Manifeste pour le port de la jupe au masculin

Aujourd'hui, Alfrédette met sa plume au service d'une noble cause : militer afin que les garçons puissent porter des jupes en toute impunité.

Manifeste pour le port de la jupe au masculin

Ayé, c’est le printemps. Les petits oiseaux chantent, les petits élèves sèchent, les petits pois sont rouges. Vos doudounes sont définitivement remisées dans les tréfonds de vos tas de linge armoires proprettes, sauf si vous êtes masochistes et habitez dans les pôles glaciaires de notre beau pays. Vous avez même dû exhumer votre épilateur électrique des profondeurs où il moisissait, vouant le gueux inventeur de cet instrument de torture à une pendaison par le rectum.

Ainsi dépourvue de votre pelage hivernal, vous avez fièrement porté cet obscur objet du désir : la jupe. Seulement voilà : la gauche est passée au pouvoir, et un vent de liberté, d’égalité et de fraternité souffle dans nos villes et nos âmes. Pourquoi donc maintenir l’odieuse ségrégation vestimentaire qui prive nos frères et nos conjoints de ce bout de tissu si commode ? Camarades, unissons-nous pour abolir cette scandaleuse injustice.

N’avez-vous jamais rêvé d’un monde où l’on pourrait contempler à loisir les gambettes de Lambert Wilson ? Moi, si. Et fort souvent. (Lamblamb, si tu me lis, sache que je t’aime. Épouse-moi. Bisous). Étant donné que la fin du monde est prévue dans 223 jours, 4 heures et 12 minutes, il serait peut-être temps d’étudier la question en profondeur.

Cours, Forrest, Cours !

Le port de la jupe au masculin présente une foultitude d’avantages : de prime abord, nos amis les hommes ne pourraient plus se gratter les gonades en toute impunité, comme ils en ont la fâcheuse habitude. Pas plus tard qu’hier, alors que je m’ennuyais à mourir dans un train bondé, j’ai compté le nombre de fois où mon voisin avait commis ce crime contre la bienséance : le résultat se situe quelque part entre 149 et 150. À n’en pas douter, s’il avait porté une jupe, ou qu’il était né manchot, ce nombre faramineux n’aurait jamais eu lieu d’être.

Je suis prête à parier sur la vie de mon poisson rouge imaginaire que vous ne saviez pas que le pantalon cause, chaque année, à peu près autant de morts qu’un CD de Lara Fabian. En effet, la compression entraînée par le vêtement au niveau de l’équateur de ces messieurs cause des dommages irréversibles à nos cornées : entre le complexé qui loge une chaussette quelque part au milieu des Antilles, le crâneur qui prend un malin plaisir à choisir des pantalons trop petits pour lui et le rusé qui revêt des baggys pour laisser le champ libre à l’imagination, le pantalon ne sert qu’à commettre de viles tromperies sur la marchandise. De plus, une étude très sérieuse, réalisée par les frères Bogdanoff et Mickaël Vendetta, démontre que le pantalon nuit à la bogossitude et tue les spermatozoïdes. Moralité : continuez à aligner les paquets de Gitanes, mais laissez vos bijoux de famille respirer les sons et les parfums tournant dans l’air du soir.

Cela dit, l’abolition du pantalon n’est pas la seule raison pour laquelle l’humanité entière devrait porter jupons. Il est regrettable que l’uniforme et infamant pantalon noir qu’adopte 90% de la population masculine ne donne aucune indication sur l’humeur du mâle. Humeur qui, grâce à la jupe, serait connue en moins de temps qu’il n’en faut pour dire anticonstitutionnellement. Ainsi, l’on saurait que si monsieur Dupont porte aujourd’hui une ravissante jupe fourreau, c’est qu’il va voir sa galante. L’homme en pleine crise de la quarantaine arborera un modèle en skaï rehaussé de clous, alors que le senior ira faire son marché tous bas de contention dehors. Les ados, quant à eux, seront libres de descendre leur jupette de manière à exhiber leur caleçons fleuris.

De plus, quoi de plus romantique qu’un jeune homme baguenaudant au dessus d’une bouche d’aération, et tentant de retenir les pans de sa jupe de manière à ce que ses sous-vêtements fuschia n’appartiennent pas au domaine public ? La masculinisation de ce vêtement donnerait lieu à de savoureux moments : ainsi, un homme occupé à lacer ses ballerines serait une source de distraction sans commune mesure, alors que nous nous amuserions des étourdis qui coincent leurs jupons dans leurs collants. Oui, car les hommes porteraient des collants. Et aussi des leggings. Et puis des porte-jaretelles aux mille couleurs. Et s’ils n’en portaient pas, leur système pileux, oscillant au gré de la brise, vous donnerait une idée de la direction du vent. Les exhibitionnistes seraient bien embêtés : jouer à coucou-la-voilà avec une jupe relève de l’exploit.

Kikoo, tu veux un bonbon à la banane ?

Amis à prostate intégrée, embrassez ce juste combat, et dès demain, exhibez vos fières rotules. Vous n’êtes pas encore tout à fait convaincu ? Sachez que le prince Charles, dont le potentiel de sexytude dépasse celui de Chuck Norris, est un fervent adepte de la jupe. Et qu’il se murmure que pour séduire la belle princesse Diana, Valéry Giscard d’Estaing aurait enfilé un kilt et joué « au clair de la lune » à la cornemuse. Enfin, si ce grand mouvement pour la libération des gambettes ne prend pas l’ampleur qu’il mérite, j’engage vivement notre cher rédac’ chef à devenir la Marianne de cette révolution vestimentaire, et à s’acheter, dès demain, une belle jupe à frous-frous.

La semaine prochaine, je vous expliquerai pourquoi il faut adopter la moustache pour être sexy et choper du poilu. Allez, bisous.

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