’étais la Suisse, j’arrivais pas à savoir ce que j’en pensais. Je suis restée en retrait, je prenais sa défense au nom de la liberté d’expression, je lui tapais un peu dessus au nom du Droit des Femmes. J’insistais sur le fait qu’il s’agissait d’une oeuvre fictive, alors que j’en savais rien. Que même s’il pensait ce qu’il disait, ça pouvait se comprendre, personne n’aime être pris pour un con, alors on se lâche, on se défoule. Bref, je suis restée là-dessus, à ne pas trop savoir quoi en penser, si ce n’est que tout cet acharnement sur une personne était bien excessive. Autant s’en prendre à toute l’industrie du rap, autant aller jusqu’au bout. Et je suis passée à autre chose.

Je ne me suis plus intéressée à Orelsan jusqu’à la sortie de Raelsan. Ce changement d’image m’a séduite, même si j’avais encore un peu de mal avec son flow, qui demande un petit temps d’adaptation. Et puis j’ai écouté Le Chant des Sirènes. Et je me suis pris une beigne.

Je devais l’écouter pour travailler sur mon interview, mais j’ai mis trois plombes à trouver une questions par laquelle commencer. J’avais le cerveau brouillé. Je me concentrais sur ce que j’écoutais pour trouver des choses à dire, des sujets à aborder, mais j’y voyais de moins en moins clair. Plus j’écoutais, plus je m’affaissais. A la deuxième écoute, je me suis effondrée. J’ai chialé comme une gosse pendant vingt minutes, sans trop savoir pourquoi. Les chansons plus légères telles que Mauvaise Idée, Ils Sont Cools ou 1990 me permettaient de reprendre ma respiration entre deux uppercuts. Suicide Social m’a mise K.O., je me demandais ce que j’étais censée faire maintenant que je m’étais pris tout ça dans la gueule. Comment faire comme si de rien n’était, alors qu’il venait de me foutre le nez dans toute la merde qu’on refoule au quotidien.

Si Seul et Elle Viendra Quand Même m’ont ramenée à des angoisses que j’avais enterrées au plus profond de mon crâne, que je pensais ne plus jamais avoir à affronter. Je me suis revue à l’époque où je nageais dans ma lose, dans un vide et une incertitude constante. Ça m’a donné le vertige, et j’ai pas su gérer le contrecoup.

Le Chant des Sirènes ne fera certainement pas le même effet à tout le monde, mais je n’oublierai pas cette expérience de sitôt. Les refrains entêtant de La Terre est Ronde, La Petite Marchande de Portes-Clés ou Plus Rien Ne M’Étonne, me restent en tête depuis la première écoute. Je n’avais pas été secouée comme ça par un album depuis une éternité. Il s’agit d’un ressenti extrêmement personnel, je n’ai pas encore trouvé comment expliquer l’effet qu’il m’a fait, mais je l’écoute en boucle depuis que j’ai réussi à passer le cap des torrents de larmes.

Et cette fois, je vais avoir un peu plus de mal à passer à autre chose.

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 33 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Jeanne des brums
    Jeanne des brums, Le 30 septembre 2012 à 23h42

    Je le trouve décidemment hyper intéressant cet Orelsan. J'aime beaucoup quand il dit qu'il n'est pas quelqu'un d'engagé, qu'il n'a pas de vérité de vraie, de science, de conviction. On pourrait prendre ça pour de l'inconsistance, mais je pense que c'est surtout une grosse honnêteté intellectuelle de sa part que de l'assumer comme ça, brute de pomme, en interview.

    Derrière son côté très flegmatique, ça a l'air d'être un mec hyper humain, plein de contradictions, et sa musique ne m'en touche que plus.

Lire l'intégralité des 33 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)