Coincée du colon, je vis une constipation forcée

Dans la vie, il y a ceux qui vont aux toilettes sans complexes... et il y a les autres, qui souffrent et qui luttent intestinalement. madmoiZelle a décidé de donner la parole à cette minorité.

Coincée du colon, je vis une constipation forcée

L’annonce que je m’apprête à faire va probablement paraître surprenante à grand nombre d’entre vous, mais le fait est que je suis une vraie coincée du colon. Je ne pose ma pêche que dans des circonstances bien précises.

Ce n’est même pas un problème intestinal ou un rythme particulier façon je ne fais caca qu’un jour sur 10, c’est simplement que je ne sais pas, que je ne PEUX pas aller aux toilettes dans 90% des situations de ma vie. Je ne peux jamais y aller au travail, je n’ai jamais pu y aller à la fac, ou au lycée, ou au collège, ou même à l’école primaire, ou avec des amis, ou chez de la famille que je ne vois pas assez souvent, ou dans les toilettes publiques, ou… Bref.

Quand on me demande comment je vais vers 16h30.

On m’a bien expliqué que pour résoudre mes problèmes, il fallait que je remonte à leurs sources. C’est un peu chiant, parce que je suis bien incapable de savoir d’où ça me vient…

Les origines du mal et le mal au quotidien

Je n’arrive pas à donner une explication à mon incapacité à aller aux toilettes, parce que jamais de ma vie (jamais de la leur) mes parents, mes grands-parents ou les institutrices que j’avais quand j’étais toute petite ne m’ont fait comprendre qu’aller vidanger son rectum était un problème. Bien entendu, je me souviens d’une fois précise où je m’étais laissée aller dans ma culotte à l’école maternelle et qu’on m’avait engueulée, mais c’est tout.

Je veux dire, on m’a appris la base, quoi : tant que tu es sur des toilettes, tu peux y faire ce que tu veux (uriner, déféquer, jouer à la Game Boy, chanter, compter mes poils ou me décrotter le nez).

Pourtant, je fais tout ça moins le larguage de bombe, si je puis dire. Et surtout, j’ai tous les symptômes de la fille heureuse du colon ! Je m’explique :

  • Je n’ai aucun problème avec le fait de savoir que les autres vont aux toilettes quand je suis là. Que je les entende, que je les sente, qu’ils me le disent, ça ne me fait rien. Ça ne me fait pas rire, ça ne m’embête pas, ça ne me dégoûte pas, rien. Ça ne me fait AUCUN effet.
  • Je sais pertinemment que les autres personnes qui m’entourent réagissent de la même façon avec les étrons des autres.
  • Je mange des légumes et des trucs non identifiés de type lentilles, pain complet et haricots, plein. J’adore ça. Je suis tellement peu carencée en fibres que je ne pèle pas quand ma peau est sèche : je bouloche.
  • Je parle aisément du fait que je suis incapable d’aller aux toilettes quand il y a quelqu’un dans la pièce adjacente.

Tous les éléments sont rassemblés pour que je sois du genre à oser y aller au travail, à la fac, dans le train, dans les bars ou que sais-je. Mais non : j’ai beau avoir envie très fort, je suis incapable de sauter le pas, de franchir, conquérante, la porte des toilettes sans avoir une seule pensée pour la quinzaine de personnes présente dans les bureaux, et ressortir, libérée, heureuse, vidée.

L’implosion au travail

Ne pas savoir aller aux toilettes ailleurs que chez soi (ou chez ses parents, ou chez des amis quand tout le monde dort), c’est franchement handicapant. Mon quotidien, aujourd’hui, est un tout petit peu (juste un poil, mais tout de même) pénible. Évidemment, tout irait pour le mieux si je me vidangeais le matin, avant de partir au travail…

Le problème, c’est que je suis atteinte du syndrome de la clé dans la serrure, sauf qu’à l’envers. Le syndrome de la clé dans la serrure, c’est quand tu as envie d’uriner depuis quelques temps, mais tu tiens le coup, jusqu’à ce que tu mettes la clé dans la serrure de ta porte et que, si t’es pas préparée, tu en humidifies ta culotte en serrant les deux genoux et en couinant.

Mon syndrome de la clé dans la serrure à l’envers, c’est presque pareil — même si en fait, c’est l’inverse, et on ne parle pas ici du même orifice. Je suis chez moi, je prends ma douche, je m’habille, je me maquille, je petit-déjeune sans ressentir le moindre inconfort intestinal. Je suis bien dans mon jean et sereine jusqu’à ce que je ferme la porte de chez moi : là, j’ai envie. J’ai les fesses qui tremblotent.

