Le conducteur de métro, la sueur et une dose de foi en l’humanité

Amélie a fait la connaissance d'un conducteur de métro un peu particulier. Tu avais besoin d'un petit boost de foi en l'humanité ? Le voici qui arrive plus vite qu'un TGV.

Le conducteur de métro, la sueur et une dose de foi en l’humanité

Habiter Paris, ça a ses avantages : tu as tout sur place, tu peux te rendre chez Sephora en pyjama ou acheter une baguette campagnarde à minuit, sortir à n’importe quelle heure sans craindre de devoir rentrer à pied à travers champs, et si tu utilises les transports en commun, tu peux passer l’après-midi devant un Frida Khalo sans te préoccuper de savoir si tu as mis assez de sous dans l’horodateur du parking.

Mais ces avantages peuvent vite devenir des inconvénients. Par exemple, au début, j’aimais bien le métro. Moi qui viens d’une contrée où seuls les bus et les tracteurs pouvaient me ramener du collège, je voyais ce moyen de transport comme une ode à la magnificence des souterrains.

L’humidité et la proximité des corps semblaient donner un aspect bestial et mystérieux aux tunnels dans lequel tant d’êtres s’engouffraient sans cesse, inlassablement, à travers des wagons rapides comme la brise fougueuse d’un vent d’avril. Bref, ça paraissait vachement cool.

Le métro a son utilité : il est rapide, tu ne te tapes pas la pluie, tu peux t’assoir sur des sièges bienvenus mais néanmoins un peu durs, tu socialises un peu…

Sauf qu’il ne faut pas se voiler la face : ça ne se passe pas tous les jours comme ça.

Le matin, je traverse Paris en diagonale, j’ai quarante minutes de métro et un changement. Je ne me plains pas trop : ce trajet me permet de commencer la journée dans un bon livre bien sanglant et de la finir de la même manière. Il n’y a rien de mieux pour me mettre en joie. Mais un matin, ce cher métropolitain avait décidé qu’il était hors de question que Mo Hayder berce mon trajet à travers les entrailles de la capitale.

Il arrive parfois que ça bouchonne, qu’il y ait un peu de monde dans la rame… En général, je connais les arrêts où la foule décampe et où je peux m’affaler comme un cheval mort sur le strapontin le plus proche.

Là, c’était la mort.

Il y avait beaucoup, beaucoup, mais alors beaucoup trop de personnes sur le quai. Tenter de faire rentrer tout le monde en même temps aurait été comme essayer d’introduire (gentiment) une courgette dans l’anus d’un chihuahua.

 Une très grosse courgette. 

Dès lors, le métro m’a semblé se transformer en immense fourgon direction les portes de l’Enfer. J’ai pu rentrer au bout de deux ou trois passages, mais comme le trafic était bouleversé, la foule se contentait de grossir derrière moi. Quand j’ai pu enfin mettre un pied dans une rame, j’arrivais à peine à respirer entre deux aisselles, un torse humide et un genou un peu trop cagneux (je ne suis pas grande, ce qui explique mon non-emboîtement par rapport aux corps qui m’entourent).

Franchement, ce genre de situation n’est pas la plus agréable pour commencer la journée. J’ai du mal à garder mon sang-froid quand je ne peux puiser mon air que dans un espace de 6 centimètres cube. J’ai lu dans les yeux des gens qui m’entouraient que je n’étais qu’une petite salissure de plus dans leurs soucis quotidiens, et je le leur rendais bien. Je marchais sur les pieds de la voisine, qui elle-même venait d’exploser son sac sur le visage du mec d’à côté qui toussait allègrement. Et tout ce petit monde foudroyait du regard le gamin tranquillement assis, qui aurait mieux fait de lever ses fesses cinq minutes au lieu de mastiquer son foutu chewing-gum.

Bonne ambiance.

Mon trajet entier aurait pu se poursuivre ainsi. Les gens autour de moi auraient pu continuer à se traiter de tous les noms intérieurement en essayant de filtrer les odeurs corporelles à chaque inspiration. J’aurais tenté de me déloger de ce temple de la sueur et couru jusqu’au bureau, en retard et de très mauvaise humeur.

Mais ça ne s’est pas passé comme ça.

Au bout de quelques minutes au sein de cet enfer, un crépitement a retenti. Une voix masculine, jeune et enjouée s’est adressée à nous via les hauts-parleurs :

« Bonjour tout le monde, je m’excuse pour la gêne occasionnée, il y a eu un accident de voyageur un peu plus tôt sur cette ligne. Bon je suis bien conscient que c’est pas top top de commencer la semaine en allant au boulot serrés comme des sardines en boîte. Il doit faire hyper chaud, et puis ça doit puer. C’est nul, franchement, courage, ça va aller, vous êtes bientôt arrivés. Je vous souhaite à tous une bonne journée… Ne me remerciez pas. »

J’aimerais voir le visage de cet homme, et le serrer entre mes deux petits bras très fort. Sa splendide tirade matinale a lancé un vent d’empathie dans toute la rame. J’ai vu les gens se décoincer, se laisser aller à sourire ou à lâcher un petit gloussement. Ils se sont tous tournés les uns vers les autres comme s’ils venaient d’assister à quelque chose de fou. Bradley Cooper serait entré dans le métro que ça aurait fait le même effet, je pense.

La tension, qu’on aurait pu couper au sécateur, était en train de se dissiper en une fine brume qui s’étiolait à chaque fois que les portes s’ouvraient. Les passagers se lançaient même dans des conversations banales mais mignonnes. On était toujours aussi serrés, mais la bonne humeur changeait tout. 

Oui, c’est juste un tout petit moment un peu futile. Pas de quoi en faire un article de plus de deux paragraphes. Sauf que cette intervention du conducteur a réussi à piquer les fesses d’une centaine de Parisien-ne-s avec une seringue remplie de foi en l’humanité. Et c’était vachement bien.

Je suis descendue à mon arrêt. Je n’en savais pas plus sur l’intrigue qui se déroulait dans le livre au fond de mon sac. J’avais les reins en miettes et le front luisant, mais j’étais bien contente d’être dans ce métro-là, ce jour-là, à cette heure-là. Merci monsieur le conducteur.

Pour encore plus de love in the subway tu peux (re)voir cette initiative des usagers pour faire rire les conducteurs du métro new-yorkais !
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Voici le dernier commentaire en date :

  • Palina
    Palina, Le 21 mai 2014 à 14h12

    mimine001;4571563
    lollynymphet;4571429
    Ligne 2? Le matin, en arrivant à son terminus (Nation), il arrive régulièrement que le chauffeur se mettent à chantonner ou à déclarer des poèmes. Parfois juste simplement une tirade sympathique.
    Je ne compte plus le nombre de fois où il a illuminé ma journée :)
    Je connais ce conducteur de la ligne 2, je l'entendais quand j'arrivais au terminus de l'autre côté de la ligne 2, Porte Dauphine, il donne la banane le matin, dans le froid avant d'aller en cours, c'était cool :)
    Aaah bah je vois qu'il a une réputation lui ! Je vais aussi souvent jusqu'à Porte Dauphine pour les cours, et plusieurs fois sur les deux dernières stations de la ligne il se met à chanter et même une fois il nous a raconté une histoire pour enfants ! La première fois j'étais un peu en mode WTF, surtout qu'en général sur les deux dernières stations direction Porte Dauphine on est très peu et on est surtout des étudiants de Dauphine !

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