Le fantasme de viol, insupportable ?

C’est un classique de l’imaginaire et un plaisir honteux : le fantasme de viol. Une rue ou un palais royal, un inconnu ou le prince charmant, une petite pression pour faire l’amour ou une agression sauvage : que celle qui n’a jamais pensé, seule dans son lit, à se faire attacher à un radiateur et […]

Le fantasme de viol, insupportable ?

C’est un classique de l’imaginaire et un plaisir honteux : le fantasme de viol. Une rue ou un palais royal, un inconnu ou le prince charmant, une petite pression pour faire l’amour ou une agression sauvage : que celle qui n’a jamais pensé, seule dans son lit, à se faire attacher à un radiateur et fouetter avec un hareng me jette le premier clavier ! On en parle rarement entre femmes et c’est bien dommage parce qu’il est temps de dédramatiser un phénomène pourtant courant.

Voici quelques bases de discussion. Le reste vous appartient !

Est-ce répandu ?

Ouhla. Oui. Carrément. Le fantasme de viol est d’autant plus fréquent qu’on nous l’apprend quasiment au berceau. Quand le prince réveille la belle endormie, il l’embrasse sans son consentement, et les belles finissent forcément par aimer les bêtes. Les personnages de princesse sont volontiers passifs et attendent que l’homme vienne tout régler. Après un tel apprentissage, dur de se projeter dans une sexualité active ! Quelque part, il est plus simple de rester une sage oie blanche – attitude toujours valorisée aujourd’hui par la société – et de laisser la responsabilité du désir aux hommes. Alors, adolescente, quand on commence à fantasmer et que les hormones entrent en ébullition, on se sert du fantasme de viol comme d’un chemin de traverse pour accepter ses désirs : ok, on a très très très envie de coucher, mais si ça arrive, on n’y sera pour rien. A noter qu’on retrouve fréquemment le viol, ou des relations où l’homme pousse la femme dans ses retranchements, dans les bouquins à l’eau de rose. L’association entre romance et viol est la preuve qu’on est dans le royaume de l’imaginaire !

Le fantasme de viol relève-t-il du masochisme féminin ?

Les psys associent volontiers le sexe à la pénétration, et la réceptivité sexuelle à la passivité. C’est très réducteur mais c’est un discours qu’on entend encore partout : si tu as un vagin, tu es faite pour le masochisme, c’est quasiment biologique. Personnellement je ne suis pas du tout d’accord. Le fantasme de viol, à mon avis, correspond plus à une phase d’acceptation de sa sexualité qu’à une spécificité du cerveau féminin. Il y a des hommes qui rêvent de se faire prendre dans une rue. Il y a des femmes volcaniques qui se verraient bien attraper un petit jeune dans les toilettes. Dire femme = masochisme, c’est non seulement nier nos individualités mais aussi nier nos parcours. On peut être obsédée par les fantasmes de viol à un moment puis complètement passer à autre chose. Ou, au contraire, se servir de cette image érotique comme d’un détonateur orgasmatique tout au long de sa vie. Mais ho ! C’est vous qui décidez de la signification de vos pensées, quand même !

Doit-on avoir honte ?

Ce qui se passe dans notre tête nous appartient. Si vous vous masturbez en pensant à des petits chats morts, tant que vous ne passez pas à l’acte, personne ne peut vous le reprocher, ça fait partie de votre absolue liberté de penser. Il n’y a pas de crime sans victime. Alors ensuite, évidemment, on peut avoir l’impression de trahir les femmes vraiment violées, de trahir les femmes en général. Sauf que je le répète, vous ne faites de mal à personne, donc vous priver d’une richesse fantasmatique revient juste à vous tirer une balle dans le pied. La sexualité est déjà assez compliquée pour qu’on ne s’interdise pas des plaisirs finalement assez innocents. C’est trash ? Oui, et alors ?

Peut-on instrumentaliser ce fantasme pour violer ?

