Dada

Alors que l’Europe est plongée dans l’enfer de la première guerre mondiale, un groupe de jeunes bourgeois éméchés fondent le mouvement Dada, sur le coin d’une table du Cabaret Voltaire de Zurich en février 1916. Un début prometteur pour la troisième grande avant-garde de ce début de siècle, qui connaîtra un véritable succès international.

Dada

Dada (comme le cheval à bascule, c’est voulu) débute donc en Suisse autour d’Hugo Ball, Tristan Tzara, Hans Richter et de Marcel Janco, respectivement poète, cinéaste, écrivain et peintre. Mais rapidement, le mouvement s’étend à Berlin avec Raoul Hausmann, Johannes Baader, Hannah Höch et John Heartfield ; à Cologne avec Max Ernst et Johannes Baargeld ; à New York avec Marcel Duchamp et Man Ray ; et à Paris avec André Breton et Louis Aragon. Voilà un panel non exhaustif de joyeux dadaïstes. Tous partagent les mêmes idées : un refus total de la tradition, un dégoût de l’art et de la culture, une opposition à la guerre ; pour le triomphe de l’absurde, le jeu du hasard, la révolte de la liberté contre la doctrine, l’affirmation de l’individu. A travers ces revendications, les dadaïstes vont inventer plusieurs procédés plastiques et utiliser de nouveaux matériaux. Dada se positionnera dans l’histoire de l’art comme un mouvement profondément nihiliste.

De nouvelles procédures

Comment évoquer Dada sans évoquer Marcel Duchamp et les ready-made ? C’est en 1917 que le premier apparaît : Fontaine. Un objet manufacturé propulsé au rang d’œuvre d’art par la seule volonté de l’artiste. Duchamp remet en cause la notion de savoir-faire. Cet urinoir provoque un véritable tollé et est refusé dans tous les salons de l’époque. Encore aujourd’hui, il est la cible de toutes sortes d’attaques (rappelons le jeune homme ayant joyeusement assené un coup de marteau sur le dit urinoir au Centre Pompidou ; il évoquera un geste purement dadaïste pour tenter de sauver sa peau).

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Marcel Duchamp, Fontaine, 1917, urinoir peint, MNAM.

C’est également l’apparition des premières sculptures sans socle : elles sont une remise en question totale de la notion de sculpture telle qu’elle est définie par l’académisme, pour qui le socle un élément essentiel de la présentation de la sculpture.

A voir par exemple :
Man Ray, Obstruction, 1920
(Man Ray ou le précurseur de nos dressings-rooms…)

La deuxième grande invention Dada est le collage/photomontage. Raoul Haussmann fera des photomontages comme des poésies : il utilise beaucoup de mots, de lettres (et des choses moins glamour comme des planches anatomiques gynécologiques). Il en fera aussi des sculptures. Hannah Höch en fera de nombreux sur les thèmes de la féminité, le travestissement et la dissimulation. Enfin, John Heartfield réalisera des photomontages beaucoup plus engagés politiquement, n’hésitant pas à mettre en scène Hitler et ses différents ministres par exemple.

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Raoul Hausmann, Tête mécanique (ou l’esprit de notre temps),
1919, assemblage, MNAM.

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Raoul Hausmann, ABCD portrait de l’artiste, 1923, collage.

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John Heartfield, N’ayez pas peur il est végétarien,
1936, collage, collection privée.

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Hannah Höch, Indian Dancer, 1930, collage.

Johannes Baader sera l’artiste ayant réalisé la toute première installation de l’histoire de l’art : Le grand-plasto-dio-dada-drama. Malheureusement, impossible de la dater précisément car elle sera rapidement détruite suite à une totale indifférence. Une photo seulement peut prouver que cette installation était réalisée grâce à l’accumulation d’objets de différentes natures, retraçant la vie de Baader.

