Ode à mon ancien piercing

Lulla_Dirt a eu un piercing à la lèvre pendant cinq ans, et il a été bien plus qu'un accessoire. Ode à ce petit bout de métal qui lui a tant apporté.

Ode à mon ancien piercing

À toutes celles qui ont eu envie un jour de se trouer la peau, j’aimerais raconter l’histoire de mon piercing, ce vieil ami. Cet accessoire, ce prolongement de ma personnalité n’était autre que le reliquat de mon enfance, des livres que j’ai pu lire, des groupes que j’ai pu écouter, ou des images que j’ai pu découper dans les magazines…

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Les influences

En 2003 j’ai 13 ans, les cheveux trop longs, je m’habille comme Avril Lavigne, je ne suis pas encore une ado ingrate, et surtout je découvre le ROCK. C’est un autre monde, un univers qui me fascine par ses codes, ses sons, son esthétique, ses symboles, mais aussi avec ses idoles, mes idoles : des femmes fortes, à la voix éraillée, au look et à la vie décousue.

Deux m’ont particulièrement marquée : Courtney Love, avec ses robes de femme-enfant, sa grande gueule et sa bouche d’écorchée vive, et Brody Dalle, avec sa peau si blanche, ses crêtes, ses vestes en cuir, et surtout sa voix grave, profonde, puissante. Tellement sexy cette Brody, je rêvais d’avoir un piercing à la lèvre comme elle.

Le rock était devenu mon identité, mon rapport au monde, et malgré mes baggys et mes t-shirts rapiécés, je voulais aller jusqu’au bout, marquer cette culture rock dans mon corps, me l’approprier.

Brody, MARRY ME !

Je voulais aussi avoir un piercing original : la tendance à l’époque était d’avoir la langue ou le nombril percé, avec des bijoux clinquants, aux couleurs vives, style bling-bling ou rastafari.

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Le passage à l’acte

Dès que j’ai eu 18 ans, j’ai pris rendez-vous. J’ai dû vouloir marquer ce moment, cette vie d’adulte qui s’offrait à moi, avec ses promesses, ses fêtes, ses possibilités infinies… J’avais pris rendez-vous avec un perceur réputé et incroyablement professionnel, qui a refusé de me prendre la première fois car j’étais arrivée en retard.

J’ai donc dû insister, dépasser ma honte, rappeler, m’excuser, reprendre rendez-vous. La douleur n’a duré qu’un quart de seconde, comme si on me pinçait très fort, puis c’était fini.

Forcément, un signe d’individualité aussi marqué suscite certaines questions (toujours les mêmes, soit dit en passant) : Est-ce que ça fait mal ? Est-ce que tu peux manger avec ? (Non, je ne mange plus depuis trois ans.) Et ton copain, ça ne le dérange pas ?

piercing1 Dude.

Mais je n’ai pas trop souffert du jugement des gens : aujourd’hui le piercing n’est plus un acte marginal, il s’est popularisé. Bien sûr, j’ai déjà entendu des gens parler sur moi, vu des regards inquiets ; on m’a aussi déjà dit que je faisais mauvais genre, ou que « je serais tellement plus jolie sans ce piercing »… Mais je ne me suis jamais fait « bousculer », et j’ai toujours réussi à trouver des jobs malgré ça.

Il ne m’a jamais dérangée lors du sport, ou de soirées, ça ne m’a jamais empêchée de sortir dans des endroits cossus, ou de plaire… Au contraire, je me faisais souvent draguer, et la première phrase d’accroche était souvent sur mon piercing. Pour moi, accessoiriser les lèvres revient toujours à affirmer une certaine connotation sexuelle, un cri, le cri du sexe, de la féminité, du corps.

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La symbolique du piercing

J’aimais le fait qu’il s’accordait avec mon collant troué et mes bottes de motarde, autant qu’il dérangeait quand je mettais une robe chicos à un gala… Je trouvais qu’il sublimait ma bouche, mon look, les photos de moi, tout. Un piercing attire l’œil : c’est une sorte de parure de séduction, mais aussi la revendication d’un état, d’un style parfois.

Je me rends compte que je me cachais derrière mon piercing, comme s’il englobait tout : les gens pouvaient ne faire attention qu’à ça, juger par rapport à ça, se faire des idées. Je faisais partie d’un univers rock, et le piercing légitimait ma présence dans les soirées et festivals de métal ; il agissait comme une véritable carte de visite, retranscrivant mes désirs, mon imaginaire, mes fractures, ma mémoire.

