Le Cubisme

Pondu par Flo le 23 juin 2008  

Qui dit cubisme dit Picasso, et qui dit Picasso dit bouche à la place des yeux et oreilles en dessous des bras. Mais pas seulement. Voici en quelques lignes et en images la petite histoire du cubisme, né d’une amitié entre deux artistes et mouvement clé du renouveau de l’art au vingtième siècle (à mon humble avis).

A ma droite : Pablo Picasso. Né en 1881 à Malaga (Espagne), fils d’un professeur de dessin. Personnalité irascible, qui s’emporte facilement, rempli d’angoisses et de sentiments contradictoires, le prolifique Pablo est un artiste difficile à cerner.

A ma gauche : Georges Braque. Né en 1882 à Argenteuil (Val-d’Oise), fils d’entrepreneur peintre en bâtiment. Homme posé, sagesse d’esprit et caractère très attachant font de lui un peintre très apprécié dans le milieu artistique.

Ces deux là n’ont a priori pas grand chose en commun et pourtant, une forte amitié va se créer entre ces deux artistes et en résulte la naissance du cubisme.

En 1907 a lieu une grande rétrospective de Paul Cézanne. C’est à cette occasion que vont se connaître Braque et Picasso. Ce dernier travaille déjà à la composition des Demoiselles d’Avignon (qui rappelons-le sont aussi avignonnaises que moi, puisque se sont des prostituées barcelonaises), pour lesquelles il ne fera pas moins de 800 esquisses et études !

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Picasso, Les demoiselles d’Avignon, 1909, huile sur toile.

Les deux artistes vont donc être fortement inspirés par Cézanne : perception du monde dans son étrangeté, paysage comme monde autonome, touche nerveuse, palette chromatique relativement froide. Tout y est.

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LE SITE DE LA FONDATION BEYELER.
Paul Cézanne, Route tournante en haut du chemin des laves,
1904, huile sur toile.

Le cubisme analytique

Ils vont alors développer une peinture géométrisée, décomposée, l’espace va être réduit à un plan unique afin de mettre en avant les formes, qui vont elles-mêmes être simplifiées. C’est ce que l’on appelle le cubisme analytique.

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Braque, Viaduc à l’estaque, 1907, huile sur toile, Musée de Minneapolis.

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LE SITE DE L’HERMITAGE MUSEUM.

Picasso, Briquetterie à Tortosa, 1909, huile sur toile.

On retrouve dans ces tableaux des trouées d’ombres, typique du monde Cézanien, laissant entendre qu’il y a un monde derrière le tableau. On ressent une certaine inhabitabilité dans ces paysages.

Quant aux portraits et aux figures humaines, les cubistes les traitent de façon peu valorisante : monstruosité, créatures humanoïdes, distorsions… On devine également une influence directe de la statuaire africaine, qui était une véritable passion pour Picasso.

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LE SITE DE L’HERMITAGE MUSEUM.
Pablo Picasso, Nu dans la forêt, 1908, huile sur toile.

Le cubisme synthétique

A partir de 1912, on entre dans la période du cubisme synthétique qui se caractérise par la réapparition des couleurs vives et par quatre grandes révolutions :

- L’invention des papiers collés bien sûr, en 1912 par Georges Braque. Des fragments de réels s’invitent dans les Å“uvres cubistes, notamment des morceaux de journaux.

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Pablo Picasso, Compotier avec fruits, violon et verre, 1912,
huile et papiers collés sur toile.

- La nouvelle relation entre le format de la toile et la forme représentée. Les artistes n’hésitent plus à peindre dans un sens et présenter leur travail dans un autre. Par exemple : Picasso, Violon jolie Eva a été peint verticalement puis présenté horizontalement. Les formats panoramiques sont également de plus en plus utilisés.

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Picasso, Violon Jolie Eva « Ma jolie », 1912, huile sur toile.

- Les objets du réel collés à même la toile. Le plus souvent, des objets venant tout droit des nobles poubelles de Picasso, qui donnent une certaine noblesse au matériau « du peuple ».

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Picasso, Nature morte à la chaise cannée, 1912,
huile et objets sur toile, Musée Picasso de Paris.