Vient alors ce cruel dilemme : soit je rouvre ma porte, je cours faire ma petite affaire en jetant mon manteau à travers l’appartement et j’arrive en retard au travail, soit j’arrive à l’heure au travail et j’ai le ventre gonflé, douloureux, l’esprit ailleurs que sur mon travail et les traits tirés par la frustration.

Ma journée commence alors sous un mauvais augure. Elle se déroule, heure par heure, de la façon suivante :

  • 9h : je pousse la porte des bureaux de madmoiZelle, ronchon.
  • 10h : je finis mon premier petit article, la faim me tiraille un peu le ventre. Je me découvre un nouveau mot préféré, du genre « fistule » ou « roubignole ».
  • 11h : je finis ma deuxième news, je ne sais plus si la légère douleur que je ressens est due à la faim ou à ma constipation forcée. J’envoie discrètement mes rognures d’ongle sur une collègue.
  • 12h : je finis ma troisième news et je suis trop heureuse d’aller manger pour penser à quoique ce soit d’autre. Je lance mon chewing-gum sur une collègue.
  • 14h : je digère tandis que j’entame mon article. Je m’endors un peu, mais ça va. Pour me réveiller, je fais une pichenette derrière l’oreille de mon patron.
  • 14h01 : je suis virée.
  • 15h : j’ai écrit trois mots de mon article. Je meurs. Mon ventre a gonflé comme si un con soufflait dedans. J’ai le profil d’une personne enceinte de 5 mois.
  • 16h : mon ventre est désormais tellement dur que si un petit malin s’amusait à rebondir tête la première dessus, il finirait broyé. Ce qui serait bien fait.
  • 17h : je reprends mes esprits, mais j’ai mal quand même.
  • 18h : prise dans le tourbillon du grand rush de début de soirée, j’en oublie ma douleur. Je perds tout sens commun, je sue, je bave, j’en appelle à l’esprit de Tina Arena.
  • Pour le reste, à base de retour chez moi, joie et allégresse, j’aimerais garder encore un peu de dignité. Je ne vous fais pas de dessin, quoi.

Je sais pas si tu te souviens de l’épisode Benefits de How I met your mother. Dedans, Robin et Ted forniquent, mais ça on s’en tape bien cordialement allez cassez-vous pire couple de la télé du monde salut la bise à ta mère mais on apprend surtout l’un des petits désagréments de Marshall : il n’arrive pas à aller déféquer (ce qu’il appelle « lire un magazine ») au bureau. On apprend même que, quand il était à la fac, il a loué une chambre d’hôtel pour aller se soulager après avoir mangé un burrito.

Ceci est ma vie : je vais pas jusqu’à me louer une chambre d’hôtel, mais pas loin. Je me souviendrai toujours, d’ailleurs, du jour où j’ai mangé Chipotle au déjeuner avec toute l’équipe et que j’ai passé l’après-midi à suer en me tenant le ventre. Ce jour-là, j’ai raté le CinémadZ de ma vie, d’ailleurs : y avait Dirty Dancing qui passait, pourtant. Dirty. Dancing. Le burrito a eu raison de mon amour pour Patrick Swayze, je m’en remettrais jamais.

J’aime ma vie et mon travail, je les échangerais contre rien au monde, même pas un TicTac. Mais avoir un tout petit truc gênant comme ça qui vient encombrer mes heures de travail cinq jours sur sept, c’est un peu comme, je sais pas, avoir envie d’éternuer alors que tu es en train d’embrasser pour la première fois ta nouvelle moitié : ça gâche le plaisir.

Du coup, j’ai revu mon alimentation. Je ne mange plus jamais épicé le midi et c’est avec un peu de tristesse que je refuse d’accompagner mes collègues chercher un hamburger au fast food pour déjeuner : la lourdeur de ma junk-food préférée viendrait donner un coup dans les testiboules de ma concentration. Si j’ai une envie de piment cru, de poivron, d’oignon ou de tout aliment que j’ai noté sur une liste enregistrée dans mon téléphone sous le titre de WARNING DIGESTION DIFFICILE, j’attends un soir sans sortie pour être bien tranquille chez moi et pouvoir en subir les conséquences quand je veux.

Se vider, c’est dire je t’aime

Au vu des articles que j’ai pu lire dans d’autres magazines quand j’étais plus jeune, aller pour la première fois aux TOILETTES en présence de l’être aimé est un grand pas en avant qui fout le vertige. Ce n’est étonnement pas mon cacas.