De plus, un objet de parure influe forcément sur l’inconscient, sur la personnalité : avec mon piercing, je me sentais plus rock, plus forte. Cet anneau en métal agissait sur mon imaginaire individuel, mais aussi collectif : il était le prolongement de mon identité culturelle et symbolique. Peut-être avais-je aussi eu envie de couper les ponts avec ce que j’étais avant : une fille timide, que je trouvais un peu transparente…

L’acte du piercing, en tant que modification corporelle, signifie souvent une rupture avec soi-même, la création d’un nouveau soi. Le paraître prime sur l’être : en m’appropriant mon image, mon corps, j’avais réussi à changer ma personnalité et à devenir celle que j’avais toujours voulu être, une fille qui n’a peur de rien, qui prend tout en main.

Et maintenant ?

Je l’ai porté cinq ans, et je l’ai enlevé il y a plus d’un an. Je crois que je m’étais lassée. Ou peut-être que j’avais enfin trouvé mon look, l’attitude qui me convenait, la personnalité que je souhaitais avoir. Je n’avais plus besoin d’attirer, ou de me cacher derrière. Je le gardais jour et nuit, je l’ai seulement enlevé pour les sports de combat.

Maintenant, quand je vois les photos d’avant, ça me semble tellement loin. Ce n’était qu’un petit piercing, mais il m’a inspirée, dirigée, orientée.

Tu me manques, même si tu étais un prétexte pour que tous les relous du coin viennent me parler… et même si tu m’as légèrement tordu les dents !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Shinigamylle
    Shinigamylle, Le 26 février 2015 à 4h48

    Ah les piercings, j'ai passé le cap assez tard, avec mon double hélix pour mes 21 ans (eux on va dire qu'ils ont la signification de m'avoir fait mettre le pied dedans :P), et les autres ont suivit avec un délai de façon à les laisser se stabiliser avant d'en faire d'autre (sublingual, double tragus, tétons...). Ils n'ont pas de signification particulière, mon sublingual me fait juste triper grave, mon double tragus je le trouve juste très joli (et je trouve ce repli de cartilage très moche d'origine XD), et mes tétons, c'est juste que je trouvais ça terriblement beau et que maintenant avant d'aller à la douche, je kiffe me regarder dans la glace, je me trouve vachement classe avec 8D

    @Alycm : Je rebondirais juste sur le fait qu'il n'y a pas de raison plus "légitime qu'une autre" de faire un piercing, si ces filles veulent un tragus parce qu'elles l'ont vu sur leur copine et ont flashé, elles ont totalement le droit (le seul truc dommage c'est que dans ces cas-là elles se précipitent un peu trop et vont pas choisir un bon pierceur, voire même pire la bijouterie, mais si elles font ça comme il faut, aucun soucis), car il faut penser aussi que par exemple, si toi un jour tu as voulu un tragus, c'est que tu l'as vu quelque part, et que si tu veux un anti-tragus, c'est que tu l'as aussi vu :) Tout comme moi, tous mes piercings je les ai vus quelque part avant de les vouloir, ça ne fait pas de moi une tricheuse ou une bébête qui suit la mode juste pour dire :P
    Par exemple, ma petite sœur voulait à tout prix un piercing au nombril, en me citant ses raisons "Parce qu'un piercing au nombril ça fait classe, les autres me verront mieux, puis j'aime beaucoup". Du coup même si je trouvais dommage la volonté de le faire plus pour le regard des autres, soit, je le lui ai offert pour ses 16 ans, à condition qu'elle aille chez mon pierceur dont je connais le boulot, et depuis elle en prend soin et c'est tout ce qui compte ! :)

    @nka : S'il te manque autant, peut être que tu pourrais essayer de le faire piercer de nouveau et demander à ce qu'on te pose (après que ta langue ait dégonflé et qu'on te raccourcisse au maximum la barre) des embouts en plateaux complètement plats (comme on pose sur les surfaces), tu joueras beaucoup moins avec et ce sera sans doute plus confortable :d !

    @Abs24 : L'idéal quand on se fait piercer la langue, c'est de le faire pendant qu'on a plusieurs jours de congé (une semaine c'est parfait et suffisant :) ), comme ça tu auras le temps de t'habituer à parler avec :) (important par contre de choisir un vrai bon pierceur qui ne sort pas des absurdités comme quoi il ne change pas le gigantesque bijou de pose avant un mois, le bijou doit être ajusté dès que la langue a complètement dégonflé, même si ça ne fait que trois jours. Le garder plus longtemps serait complètement contre-productif car on mordrait dedans sans arrêt)

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