J’ai testé pour vous… les études pour devenir infirmière #1

Florine arrive au terme de sa formation pour devenir infirmière. Cela a été intense et riche en émotions, mais elle ne regrette rien. Aujourd'hui, elle vous raconte sa première année !

J’ai testé pour vous… les études pour devenir infirmière #1

Trigger warning : Cet article évoque du sang, de la violence et des morts, et peut donc perturber certain-e-s d’entre vous.

Je m’appelle Florine, j’ai 20 ans et je fais des études pour devenir infirmière – je suis en troisième – et dernière – année. C’est la dernière ligne droite ; je ne suis pas encore diplômée mais plus tout à fait étudiante ! Et quand je pense aux deux années qui ont passé, je me dis que j’étais bien loin de la réalité du métier quand je suis entrée en école.

Attentes, bonheurs et déceptions se sont déjà côtoyés…

Puisque que la population en IFSI (Institut de Formation en Soins Infirmiers) est particulièrement féminine, et que c’est un métier qui fait beaucoup rêver, je lève le voile ! Voici MA réalité sur ces études certes enrichissantes, mais souvent semées d’embûches ; on commence avec la première année !

La découverte

J’ai décidé que je serais infirmière lorsque j’avais 11 ans et je n’en ai jamais démordu. Pour moi, c’était déjà inconcevable que mon travail se limite à manipuler des ordinateurs ou des outils, il me fallait de « l’humain »… Et puis j’ai eu mon déclic bêtement en regardant une pub pour la formation CAP petite enfance où on voit une jeune fille s’occuper de bébés dans une crèche.

J’ai fait des recherches, découvert le métier de puéricultrice, puis qu’il fallait être infirmière ou sage-femme pour le faire. J’avais trouvé ma voie ; en faisant infirmière je pourrais prendre soin de tout un tas de personnes (sauver des vies, quel métier fabuleux !), puis si le cœur m’en disait, je pourrais me spécialiser auprès des enfants et pouponner toute ma vie !

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En effet, pour être infirmier-ère il faut faire une école de trois ans, et après il y a trois spécialisations possibles ; celles de puériculture et en bloc opératoire, qui se font en un an, et celle d’anesthésiste, qui s’effectue en deux années supplémentaires.

Le métier de puéricultrice peut après s’exercer dans différentes structures : soit en hôpital auprès des enfants malades ou en maternité, soit en crèche. Et une infirmière puéricultrice peut diriger une crèche.

Le concours

Pour entrer en formation, il faut passer un concours. Chaque école a son propre concours, et on peut postuler à plusieurs examens, mais attention : en général, les instituts du même département réalisent leur concours à la même date.

Je n’ai pas suivi de préparation au concours parce que je faisais un bac ST2S qui m’y préparait déjà très bien : il aborde déjà des notions de bio et de santé publique, et une des épreuves de ce bac est proche de celle du culture générale qu’on a au concours. Et comme j’étais dans un lycée privé où les notions de rendement et de résultats primaient, on avait donc deux heures de cours par semaine pour nous préparer à l’autre épreuve du concours, celle de tests psychotechniques. D’ailleurs dans l’école où je suis, très peu de filles ont fait une prépa ; souvent elles ont fait de la psychologie ou de la médecine avant.

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Lors du concours il y a donc d’abord deux épreuves écrites : une de tests psychotechniques et une autre de culture générale. Si on a une moyenne égale ou supérieure à 8, on est admissible et on passe à l’oral. Il s’agit alors d’étudier un texte, puis de le présenter au jury, auquel on doit également prouver sa motivation. A l’issue de l’oral des notes sont attribuées, puis c’est le classement avec toutes les moyennes. S’il y a 40 places on prend les 40 meilleurs, et voilà.

L’école de soins infirmiers

La formation se déroule sur trois ans, soit six semestres universitaires. Car depuis 2009, nous faisons partie du cursus LMD (Licence Master Doctorat), ce qui permet la poursuite d’études et une plus grosse paye. Nous sommes étudiant-e-s !

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Chaque semestre est partagé entre périodes de cours et périodes de stages, dont la proportion varie selon le semestre. Nous suivons donc les cours dans un IFSI (Institut de Formation en Soins Infirmiers), et en général les formateurs sont des cadres de santé.

Le cadre de santé est chef de service avec un médecin ; le médecin gère les décisions médicales, tout l’aspect médical, tandis que le cadre de santé gère le côté administratif, l’organisation et la gestion du personnel.

Pour obtenir le diplôme, nous devons avoir validé 180 ECTS, soit 60 ECTS par an, des points qui sont attribués avec les partiels et les stages. Et pour les stages nous avons un référentiel de dix compétences à valider, ainsi que différents actes de soins (par exemple les prises de sang). Donc pour être diplômé-e, il y a du boulot !