- Enfin, l’apparition des « assemblages », nom donné aux sculptures réalisées par Picasso à partir de 1912. Aucun souci de ressemblance au point de se demander si cela s’approche plus du bricolage plutôt que de l’art…

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Pablo Picasso, Guitare, 1912, carton, Musée Picasso de Paris.

En août 1914, Braque est mobilisé pour la Première Guerre Mondiale. Touché à la tête et trépané, il ne pourra repeindre qu’en 1917 et sa peinture va beaucoup évoluer (encore plus colorée, moins anguleuse et plus proche du réel). La collaboration avec Picasso s’arrête alors ici car ce dernier va lui aussi évoluer et se rapprocher des surréalistes un temps et se consacrer davantage à la sculpture.

Les mouvements comme le tubisme et le purisme (fondé par Charles-Edouard Jeanneret, retour à la pureté absolue des formes) vont découler directement du cubisme et s’en inspirer.

A voir par exemple pour le tubisme :
Fernand Léger, Nus dans la forêt, 1909.

A voir par exemple pour le purisme :
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Amédée Ozenfant, Verres et bouteilles, 1922, huile sur toile.

En conclusion, le cubisme aura engendré énormément de choses. Du négatif : nombreuses ont été les critiques (jean Paulhan dira que ces artistes nous « séparent des choses ») vis-à-vis de ces artistes qui ont littéralement fait exploser tout les codes académiques (cf. la peinture de la Renaissance). Mais aussi du positif : une véritable révolution au sein de l’art qui ouvrira grand la porte à toutes les autres avant-gardes artistiques.

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Les 10 dernières réactions à cet article

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  1. Flo Flo

    Le 28/06/2008 à 23h58

    Citation:
    Posté par Senko Voir le message
    Cool, je suis absolument pas histoire de l'art, j'vais apprendre des trucs ^^

    Finalement il peut y avoir de jolies choses intéressantes dans l'art du 20ème siècle... J'avais pas dû voir les bons trucs
    Mais bien sûr qu'il y a des choses intéressantes \o/
    Contente que tu ais découvert des choses en tout cas !

    Y'a du lourd qui arrive dans les prochains articles
  2. Senko Senko

    Le 29/06/2008 à 00h49

    Si tu arrives à me faire comprendre la beauté et l'art de l'acte de désigner une bouteille d'eau en disant "ceci est ma nouvelle oeuvre" (j'ai oublié le nom du mouvement en question), je commence à sculpter un piédestal pour toi

    (bon mon exemple fait so cliché, mais le pire c'est que je suis sûre qu'on peut trouver de l'esthétisme là-dedans ! Dans le choix, l'environnement, le contexte socio-politico-économico-familial, ... @_@)
  3. Nadja Nadja

    Le 29/06/2008 à 01h35

    Citation:
    Posté par Senko Voir le message
    Si tu arrives à me faire comprendre la beauté et l'art de l'acte de désigner une bouteille d'eau en disant "ceci est ma nouvelle oeuvre" (j'ai oublié le nom du mouvement en question), je commence à sculpter un piédestal pour toi

    (bon mon exemple fait so cliché, mais le pire c'est que je suis sûre qu'on peut trouver de l'esthétisme là-dedans ! Dans le choix, l'environnement, le contexte socio-politico-économico-familial, ... @_@)
    C'est justement l'idée de recherche d'esthétisme dans une œuvre qu'il faut abandonner, il faut arrêter d'avoir un regard de consommateur vis-à-vis de l'art. Arrêter d'attendre d'une œuvre qu'elle produise une certaine satisfaction, esthétique ou autre. C'est cette "révolution" géniale opérée dans l'art du XXème qui est si intéressante je trouve. Il faut apprendre à communiquer avec une œuvre. En fait je trouve ça essentiel de partir du cubisme, par exemple, pour comprendre des oeuvres comme Carré blanc sur fond blanc de Malevitch, ou même les oeuvres de Duchamp, et cette partie du forum est vraiment très intéressante, je veux dire, d'avoir commencé par ça.
  4. Flo Flo

