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Anaïs Volpé a écrit et réalisé son premier long-métrage « avec des bouts de ficelles ». En interview, elle nous présente Heis, un portrait juste et touchant de la jeunesse qui galère, tiraillée entre ses devoirs et ses rêves, l'ambition et la culpabilité.

Il y a des films qui mettent une claque monumentale. Des drames qui nous dépassent, aux univers qui nous engloutissent, certaines histoires nous happent, nous broient et nous digèrent, parfois.

Cette année, j’ai déjà pris plusieurs claques de ce genre en sortant d’une salle de cinéma. Il y a eu Quelques minutes après minuit et son rapport au deuil, poignant de vérité. Il y a eu Grave et son miroir terrifiant braqué sur la part de l’autre qui nous habite et nous menace…

Mais d’abord, il y a eu Heis (Chroniques). Vous n’en avez pas entendu parler ? C’est normal : il a été écrit, réalisé, monté, produit et diffusé par Anaïs Volpé et son équipe. Pas de producteur, d’agent, de distributeur, de relations presse… Tout est fait maison. 

Heis (Chroniques) est l’équivalent d’une start-up de garage : bricolé avec les moyens du bord, je lui souhaite le succès de Facebook, parce qu’il le mérite.

Heis (Chroniques), d’Anaïs Volpé

« D’où venons-nous ? Vers où allons-nous ? Se souvient-on seulement de la dernière fois que notre mère nous a portés ?

Sentiment de nostalgie… d’une époque que nous, nous ne connaîtrons jamais. Enfants des 90’s, adultes des 2010’s.

Souvenirs d’enfance versus RSA ou l’inverse, je ne sais plus. Poésie meurtrière au fond du bout de gras de l’âme…

Peur de la montée du terrorisme dans le monde.

Peur d’être la première génération qui ne pourra pas aider ses enfants.

Écouter les news en boucle. La jeunesse, les parents. La famille, la culpabilité.

Écouter la voix de la mère. Le devoir de rester près d’elle ou le droit de partir et s’affranchir ? Notion de quête de rêves, de sang, de vie. Collages et VHS. Recoller les morceaux et tenter de ne faire qu’un. Passé, présent, futur.

Jeunesse précaire désireuse d’avenir… »

Heis (Chroniques), portrait d’une jeunesse en quête d’émancipation

C’est l’histoire de Pia, 25 ans, contrainte de revenir habiter chez sa mère. Le film s’ouvre sur ce départ raté dans la vie, comme si l’oisillon remontait dans le nid après s’être vautré au premier envol.

Le sentiment d’échec est écrasant. Au foyer, Pia retrouve Sam, son frère jumeau. Lui, il n’est jamais parti. En n’essayant pas de réaliser son rêve, il s’est préservé du risque d’échouer dans cette quête.

Leurs visions du monde s’affrontent autour des dilemmes qui me sont que trop familiers.

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D’un côté, l’envie de réussir, tout en redéfinissant les termes de la réussite : mes ambitions et mes rêves sont différents, étrangers, incompréhensibles parfois pour mes parents, et mes grands-parents.

De l’autre, les devoirs et les contraintes qui nourrissent une culpabilité tenace. S’émanciper de ses parents, est-ce forcément les décevoir ?

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Matthieu Longatte (alias Bonjour Tristesse) est l’interprète de Sam, le frère jumeau de Pia (Anaïs Volpé).

Heis (Chroniques) d’Anaïs Volpé, déjà primé en festivals, débarque en salles

Comme elle le raconte face à notre caméra, Anaïs Volpé a réalisé, monté, produit son long-métrage « hors circuit ». Elle l’a envoyé au festival du film indépendant de Los Angeles, comme on enverrait une candidature spontanée.

Surprise : Heis (Chroniques) est retenu pour la programmation. Et il repart du festival avec le « World Fiction Award », prix du meilleur film international.

Un an plus tard, Heis (Chroniques) va sortir dans plusieurs salles françaises, ce qui était loin d’être assuré, comme l’explique Anaïs : il est difficile de faire distribuer un film produit complètement « hors circuit ».

Programmer la projection d’un long-métrage sorti de nulle part représente un risque pour les exploitants de salles obscures. C’est pourquoi l’affluence dans le cinéma parisien qui commence à le diffuser en premier sera déterminante pour assurer ensuite la distribution du film en province !

Où voir Heis (Chroniques), d’Anaïs Volpé ?

Pour découvrir ce film, que je ne peux que vous recommander, il faut essayer de viser les premières séances au Luminor Hôtel de Ville à Paris, dès le mercredi 5 avril, à raison de 4 projections par semaine :

  • Samedi et mercredi soir à 20h
  • Samedi et dimanche après-midi à 16h

Tous les mercredis, la séance est suivie d’une rencontre avec l’équipe. Et pour les deux premiers week-ends, l’équipe du film sera posée dans le café à côté du cinéma pour discuter avec ceux et celles qui veulent, après les séances !

À partir de mi-avril, d’autres villes de France diffuseront également Heis (Chroniques) :

  • Marseille
  • Pau
  • La Roche-sur-Yon
  • Nice
  • Montpellier
  • Toulouse
  • Angers
  • Saint-Étienne
  • Rouen

Pour soutenir un film indépendant, allez le voir en salles !

Le meilleur moyen d’apporter son soutien à un projet réalisé en toute indépendance, c’est d’aller le voir dès sa sortie en salles. En effet, les exploitants regardent de près les chiffres de fréquentation des premiers jours afin d’ajuster le nombre de séances et la durée de programmation.

À ce jeu, le film de Mélanie Laurent et Cyril Dion, Demain, avait fait figure d’exception : son démarrage catastrophique a été compensé par un phénomène de bouche à oreille très important.

Mais il bénéficiait de base d’une distribution déjà généreuse pour un documentaire. Heis (Chroniques) ne sort qu’au Luminor Hôtel de Ville, à Paris, pour commencer.

Je compte y retourner ce samedi, histoire de rencontrer l’équipe du film à la sortie et de poursuivre la réflexion autour des espoirs et des doutes de notre génération.

En pleine campagne présidentielle, d’où la jeunesse en galère est quasiment absente des débatsHeis (Chroniques) souffle un vent de fraîcheur, de soulagement et de sincérité profondément réconfortantes.

Rendez-vous au Luminor ! (Les cartes UGC illimité sont acceptées !)

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En savoir plus sur Heis, le projet crossmedia

Comme Anaïs l’explique au cours de notre entretien, le projet Heis a été décliné en trois médias complémentaires. Le film, une série de 5 épisodes et une installation artistique.

Celle-ci a par exemple pu être exposée au Café Galerie. La vidéo ci-dessous en montre les coulisses !

Clemence Bodoc

Anciennement Marie.Charlotte, Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.

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Commentaires
Forum (2) Facebook ()
  • Clemence Bodoc
    Clemence Bodoc, Le 8 avril 2017 à 11h45

    @Léona B. toujours motivée pour la séance de 16h ?

    D'autres intéressé•es ? Venez, plus on est nombeux•ses, mieux ce sera ! :)

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