Toutefois, cette année nous avons entendu parler d’une nouvelle réforme dans laquelle les actes de soins ne seraient plus obligatoires… Affaire à suivre !

Je suis enfin entrée en formation le 3 septembre 2012 : j’avais 18 ans. Une fois dans l’école, on nous a présenté la formation, et nous avons entamé les premiers cours. C’était beaucoup de théorie, d’éléments à savoir avant le premier stage, comme les précautions à prendre contre les risques liés au sang et à la contamination, et les premiers TP où nous apprenions par exemple la réfection d’un lit (avec ses superbes coins au carré !) ou la toilette d’un patient alité.

Et, chose très cool, on a toutes obtenu nos tenues de stage, ces belles blouses blanches immaculées portant nos noms et la mention « Etudiante en soins infirmiers », ainsi que du matériel – et nous sommes nombreuses à nous être offert des petits accessoires comme des montres ou des pins pour les crocs !

Et enfin, on a fait le grand saut : le départ en stage !

Pour ma part, j’ai réalisé mon premier stage en psychiatrie. Je stressais beaucoup, d’autant plus quand j’ai appris que le pavillon dans lequel j’étais affectée accueillait les patients hospitalisés sous la contrainte, donc notamment ceux qui ont commis des actes pédophiles ou des meurtres !

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Mais j’ai été bien briefée : on m’a dit de ne jamais aller seule dans la chambre d’un patient, ni de rester seule en général.

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Et en fin de compte, j’ai passé cinq semaines de coolitude : les patients étaient plutôt indifférents aux stagiaires, sachant que nous n’avons aucun pouvoir, et bien informés des conséquences importantes s’ils se comportaient mal… Il y a juste eu un incident qui m’a un peu choquée.

Un jour, un patient est décédé de causes naturelles, ce qui a perturbé les autres patients. En fin de journée, une infirmière a allongé un patient pour lui faire une injection.  Un autre est passé, et le voyant allongé, il a cru qu’il était décédé à son tour, et a donné un coup de tête à l’infirmière, lui cassant des dents… Il a bien sûr été tout de suite immobilisé par l’équipe soignante, mais il était vraiment hystérique, et tout le monde était en alerte maximale. C’était vraiment impressionnant.

Mais tout le reste du stage s’est bien déroulé, et ça m’a beaucoup plu ; j’ai participé aux activités thérapeutiques (piscine, gym douce, musicothérapie…), et j’ai fait mes premières piqûres – les injections de neuroleptiques à faire dans le muscle fessier ! L’équipe était géniale, et le bilan de stage s’est bien passé même si je n’avais pas énormément d’acquis, mais ce n’était pas grave : c’était le stage de découverte, et ce n’était pas en psy que j’allais valider les transfusions sanguines !

Je suis donc retournée à l’IFSI.

Avec les autres étudiant-e-s, nous nous sommes alors pleinement rendu compte du décalage entre l’étude des concepts en cours et leur application à l’hôpital. Les cours sont très philosophiques et théoriques avec des définitions de trente lignes de la pudeur ou de l’intimité de la personne, et des citations de grands professionnels de soin, alors qu’en pratique, à l’hôpital, il faut être bien plus pragmatique. C’est de moyen concrets pour appliquer ces principes dont nous avons besoin : on fait par exemple attention à laisser la personne couverte lors de la toilette, et on n’entre pas dans les chambres sans frapper !

Mais cela nous a permis de réaliser l’importance des stages ; c’était là que nous apprendrions vraiment notre métier !

Après cela, nous avons dû passer nos premiers partiels ; ça a été chargé ! Il paraît d’ailleurs que sur les trois ans, c’est la période la plus intense en apprentissage.

Le deuxième stage : les choses sérieuses commencent

Après les partiels et la période de Noël, j’ai commencé un nouveau stage : je suis partie en SSR pour dix semaines. C’est un service dans l’hôpital, de Soins de Suite et de Réadaptation ; il s’occupe de la rééducation des personnes victimes de fractures ou d’accidents vasculaires, il sert de tremplin pour le placement en maison de retraite lorsque le maintien à domicile n’est plus possible, et il administre les soins palliatifs.