    Le 29/06/2008 à 11h12

    Citation:
    Posté par Nadja Voir le message
    C'est justement l'idée de recherche d'esthétisme dans une œuvre qu'il faut abandonner, il faut arrêter d'avoir un regard de consommateur vis-à-vis de l'art. Arrêter d'attendre d'une œuvre qu'elle produise une certaine satisfaction, esthétique ou autre. C'est cette "révolution" géniale opérée dans l'art du XXème qui est si intéressante je trouve. Il faut apprendre à communiquer avec une œuvre. En fait je trouve ça essentiel de partir du cubisme, par exemple, pour comprendre des oeuvres comme Carré blanc sur fond blanc de Malevitch, ou même les oeuvres de Duchamp, et cette partie du forum est vraiment très intéressante, je veux dire, d'avoir commencé par ça.
    Et certains artistes vont revendiquer cela. On a choisi de commencer par les avant-gardes du début du 20ème parcequ'elles crééent une nouvelle vision de l'art, et elles sont le fondement de l'art actuel. Ca va être encore plus flagrant dans des mouvements comme Dada et le surréalisme je trouve.

    (en fait j'avoue, je me suis même pas posé la question de savoir on allait faire un ou deux articles sur l'art de la renaissance ou pas, une petite piqure de rappel de De Vinci & co...)
  5. Moossye Moossye

    Le 29/06/2008 à 13h04

    Citation:
    Posté par Nadja
    C'est justement l'idée de recherche d'esthétisme dans une œuvre qu'il faut abandonner, il faut arrêter d'avoir un regard de consommateur vis-à-vis de l'art. Arrêter d'attendre d'une œuvre qu'elle produise une certaine satisfaction, esthétique ou autre. C'est cette "révolution" géniale opérée dans l'art du XXème qui est si intéressante je trouve. Il faut apprendre à communiquer avec une œuvre. En fait je trouve ça essentiel de partir du cubisme, par exemple, pour comprendre des oeuvres comme Carré blanc sur fond blanc de Malevitch, ou même les oeuvres de Duchamp, et cette partie du forum est vraiment très intéressante, je veux dire, d'avoir commencé par ça.
    J'aurais pas dit mieux.
    Et puis par exemple pour le carré blanc sur fond blanc, il faut voir aussi le contexte historique et la pression qui étaient sur les artistes à cette époque et dans cette partie du globe. (si mes souvenirs sont bons c'est à cet époque où ils étaient forcés de faire de la figuration, de faire un art "populaire", compréhensible par tous, qui représentait le "peuple".)

    Et puis vraiment faut arrêter les clichés comme ça, hein. J'ai l'impression que ça devient vraiment une légende que chacun transmet sans jamais s'être intéressé à ce qu'était l'art contemporain pour de vrai et pas seulement en cliché. (rendez vous sur le forum blabla, y a un super topic qui a été ouvert à ce propos )
  6. Senko Senko

    Le 29/06/2008 à 21h28

    Vivi, je connais vraiment pas grand chose à l'art, alors je suppose qu'effectivement mon exemple était le gros cliché en puissance. ^^ (maiiis-euh, c'est ma prof d'art pla qui avait fait un cours là-dessus avec cet exemple ;_

    Bon avec ce que vous me dites je crois comprendre un peu mieux (ou pas xD) : vous voulez dire que devant une oeuvre d'art contemporain il ne faut pas chercher le beau "superficiel" (dans le sens "qui se trouve à la surface", celui qu'on verrait spontanément en fait), mais aller le trouver dans sa genèse et les conditions de celle-ci, dans sa signification, d'une manière plus spirituelle ou intellectuelle ?
  7. Flo Flo

    Le 29/06/2008 à 21h43

    Citation:
    Posté par Senko Voir le message
    Vivi, je connais vraiment pas grand chose à l'art, alors je suppose qu'effectivement mon exemple était le gros cliché en puissance. ^^ (maiiis-euh, c'est ma prof d'art pla qui avait fait un cours là-dessus avec cet exemple ;_