Non, ça ne tiendrait pas la route deux minutes. Les fantasmes de viol sont remplis d’inconnus sublimes ou tout simplement sans visage, rarement de porcs dont on peut sentir l’haleine. Et surtout, le contrôle de la fantasmeuse est total. Comme avec une télécommande, on se permet des avances rapides, des ralentis, des pauses, mais aussi des changements de scénario, des ajustements, des répétitions… En fait, comme souvent dans les relations de pouvoir contrôlées et consenties, l’esclave est le véritable maître à bord ! Pas question donc de retourner ce fantasme contre vous. Ou de vous sentir coupable si vous vivez un viol et que vous aviez fantasmé là-dessus précédemment. Entre une pensée qui place votre imagination aux commandes, et la pulsion de pouvoir d’un violeur, ça n’a tout simplement rien à voir.

Et les hommes, ils fantasment sur le viol ?

Croyez-moi, c’est assez compliqué de leur demander ! Mais si vous regardez la production artistique contemporaine, le viol est souvent présent, dans les histoires écrites par des hommes autant que celles créées par des femmes. Souvent, et personnellement ça me dérange un peu, le viol est rendu assez glamour – le violeur a plutôt la classe. Dans le porno, les relations sexuelles brutales sont vraiment courantes (même si c’est quasiment toujours à la demande de la femme, qui se retrouve catapultée “super-consentante”). Donc oui, ça peut arriver que les hommes fantasment sur le viol. Comme personnage actif. Et comme personnage passif aussi ! Mais puisqu’on vient d’établir qu’il n’y a pas de crime sans victime, la moindre des choses est de laisser les personnes concernées se faire plaisir. La majorité des hommes sait très bien faire la différence entre rêve et réalité et serait incapable de violer vraiment une femme.

Alors, le fantasme de viol est-il un fantasme comme les autres ? Honnêtement, pas tout à fait. Les faits de société nous rappellent en permanence que le viol, avant d’être un fantasme, est un drame, un crime souvent sexiste et homophobe, une arme de guerre, et la preuve qu’on a encore un sacré bout de chemin à faire. Mais je pense que le signe d’une sexualité mûre est de s’autoriser le jeu intellectuel. On le fait quand on blague sur les nazis ou sur la famine, quand on lit le programme du FN en s’imaginant comment ça serait en vrai, quand on refait le monde avec ses copains. Alors on peut bien, pour brûler de désir, jouer avec le feu !

Dans l’actu en ce moment
>> Catherine M. ne comprend pas que les femmes violées soient sévèrement traumatisées

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 41 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Pink-fish
    Pink-fish, Le 13 septembre 2012 à 22h19

    De mon point de vue ce fantasme est un moyen de destruction , je parles en connaissance de cause dans les deux cas ( je l'ais vecue et j'en ais fantasmer aussi) .
    C'est bisard , je veux pas dire que c'est voulus c'est comme si dans ce fantasme( mais c'est pas un fantasme sexuel c'est juste des pensées de viol dans ma tête) je prends le role de victime que j'ai jamais eu.. dans ma tête mes potes ne me sauve pas de la situations, ils arrivent trop tard .. mais ils sont la pour éponger mes larmes.
    C'est compliquée a expliquer mais j'ai mi tellement de temps a comprendre mon viol a savoir que s'en été réelement un que c'est encore un long silence.
    Je n'en souffre plus trop, je sais pas si j'en ais souffert d'ailleur mais je sais que sa a des repercussions sur ma vie sexuelle ( je n'ais pas de plaisir, j'ai même limite mal ) c'est frustrant pour mon copain de ne pas pouvoir m'aider et jmen veux de pas prendre de plaisir.
    C'est juste un destruction mentale, je me pose en victime pour etre sauvée pour avoir des raison d'aller mal, pour poser une douleur concrète sur mes baisses de morales inexplicable.

    Apart ca pour le débat il n'est pas plus salutaire de mourir que de se faire violer car un viol cela rend inerte, comme un depersonalisation ton corps est la mais ton cerveau s'évade​

Lire l'intégralité des 41 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)