Les choses sérieuses ont commencé. J’ai découvert l’hôpital où règnent les notions de rendement et d’efficacité. En général, voici comment se déroule une journée type au SSR :

  • A 6h30, l’infirmière distribue les médicaments dans toutes les chambres, et réalise les prises de sang car la plupart doivent être faites à jeun. Une autre infirmière reste au bureau et s’occupe de la paperasse ; l’administration d’un SSR est un peu particulière par rapport à un service hospitalier, donc il y a beaucoup de papiers. Elle gère aussi les visites des familles ou des médecins.
  • Puis, pendant toute la matinée, la première infirmière réalise les soins des patients : les injections de médicaments, les pansements, les aérosols (les masques à oxygène branchés au mur qui permettent de respirer les médicaments), les gouttes dans les yeux… Elle doit aussi faire face aux éventuelles réclamations et aux urgences. En parallèle, les aides-soignantes réalisent les toilettes et les levers.
  • Vers 11h30, c’est la distribution des médicaments du midi.
  • Après le repas, les équipes changent ; les infirmières et aides-soignantes réalisent leur transmissions pour connaître les dernières nouvelles.
  • Pendant l’après-midi, il y a beaucoup de papiers à faire et quelques soins (toujours les aérosols, prendre les tensions…).
  • A 18h30, on distribue les médicaments du soir.
  • A 20h on fait les derniers soins, comme les perfusions d’hydratation en sous cutanée, les injections d’anticoagulants (qui rendent le sang plus liquide et diminuent les risques de caillots dans les artères – certaines personnes ne peuvent les prendre en cachets avant ou après les opérations)…

Au cours de mon stage, j’ai passé du temps avec les aides soignantes car ce qu’elles font est la base de notre métier. En effet, une infirmière a deux rôles :

  • le rôle propre, qu’elle réalise sans aide du médecin (comme les toilettes…).
  • le rôle sur prescription : elle applique les décisions des médecins.

L’aide-soignante ne peut faire le rôle sur prescription ; l’infirmière lui délègue son rôle propre. L’infirmière est en quelque sorte responsable de l’aide-soignante, tout comme le médecin l’est de l’infirmière.

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J’étais plus impliquée dans le métier que lors de mon premier stage ; j’ai appris les premiers gestes infirmiers, et côtoyé la maladie et la mort…

Un jour, la sonnette d’un patient en soins palliatifs a appelé. Lorsque je suis arrivée dans sa chambre, je l’ai trouvé en crise, en sueur et essoufflé, son lit taché de sang. Il a arraché la sonnette dans sa panique, ce qui l’a immédiatement faite sonner en urgence ; je n’avais pas encore eu le temps de réagir quand j’ai été prise dans une vague de médecins, internes, infirmières et aide- soignantes.

Quand vous êtes enfant et que vous voyez vos parents paniquer alors qu’ils sont d’habitude si désinvoltes, vous vous dites que la situation est vraiment grave. C’était pareil : quand j’ai vu tous ces professionnels que rien n’impressionnaient s’affairer activement autour du patient, j’ai eu peur. Une aide-soignante m’a regardée et m’a dit : « Toi, t’es toute pâle, tu sors. ».

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Elle m’a assise dans le couloir et j’ai craqué. C’était une grande claque en pleine figure : fini le petit nuage. Ce jour-là, ça s’est arrangé pour le patient, mais il souffrait d’une insuffisance rénale qu’on ne pouvait plus compenser avec les dialyses, et il est décédé peu de temps après la fin de mon stage.

J’ai eu peur de mon absence de réaction ; je ne savais pas quoi faire, et je me suis révélée incapable de faire quelque chose pour le patient. J’en ai parlé avec ma tutrice de stage et ma formatrice, et le stage s’est fini ; j’ai tourné la page et je suis passée à autre chose.

En conclusion

Après cela je suis retournée à l’IFSI, et j’y ai passé une deuxième session de partiels… et je m’en suis bien sortie. Il s’était passé énormément de découvertes pendant cette première année ! Mais ce métier me plaisait, je n’étais pas déçue, et j’en avais à présent une image réaliste.

Honnêtement, je ne me doutais pas qu’une infirmière était aussi polyvalente ; sa tâche ne se résume pas à obéir aux consignes du médecin. Selon moi, elle est la charnière entre le patient et son hospitalisation, et ça me plaît ! Car elle doit savoir tout ce qui le concerne, à la différence d’autres soignants qui ont des champs d’actions très pointus – comme un kiné qui n’agit que pour la mobilité, une diététicienne pour l’alimentation… Ce fonctionnement est normal car on a besoin de tous ces professionnels, mais j’aime la position intermédiaire de l’infirmière !

Cependant, je n’avais découvert qu’une partie de l’iceberg…

Retrouvez bientôt le récit de la deuxième année d’études en soins infirmiers de Florine !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Natachouette
    Natachouette, Le 20 octobre 2014 à 19h41

    Comme l'a dit hyperbole ce sont les cadres infirmières qui sont les supérieurs des ide et as et il faut savoir que même si dans les textes l'as est sous la responsabilité de l'ide il est important aussi de souligner qu'elles agissent en coopération.
    De ce fait dans certain services l'ide ne délègue pas son rôle propre et l'as à son propre rôle qui n'a rien avoir avec celui de l'ide.
    Donc il serait juste de rajouter cette notion de coopération dans l'article car beaucoup on l'image de l'as qui ne fait que les basses besogne dont l'ide ne veut pas ce qui est totalement faux.

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