    Bon avec ce que vous me dites je crois comprendre un peu mieux (ou pas xD) : vous voulez dire que devant une oeuvre d'art contemporain il ne faut pas chercher le beau "superficiel" (dans le sens "qui se trouve à la surface", celui qu'on verrait spontanément en fait), mais aller le trouver dans sa genèse et les conditions de celle-ci, dans sa signification, d'une manière plus spirituelle ou intellectuelle ?
    Pour moi, oui, c'est tout à fait ça ! La "beauté" (même si tout cela est bien subjectif) ne réside certainement pas uniquement dans l'esthétique de l'objet, mais dans tout ce qui fait de cet objet une oeuvre : contexte historique/artistique, thèmes abordés, sentiments de l'artiste... Je crois qu'on ne peut apprécier une oeuvre que quand on connait suffisement son histoire. Se pointer devant un tableau que tu ne connais pas, et sortir "C'est beau, j'aime" ça n'a aucun impact/intérêt.
  8. Nadja Nadja

    Le 29/06/2008 à 22h24

    Citation:
    Posté par Senko Voir le message
    Vivi, je connais vraiment pas grand chose à l'art, alors je suppose qu'effectivement mon exemple était le gros cliché en puissance. ^^ (maiiis-euh, c'est ma prof d'art pla qui avait fait un cours là-dessus avec cet exemple ;_

    Bon avec ce que vous me dites je crois comprendre un peu mieux (ou pas xD) : vous voulez dire que devant une oeuvre d'art contemporain il ne faut pas chercher le beau "superficiel" (dans le sens "qui se trouve à la surface", celui qu'on verrait spontanément en fait), mais aller le trouver dans sa genèse et les conditions de celle-ci, dans sa signification, d'une manière plus spirituelle ou intellectuelle ?
    Tout à fait !
    (Merci Daïna, c'est un super compliment, moi qui commençais à me demander si j'étais faite pour les études que je fais).
  9. Senko Senko

    Le 29/06/2008 à 23h56

    Ah, parce que moi en totale néophyte que je suis en matière de peinture, je cherche juste le plaisir visuel immédiat, comme toute ma génération Je pense pas être déjà allée chercher plus loin que l'objet lui-même pour apprécier un tableau, ou alors ça m'a pas marquée, l'expérience n'a pas dû aboutir. En même temps de votre point de vue ça pourrait être comme une personne, avec la beauté intérieure, tout ça, quelqu'un qu'on doit apprendre à connaître...
    Ben merci Nadja et .Flo., vous me donnez un nouveau point de vue sur l'appréciation de l'art pictural beaucoup plus intéressant et profond que le seul esthétisme apparent, il est vrai... J'vais tester ça

    (et Nadja, à te lire je pense que tu n'as pas à t'inquiéter sur le bien-fondé de ton choix d'études, si tu t'en tiens au critère de l'intérêt )

    Euh, je sais pas trop si je dévierais du sujet en me lançant sur l'intellectualisation de l'art... Je trouve cette position intéressante, mais du coup me rendre compte de son existence m'amène à me rendre compte de l'existence de l'appréciation brute et superficielle du "beau" (ouais, ou du "sublime", une amie m'a fait un topo là-dessus... Bref) à laquelle je n'avais pas fait attention jusque là, puisque je différenciais pas les points de vue que l'on pouvait avoir sur une oeuvre. Du coup je vais dire que je suis pas d'accord avec toi, .Flo., là-dessus :
    Citation:
    Se pointer devant un tableau que tu ne connais pas, et sortir "C'est beau, j'aime" ça n'a aucun impact/intérêt.
    Parce que l'art ça touche aussi et avant tout l'âme, c'est transcendant, c'est direct et inconscient, c'est sur un autre plan. La première impression, qu'elle soit fausse ou non, qu'elle doive être amenée à changer ou non, est toujours importante et conditionne la relation que l'on entretiendra ensuite avec la chose (ou la personne, ou autre). Ensuite, tant qu'à intellectualiser, on peut aussi être amené à réfléchir sur l'impression produite par l'oeuvre, au-delà d'elle-même, mais on se retrouve dans un processus beaucoup plus psychologique et personnel.

    En fait, je pense qu'on peut trouver une complémentarité dans ces deux approches (réflexion sur le contexte et la genèse de l'oeuvre / l'oeuvre elle-même et son impact), ou les dissocier totalement, mais chacune trouve son importance. Dans des plans différents.

    Merci à vous en tout cas ^-^

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