Non, je ne vais pas faire marcher mon intestin chez des amis. Sauf quand ils dorment ou qu’ils sont sous la douche.

Non, il ne me suffit pas d’être intime avec quelqu’un pour franchir le pas de la porte sacrée de ses vécés.

En fait, c’est drôle, mais maintenant que j’y pense, ça a toujours pour moi été un signe. Avant même que je réalise que j’aimais la personne, j’allais aux toilettes chez lui. C’est comme une façon de me faire comprendre à moi-même que je suis bien avec la personne, qu’elle me fait du bien, qu’elle me rend heureuse.

Cependant, il faut bien avouer qu’attendre d’être assise sur le trône, le papier sanificateur à la main, pour réaliser qu’on aime son mec/sa copine, c’est quand même loin du cliché romantique. C’est un peu triste, mais c’est un peu moi alors ça va.

En revanche, il m’est arrivé de penser que j’étais prête d’aller vraiment aux toilettes chez un garçon de qui je pensais être énamourée, et d’avoir un blocage. Crois-le ou non, ce sont des histoires qui se sont mal terminées (et pour tout te dire, non, ces romances ne se sont pas terminées parce que ma constipation forcée me rendait aigrie ; ça aurait pu, mais non). Alors oui, c’est vrai, il est un peu capricieux, mais mon colon, je sais que je peux lui faire confiance : lui seul saura me donner les conseils sentimentaux dont j’ai besoin.

Mon incapacité à chier me fait chier, et je sais bien qu’on ne doit jamais dire jamais, mais j’ai comme l’impression qu’à moins d’une énorme remise en question réussie, toute cette histoire se terminera en implosion.

Comme ça.

Il faut bien que je me rende à l’évidence : je suis Marshall. Le reste du monde me semble être ses potes. J’ai le sentiment que c’est ce qui m’empêchera de conquérir la Terre, mais tant qu’il y a du papier toilette et du Fébrèze, après tout, il reste un peu d’espoir.

En attendant que je trouve une solution, tu comprendras peut-être ma fascination pour l’humour porté sur la défécation et les pets gras. Je m’en excuse, humblement, mais avec joie aussi, parce que j’écris là, présentement, la dernière phrase de mon article, et tu comprendras désormais que ma joie de voir une journée de travail se terminer n’a rien à voir avec l’envie de glander.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • BloodyMorrigane
    BloodyMorrigane, Le 10 novembre 2014 à 10h55

    Bonjour à tous/toutes. C'est mon premier com' sur Madmoizelle (alors que je suis inscrite depuis un moment (timide inside)) mais aujourd’hui je me lance pour une bonne raison : vous parler de LA solution que m'a trouvé mon kiné. Cela s'adresse plutôt aux constipées chroniques, celle qui comme moi on put se pourrir des réveillons de noël à cause d'une constipation intense, celles qui ont fonctionné sous laxatifs tous les week ends pendants des années, celles qui ont fini par programmer les jours ou ça serait bien de se lacher parce que le lendemain c'est boulot et qu'au boluot c'est juste PAS POSSIBLE (en plus je bosse en centre de loisirs impossible d'abandonner les enfants pendant 20 minutes le temps de vider tout ça).

    Je suis allée voir un gastroentérologue qui a juste pu me prescrire des laxatifs qui m’empêchaient de dormir tellement ils me destroyaient l'estomac. alors entre la douleur toute la journée et le manque de sommeil j'ai choisi. Jusqu'au jour ou mon kiné m'a déclaré que mes douleurs lombaires étaient du à ma constipation et que ma constipation était due à un dérèglement de ma flore intestinale... sauf que c'est impossible de changer son alimentation quand on travaille avec des enfants et qu'on doit manger de tout pour donner l'exemple! alors il m'a donné le nom d'un probiotique qui régule la flore, c'est lactibane (votre pharmacien vous conseillera). ça coute un peu cher et c'est pas remboursé mais la liberté intestinale n'a pas de prix.
    Sur la boite il est dit d'en prendre un tout les soirs mais pour moi c'était trop efficace, le mieux c'est d'en prendre un jour sur deux au début puis d’adapter selon les besoins. Sérieusement avec ça on retrouve un harmonie avec son corps assez incroyable, plus de constipation mais pas de diarrhée non plus comme avec un laxatif, plus d'angoisse à se dire "il faut que je chie avant de partir en week end sinon je vais exploser" bref le bonheur quoi.

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