De nouvelles matières

En parlant de matériaux de diverses natures, les dadaïstes cultivent l’originalité (pour ne pas changer). En effet, ils mettent en avant des matériaux pauvres : papiers d’emballage, boutons, plumes, allumettes, mèches de cheveux… Francis Picabia et Man Ray en seront les plus grands utilisateurs.

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Francis Picabia, Les centimètres, collage, collection privée.

Kurt Schwitters se fera un spécialiste des matériaux du rebut : détritus et fonds de poubelles constitueront la plus grande partie de son œuvre. Il les assemblera en collages de petites tailles et en fera une activité frénétique : créer tout avec n’importe quoi et n’importe où.

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Kurt Schwitters, The cherry picture, 1921, collage.

Les dadaïstes s’illustreront également dans le domaine de la poésie, où ils inventeront les poèmes sonores, les poèmes simultanés, les poèmes mouvementistes, les poèmes statiques et les poèmes phonétiques. Prolifiques vous avez dit ? Un petit exemple extrait de 25 poèmes de Tristan Tzara : ”A e ou o youyouyou i e ou o youyouyou, Drrrrr drrrr drrrr grrrr grrrrr grrrrrrrr, Morceaux de durée verte voltigent dans ma chambre, A e o i ii i e a ou ii ii ventre montre le centre je veux le prendre ambran bran bran et rendre centre des quatre”. A vos souhaits.

La musique sera aussi un domaine d’expérimentations pour Dada. Les artistes mélangent des chansons populaires de différents pays, des marches militaires ou encore des airs classiques. On peut citer le ballet Parade composé par Erik Satie ; La vaseline symphonique composée par Tristan Tzara ou encore L’amiral cherche une maison à louer de Tristan Tzara et Marcel Janco. Notons que les dadaïstes accompagnent systématiquement leurs musiques de masques, costumes et de mises en scène loufoques.

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Marcel Janco, Masque, 1919, matériaux divers.

Enfin, les dadaïstes nous proposent un cinéma novateur et étonnant en filmant des objets qui tourbillonnent, des structures qui bougent, des lumières et des ombres, sans réelle homogénéité, effaçant ainsi toute possibilité d’histoire. Les films les plus connus sont : Le retour à la raison de Man Ray (1923, noir&blanc, muet, 2min), La symphonie diagonale de Viking Eggeling (1924, noir&blanc, muet, 7min) et Le ballet mécanique de Fernand Léger (1924, noir&blanc, muet).

En novembre 1921, la revue belge Ca ira ! proclame que Dada est mort. Le 6 Juillet 1923 se déroule la houleuse soirée Dada du « Cœur à Barbe » au théâtre Michel qui entraînera la rupture définitive entre Tristan Tzara et André Breton. Ce dernier trouve que « Dada tourne en rond » et la publication du Manifeste surréaliste en 1924 signe historiquement la fin du mouvement.

Les artistes Dada n’ont jamais eu le souci de la postérité de leurs travaux. Raoul Hausmann a dit à propos de cela : « Il faut orpheliner les œuvres ». C’est pourquoi ces artistes seraient très certainement surpris du poids de leurs œuvres dans l’histoire de l’art aujourd’hui ainsi que de l’influence qu’ils ont pu avoir : on retrouve certaines idées Dada dans les événements de Mai 68, le courant situationniste ou encore les auteurs de la « Beat Generation » comme William Burroughs.

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A voir aussi :

Résumé de l’exposition DADA organisée au MNAM (Octobre 2005 – Janvier 2006).
Site officiel de l’exposition Man Ray/Duchamp/Picabia, The moment art changed forever à la Tate Modern Gallery de Londres (Février-Mai 2008).
Résumé de l’exposition Man Ray/Duchamp/Picabia sur La Tribune de l’Art.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Camiiille
    Camiiille, Le 31 juillet 2008 à 2h06

    Betty Blue;745832
    Plus spontanés aussi? Mais là je m'avance peut etre un peu...
    moi je dis si ! :)

    flo : oui c'est moi même :)

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